Nechama Cheli

Livre sept, chapitre douze : une querelle dans la synagogue

Poursuivant le récit du désastre de la synagogue, la narratrice raconte comment elle a échappé au danger avec sa fille enceinte Esther, le deuil de la communauté et les questions restées sans réponse sur le terrible fracas.

Bassia Tsiboukmakher

Livre sept, chapitre douze : une querelle dans la synagogue

Chapitre XII

…Les femmes de la galerie inférieure furent elles aussi terriblement effrayées et se précipitèrent en bas, se pressant et se bousculant.

Votre mère, chers enfants, était à sa place dans la galerie inférieure, absorbée par la prière. Entendant des cris autour de moi, je demandai à ma voisine ce qui se passait. Elle pensa qu'une femme enceinte s'était sentie mal. Je fus alors très inquiète, car ma fille Esther, assise à six places de moi, était enceinte elle aussi.

Je commençai à me frayer un chemin vers elle, tandis qu'elle essayait de gagner la rue. Je lui criai : « Où vas-tu ? » Elle répondit : « Le toit s'effondre. »

Je l'entourai de mes bras et commençai à nous ouvrir un passage vers la sortie.

Pour sortir de la galerie inférieure, il faut descendre cinq ou six marches. En me frayant un chemin dans la foule, je trébuchai sur la dernière marche et perdis connaissance. Personne ne vint à mon secours.

Les hommes qui se dépêchaient de sauver leurs parentes coururent devant moi, étendue immobile et inconsciente. Une minute de plus, et j'aurais été piétinée à mort.

Une personne de ma connaissance m'aperçut alors et m'aida à me relever et à sortir dans la rue. Je me mis à crier et à pleurer, demandant ce qui était arrivé à ma fille. On me dit qu'elle était rentrée à la maison.

J'envoyai aussitôt quelqu'un vérifier si elle était chez elle. Le messager revint et m'apprit qu'elle n'était pas rentrée. Je me mis à courir de tous côtés comme une folle.

Ma fille Myriam me vit alors et, toute heureuse, courut vers moi. Je lui demandai : « Où est mon Esther ? » Elle répondit qu'Esther se trouvait chez notre beau-frère Réouven.

Sa maison est proche de la synagogue. Je m'y précipitai et trouvai ma fille évanouie, sans manteau ni couvre-chef. Des gens l'entouraient, essayant de la ranimer. Grâce à D.ieu, elle reprit connaissance, et l'enfant qu'elle portait dans son sein ne subit aucune conséquence fâcheuse.

La plupart des femmes mortes étaient enceintes elles aussi, mais elles trouvèrent le repos éternel, tandis que nous restâmes ici à nous lamenter et à pleurer. Le lendemain de Chavouot, de bonne heure, six nouvelles tombes apparurent au cimetière : les six femmes furent enterrées côte à côte et recouvertes de terre.

Plus tard, la partie de la synagogue réservée aux femmes fut soigneusement examinée et aucun défaut ne fut découvert. Jusqu'à ce jour, nous ignorons la cause de ce terrible fracas.

Il faut supposer qu'il nous fut envoyé à cause de nos péchés. Malheur à nous d'avoir vécu jusque-là ! La parole divine s'accomplit : « À ceux d'entre vous qui resteront, J'enverrai la faiblesse dans le cœur, dans le pays de leurs ennemis ; le bruit d'une feuille qui tremble les poursuivra, ils fuiront comme devant l'épée et tomberont sans que personne les poursuive. » Dire que cela arriva le jour du saint Chabbat, le jour où la sainte Torah nous fut donnée, où le Seigneur nous choisit parmi tous les peuples. En vérité, Il « a fait de nous un sujet de querelle pour nos voisins, et nos ennemis se moquent de nous ».

Nous avions le sentiment que le Saint Temple avait été détruit de nos jours.

On raconta beaucoup de choses sur ce désastre, mais peut-on décrire tout ce qui fut dit, et peut-on tout croire ?

Frau Esther, l'épouse de notre maître actuel, Rabbi Yaakov, était assise avec son enfant de cinq ans tout en haut de l'escalier. Soudain, elle vit six femmes très grandes, dont les visages étaient couverts de voiles flottants : elles la piétinaient en se hâtant de descendre. Elle cria : « Voulez-vous donc nous tuer, mon enfant et moi ? »

Elles prirent alors l'enfant et le placèrent dans un petit coin où rien ne pouvait lui faire de mal, puis poursuivirent leur chemin en hâte. La panique ne commença qu'au moment où retentit le terrible fracas.

Cette Frau Esther avait toujours été une femme honnête et n'avait jamais été prise en mensonge.

La nuit précédant la catastrophe, la femme du riche Yossef Krumbach, dont la maison est voisine de la synagogue, y entendit un bruit effroyable, comme si des brigands y avaient pénétré. Elle réveilla son mari et ils envoyèrent chercher le chamach, qui déverrouilla la synagogue. Mais tout y était en ordre ; pas même un morceau de plâtre n'était tombé. On ne sut jamais « à cause de qui ce malheur nous avait frappés ».

Pour ma part, je pense qu'il s'agissait d'un châtiment pour les péchés commis pendant la fête de Sim'hat Torah.

Comme il est d'usage lors de cette fête, tous les rouleaux sacrés de la Loi avaient été sortis de l'Arche sainte, et sept se trouvaient sur la table.

À cet instant, une querelle éclata entre les femmes. Elles se mirent à arracher leurs voiles les unes aux autres et se retrouvèrent la tête découverte dans la synagogue. Les hommes se joignirent à la bagarre et se jetèrent les uns sur les autres. Le savant rabbin Avrohom leur ordonna à haute voix de cesser de profaner le saint jour, sous peine d'excommunication, mais ce fut en vain ! Indignés, le rabbin et les responsables de la communauté quittèrent la synagogue ; plus tard, une punition fut fixée pour chaque contrevenant.

Chapitre XIII

Au mois de Nissan de l'année 5479, en 1719, une femme, à genoux sur la rive de la Moselle, lavait la vaisselle. Il était tard dans la soirée, mais soudain il fit clair comme en plein jour. La femme leva les yeux et vit que les cieux s'étaient ouverts comme… [illisible], et que des étincelles en sortaient. Puis les cieux se refermèrent, comme si l'on tirait un rideau, et l'obscurité revint. Que D.ieu fasse que ce soit pour le bien et non pour le mal !

FIN