Rav Baroukh Froukhter
Éduquer les adolescents : les particularités de cette période de transition
Dédié à l'élévation de l'âme d'Ahouva bat Daniel.
« Difficultés de traduction »
Même des époux vivant ensemble depuis longtemps comprennent parfois une phrase différemment : le mari dit une chose et l'épouse en entend une tout autre. Que dire alors d'un adolescent qui perçoit le monde à travers ses propres émotions ! Ne vous étonnez pas de devoir répéter chaque phrase plusieurs fois. Réjouissez-vous si son sens parvient intact à votre enfant, même au troisième essai. Le plus souvent, puisque les jeunes voient le monde en noir et blanc, tout ce que vous direz sera reçu soit comme une preuve qu'ils ont raison, soit comme une critique cruelle.
Vous avez peut-être remarqué qu'au collège et au lycée, il n'existe presque pas de professeurs « ordinaires » : aux yeux de l'adolescent, ils sont généralement formidables ou totalement incapables. En pratique, cela peut signifier qu'un professeur est exigeant sur chaque absence et examen manqué, ou qu'il a trouvé une approche particulière et souligne constamment les qualités de l'élève. Dans tous les cas, ne prenez pas pour argent comptant chaque information donnée par un adolescent. Vérifiez vous-même la réalité. La communication est réciproque ; il est utile d'apprendre, pour un temps, le langage émotionnel propre à cet âge.
Parfois, le comportement de votre enfant vous déplaît, vous n'avez plus la patience d'ignorer certains actes ou certaines inactions, et vous décidez de le lui dire franchement. Arrêtez-vous ! De votre discours brillamment construit et de ses preuves logiques, il n'entendra que « Tu es mauvais » ou « Tu as tort », et rien ne s'améliorera. Essayez plutôt de lui parler comme à un adulte, d'un sujet général, éventuellement avec des citations de la Torah et des commentaires des sages.
Par exemple, s'il est toujours en retard, dort trop ou ne surveille pas l'heure, parlez-lui du temps en général. Qu'est-ce que le temps ? Pourquoi devons-nous vivre dans certaines limites temporelles ? Quel rôle le temps joue-t-il dans le judaïsme ? Une telle conversation peut renforcer votre lien et lui permettre de tirer des enseignements utiles et de bonnes conclusions.
Il en va de même pour un groupe d'amis que vous jugez inadapté. Réfléchissez à ce qui vous déplaît exactement.
Pourquoi ne voulez-vous pas que votre enfant en fasse partie ? Peut-être ses membres partagent-ils un certain comportement. Prenons la léitsanout, la moquerie ou le mépris des vraies valeurs. D'un côté, une approche légère de la vie est séduisante : il est agréable de côtoyer quelqu'un qui sourit toujours et amuse ses amis par une bonne plaisanterie. Mais quand toute la vie devient une plaisanterie et que plus rien n'a de poids ni de valeur, il y a un problème. Nos sages ont souligné le danger particulier de la moquerie. Le Gaon de Vilna, par exemple, la considérait comme absolument incompatible avec la Torah. Elle apporte la touma, l'impureté, au monde, transforme le sacré en profane et le sérieux en futile, et ne laisse aucune crainte du Ciel. Vous ne voulez naturellement pas que votre enfant « siège parmi les moqueurs », comme l'avertit le roi David (Téhilim, Psaumes 1:1).
Pour améliorer la situation, on peut demander conseil : selon votre enfant, quel groupe serait le plus dangereux, par exemple pour le fils d'une amie ? Parmi les exemples habituels, les brutes, les insolents et autres, mentionnez aussi les moqueurs. Examinez avec lui les dangers de chaque groupe. Nous pouvons préparer des arguments et des citations pour montrer le danger de celui qui nous préoccupe. Avec l'aide de D-ieu, nous trouverons alors les mots justes pour expliquer qu'il vaut mieux éviter cette compagnie.
Un dernier moyen, tout aussi efficace
Que faire si les groupes sont déjà formés, si votre enfant a rejoint une compagnie peu recommandable, et si celle que vous préféreriez ne l'accepte pas facilement ?
Un moyen éprouvé, aussi paradoxal qu'il paraisse, consiste à rémunérer des membres du groupe. Les adolescents les plus populaires des « bons » groupes sont généralement aussi parmi les plus intelligents ; vous pouvez donc espérer compréhension et discernement. Expliquez-leur quelle mitsva importante ils peuvent accomplir en aidant votre enfant à progresser, et quels précieux alliés ils sont pour vous. N'hésitez pas à proposer une récompense matérielle, naturellement à condition d'une totale confidentialité. L'expérience montre que, si quelques jeunes populaires deviennent « soudain » les amis d'un adolescent moins populaire, même pendant quelques semaines ou quelques mois, il cherchera ensuite à les suivre et à être à la hauteur de sa nouvelle image.
Comme nous l'avons dit au début de cette série, notre société se distingue notamment par une vision claire du bien et du mal et l'absence de doubles standards.
Les bons enfants sont réellement les meilleurs à nos yeux : ils ont de bonnes qualités, font le bien et souhaitent aider autrui. C'est ainsi que nous voulons voir nos enfants, et eux aussi recherchent inconsciemment une bonne compagnie. S'ils n'y parviennent pas tout de suite, ne vous hâtez pas de les gronder ou de les accuser. Réfléchissez à ce qu'il est possible de faire et à la manière de les aider à progresser.
N'oubliez pas la force de la prière : le Tout-Puissant participe non seulement à la création de l'enfant, mais aussi à son éducation avec nous !
Puisse D-ieu nous accorder à tous beaucoup de na'hat juif !
Préparé par Mme Hadassa Schwalb.