Bassia Tsiboukmakher
Élever des adolescents : les particularités de la période de transition
Dédié à l’élévation de l’âme d’Ahouva bat Daniel
Préserver la dignité — à tout prix
L’une des erreurs fréquentes des parents est de penser que la présence d’autres personnes peut les aider à influencer leurs propres enfants. C’est tout le contraire ! Ce qu’un adolescent peut vivre de plus terrible — et sans doute toute personne, quel que soit son âge —, c’est d’être réprimandé par ses parents devant ses camarades ou d’autres personnes qui comptent pour lui. Par exemple, une grande fille parle au téléphone avec une amie, tandis qu’en arrière-plan sa mère crie qu’elle est paresseuse et n’aide jamais à la maison. Deviendra-t-elle pour autant plus serviable ? Au contraire, la prochaine fois, elle préférera soit ne pas rentrer du tout, soit trouver un endroit plus favorable pour parler à son amie, loin des critiques parentales.
Autre exemple : un jeune homme, en vacances ou pour Chabbat à la maison, étudie moins que ses parents ne le souhaiteraient ou arrive en retard à la prière. Si cette information parvient à ses responsables à la yéchiva et que l’on sait précisément que les plaintes viennent des parents, il ne sera plus question de confiance. Ces parents ne devraient pas s’étonner que leur fils cesse de leur rendre visite et préfère passer davantage de temps à la yéchiva ou chez les parents de ses amis.
N’oublions pas qu’il ne s’agit plus d’un enfant, mais d’une personne presque entièrement formée, qui dispose d’une grande liberté pour prendre ses décisions.
Si vous ne pouvez pas aider, montrez de la compréhension
Quoi qu’il en soit, même l’adolescent le plus réservé et le plus indépendant doit parfois demander de l’aide à ses parents, qu’il s’agisse d’un soutien financier ou moral. Il importe alors de manifester un maximum de compréhension et de compassion, sans repousser l’enfant par des sermons et des refus catégoriques. Premièrement, il faudra faire tous les efforts possibles pour satisfaire sa demande, aussi extravagante qu’elle puisse vous sembler. Deuxièmement, s’il est vraiment impossible de l’aider, dites, au lieu de « non » : « Tu as raison, nous te soutenons entièrement, mais malheureusement le Tout-Puissant ne nous donne pas toujours tout ce que nous Lui demandons. » Une bonne solution consiste à proposer à l’adolescent de chercher lui-même comment sa demande pourrait se réaliser.
Prenons un exemple : tous ses voisins au dortoir ont un certain type de pyjama, disons à rayures bleues avec cinq boutons. Et votre fils, comme par malchance, possède un autre modèle. Est-il ridicule de s’attarder à de tels détails ? Votre fils ne le pense pas. Au contraire, il a l’impression que c’est précisément à cause de ce pyjama qu’on le regarde bizarrement et qu’on ne veut pas être son ami. Il faut reconnaître que la logique est du côté des parents : le pyjama est d’excellente qualité, vous l’avez acheté récemment spécialement pour votre fils, il l’a choisi lui-même et il était loin d’être bon marché. Le nouveau coûtera encore plus cher, et la famille n’a justement aucun argent de côté pour ces achats superflus.
Nous arrivons alors aux trois possibilités proposées plus haut :
Premièrement, suivre la voie de la moindre résistance : trouver la somme nécessaire et acheter le pyjama tant désiré « comme tout le monde », en convenant que les demandes vestimentaires imprévues s’arrêteront là. Deuxièmement, parler avec votre fils de la situation financière de la famille ; rappeler des moments où vous-mêmes désiriez vivement quelque chose sans pouvoir vous l’offrir ; et promettre que, dès que les moyens le permettront, si la question du pyjama reste d’actualité, vous l’achèterez sans faute. Enfin, proposer à l’adolescent de réfléchir lui-même et de trouver une solution : quel poste du budget pourrait-on réduire au profit de ce fameux pyjama ?
Bien sûr, l’exemple du pyjama ne sert ici que d’illustration. Dans la vie, les situations de départ comme les solutions sont bien plus nombreuses. L’essentiel est de montrer la ligne générale de conduite des parents : nous sommes ensemble, nous ressentons ce que tu ressens, ce qui compte pour toi compte pour nous ; coopérons et cherchons une issue ensemble. Ainsi, même si vous ne pouvez pas aider concrètement votre enfant, vous ne le perdrez pas. Au contraire, il sera une fois de plus convaincu de la chance qu’il a d’avoir des parents attentifs et compréhensifs.