Nechama Cheli

Éduquer les adolescents, partie 5 : la bataille des vêtements

Pour les adolescents, les vêtements expriment souvent l'individualité et l'appartenance. Ce chapitre relie les conflits sur l'apparence à l'influence des amis et au pouvoir d'un groupe positif.

Rav Baroukh Froukhter

Éduquer les adolescents, partie 5 : la bataille des vêtements

Éduquer les adolescents : les particularités de cette période de transition

Dédié à l'élévation de l'âme d'Ahouva bat Daniel.

La bataille des vêtements est une bataille pour l'individualité

Le Gaon de Vilna propose une interprétation intéressante du mot « vêtement ». Selon lui, partout où il apparaît dans les livres saints, il ne désigne pas des articles de cuir, de soie ou de laine, mais un vêtement spirituel : les midot, les qualités de caractère. On comprend ainsi pourquoi le judaïsme accorde tant d'importance à une tenue modeste et soignée, reflet de la condition et de la vie intérieure d'une personne.

À l'inverse, pour priver quelqu'un de son individualité et l'amener à obéir, on lui retire ses vêtements et lui donne une tenue uniforme. L'armée en est un exemple évident : tous les soldats portent un uniforme, tandis que seuls les officiers ont des insignes appelant l'obéissance des autres. En prison aussi, les détenus sont habillés de la même façon et les effets personnels sont interdits. Il s'agit de réprimer la personnalité pour obtenir une soumission totale aux règles. Un exemple quotidien est le pyjama d'hôpital. Un directeur important, dirigeant des centaines ou des milliers de personnes, qui entre à l'hôpital et retire son costume coûteux devient aussitôt un patient docile suivant les consignes d'une élève infirmière.

On comprend un peu mieux pourquoi la plupart des adolescents défendent si ardemment leur droit à l'individualité par leurs vêtements.

Si vous, ou son enseignante, n'aimez pas le style choisi par votre fille de quatorze ans, les mots « immodeste », « laid » ou « négligé » ne seront probablement pas entendus. Au lieu de l'accord espéré avec vos arguments indéniablement logiques, vous entendrez : « Vous me retirez mon droit à l'individualité ! »

Est-ce vraiment une question de vêtements ?

Non. Un certain style vestimentaire est en réalité un « billet d'entrée » dans un groupe. Le proverbe selon lequel on juge sur l'apparence s'applique : avant que les qualités intérieures soient visibles, l'aspect extérieur peut en dire beaucoup, ou masquer certains traits, au moins à première vue. Si l'apparence de notre adolescent nous importe vraiment, il faut donc voir son lien direct avec le groupe d'amis. Sinon, la bataille sera perdue.

Pour rassurer les parents, l'exemple négatif n'est pas le seul à attirer. On connaît de nombreux cas où le groupe des élèves les plus brillants dans l'étude et le comportement est devenu le plus populaire. En voici un.

Comme on le sait, les élèves d'une yéchiva sont répartis à plusieurs par chambre. Un jeune homme d'une excellente famille arriva dans une yéchiva avec de nombreuses qualités, dont un véritable talent de meneur. Il demanda à la direction un appartement séparé pour quinze personnes, où lui et ses amis voulaient établir leurs propres règles : arriver à la prière à la minute près, respecter les horaires d'étude, apprendre chaque semaine un nombre fixé de pages du Talmud, ne pas avoir accès au téléphone portable ni à l'ordinateur, être toujours soigneusement habillés, et observer d'autres règles similaires. Elles favorisaient clairement l'étude et la croissance spirituelle. La direction accepta l'expérience. Que se passa-t-il ? En moins d'un mois, plusieurs élèves rejoignirent ce « programme des tsaddikim ». Peu après, plus de cent élèves entrèrent dans le groupe et acceptèrent volontairement toutes ces règles. Cela démontre que, pour l'adolescent, la priorité n'est pas quoi faire, mais avec qui. Voilà la force du groupe et de l'opinion collective.

À suivre. Préparé par Mme Hadassa Schwalb.