Nechama Cheli

Livre VII, chapitre IX — La lutte pour le poste de rabbin

L'absence prolongée de Rabbi Gabriel conduit la communauté de Metz à inviter Rabbi Abraham Brod pour lui succéder. Son retour soudain provoque un conflit douloureux entre leurs partisans.

Bassia Tsiboukmakher

Livre VII, chapitre IX — La lutte pour le poste de rabbin

Chapitre IX

La communauté accorda au pieux Rabbi Gabriel, connu pour son érudition — que sa lumière brille ! — un congé d'un an, mais personne n'imaginait qu'il ne reviendrait pas à temps. Or cette année s'étira jusqu'à durer presque trois ans !

Au terme de ces trois années, les parnassim lui écrivirent avec tout le respect qui lui était dû qu'il pouvait encore revenir en paix et reprendre son poste de rabbin : sans lui, la communauté se sentait comme un troupeau sans berger, et une telle communauté ne pouvait subsister sans un digne chef spirituel. Mais, pour être juste, je dois dire que Metz ne manquait pas d'hommes capables, de grands connaisseurs du Talmud et de sages. Parmi eux se distinguait l'honorable Rabbi Aaron Worms, un érudit de la Loi qui avait été pendant de nombreuses années rabbin à Mannheim et dans ses environs, ainsi qu'en Alsace.

Ce Rabbi Aaron maria son fils à la petite-fille de Rabbi Gabriel.

Il appartenait naturellement aux partisans de Rabbi Gabriel et affirmait que celui-ci reviendrait assurément. Rabbi Aaron était un homme très sage, qui connaissait bien les affaires religieuses et celles du monde. Son avis avait beaucoup de poids, et la communauté se satisfit de la décision d'attendre encore quelque temps.

La communauté finit par apprendre que la candidature de Rabbi Gabriel avait été proposée pour le poste de rabbin de Nikolsburg (au XVIIIe siècle, Nikolsburg, en Moravie, possédait l'une des communautés juives les plus florissantes d'Europe centrale). Il est difficile de décrire le désarroi que provoqua cette nouvelle.

Le fils de Rabbi Gabriel tenta de convaincre les dirigeants de la communauté d'attendre encore un peu. Mais lorsqu'ils apprirent que Rabbi Gabriel avait laissé proposer sa candidature au poste de rabbin de Nikolsburg, les autorités, avec l'approbation de la majorité de la communauté, décidèrent de trouver un nouveau rabbin.

C'est alors que la tempête éclata.

Les partisans de Rabbi Gabriel, notamment Rabbi Aaron et les siens, firent tout leur possible pour empêcher la nomination d'un nouveau rabbin. Mais bientôt, lors d'une assemblée de tous les membres de la communauté, ils furent obligés, sous peine d'une lourde amende, d'élire un successeur à Rabbi Gabriel.

Ils écrivirent donc, dans les termes les plus courtois, une lettre d'invitation à Brod, le grand rabbin de Prague, et l'envoyèrent par un courrier spécial. Quelque temps plus tard, après des modifications du contrat, le rabbin susnommé accepta de venir à Metz.

Le très respecté Rabbi Gabriel avait-il appris la nouvelle, ou n'avait-il jamais douté un instant qu'il devait reprendre son poste ? Je ne saurais le dire. Quoi qu'il en soit, il revint sans tarder et, s'appuyant sur ses partisans, annonça qu'il était prêt à reprendre ses fonctions de rabbin.

Je n'ose décrire ce qui s'ensuivit.

Pardonne-nous, Éternel, à tous et à chacun, nos péchés ! Ce n'est pas à moi, une femme simple et sans érudition, d'écrire sur de telles affaires ! Que D.ieu pardonne à chacun ce qui fut fait dans le feu de la colère, sous l'impulsion du moment. Mais les actes des deux camps pour imposer leur volonté suffiraient à remplir un livre entier. Pour ma part, je prie l'Éternel notre D.ieu de nous accorder la vertu et la piété de ces deux sages.

Après avoir séjourné ici quelque temps et s'être convaincu que rien ne pouvait changer, et que les dirigeants de la communauté ne retireraient pas leur proposition à Rabbi Abraham Brod, qui avait déjà répondu favorablement, Rabbi Gabriel repartit. Il quitta la ville avec les honneurs, car tous les membres de la communauté étaient ses amis.