Nechama Cheli

La sagesse d'une femme bâtit son foyer : la plénitude de la femme

Du récit de l'épouse d'On ben Pélet aux enseignements du Maharal, le Talmud et le Midrach décrivent l'influence d'une femme sur son foyer. Cet article explore la sagesse, la constance et l'épanouissement du couple.

Rav Réouven Koukline

La sagesse d'une femme bâtit son foyer : la plénitude de la femme

La paracha Kora'h déclare (Bamidbar, Nombres 16:1) : « Et Kora'h, fils de Yitshar, fils de Kéhat, fils de Lévi, prit [des hommes avec lui], ainsi que Datan et Aviram, fils d'Éliav, et On, fils de Pélet, descendants de Réouven. »

Le Talmud (Sanhédrin 109b) explique que les noms des personnes citées dans ce verset font allusion à leur destin.

Selon le Talmud, le nom d'On, fils de Pélet, descendant de Réouven, évoque ceci : On finit par regretter de s'être d'abord révolté contre Moché. On se rattache au mot aninout, deuil ou affliction. Le nom de son père, Pélet, indique que des miracles furent accomplis pour lui : Pélet se rattache à pélé, miracle. Rachi explique que le fait d'avoir pu renoncer à ses intentions et éviter la faute est considéré comme un miracle. Les mots « descendants de Réouven », qui suivent le nom d'On, suggèrent qu'il réfléchit, comprit que Kora'h et toute son assemblée se comportaient de manière inconvenante, et s'éloigna d'eux. Réouven peut se diviser en raa, « vit », et ven, « comprit ». Les sages racontent que l'épouse d'On le persuada de ne pas participer à la révolte contre Moché, et le sauva ainsi.

Le Talmud cite Michlé, Proverbes 14:1 : « La femme sage bâtit sa maison, mais la femme insensée la détruit de ses propres mains. »

Le Talmud affirme que l'épouse d'On était sage et juste. Elle « bâtit » donc son foyer, sa famille, en influençant son mari pour qu'il évite la faute. L'épouse de Kora'h était insensée et pécheresse ; elle détruisit donc son foyer et attira sur elle-même et sur son mari le terrible châtiment d'être engloutis par la terre.

Ces paroles du Talmud montrent que l'influence d'une épouse sur son mari est déterminante.

Il est intéressant de lire dans Guittin 52a que rabbi Yossi appelait toujours son épouse « ma maison ». Il voulait ainsi enseigner que la réussite de la « construction » d'un foyer juif dépend avant tout de la femme.

Nous pouvons parvenir à la même conclusion en étudiant le Midrach Rabba (Béréchit Rabba 17:7), qui raconte l'histoire d'un homme juste marié à une femme juste. Beaucoup de temps passa, mais ils n'eurent pas d'enfants. Ils se dirent : « D-ieu tient à ce que les êtres humains aient des enfants. Chacun de nous doit chercher un autre conjoint. Peut-être mériterons-nous ainsi une descendance. » Ils divorcèrent. L'homme juste épousa ensuite une femme pécheresse, et son ancienne épouse se remaria avec un homme pécheur. Sous l'influence de son épouse, l'homme juste devint lui aussi pécheur ; sous l'influence de sa femme juste, le pécheur devint juste.

Le Midrach conclut : « Nous apprenons de là que tout dépend de la femme. »

Bien entendu, l'homme juste devenu pécheur sous l'influence de sa femme ne sera pas excusé pour cette raison devant le Tribunal céleste. Nous voyons cependant que l'influence naturelle de l'épouse sur son mari est plus grande que celle du mari sur son épouse.

Nous trouvons une idée semblable dans les Pirké de-Rabbi Éliézer, chapitre 40. Le Midrach explique pourquoi, lors du don de la Torah, le Créateur s'adressa d'abord aux femmes, comme il est dit : « Moché monta vers D-ieu, et D-ieu l'appela du haut de la montagne, disant : “Ainsi parleras-tu [avec douceur] à la maison de Yaakov, et annonceras-tu aux enfants d'Israël.” » Selon les sages, « la maison de Yaakov » désigne les femmes. Le Midrach affirme que la raison en est que le comportement des hommes est largement déterminé par l'influence de leur épouse.

D'après ce qui précède, la femme semble exercer l'influence dominante au foyer.

Pourtant, le récit d'Avoda Zara 30a paraît d'abord contredire cette affirmation. Le Talmud raconte qu'une épouse aidait son mari, un Juif juste, à mettre ses téfilines. Lorsqu'elle épousa ensuite un brigand, elle lui attachait ses instruments de brigandage. À première vue, cette histoire laisse penser que l'homme occupe la position dominante au foyer et que l'épouse s'adapte à lui.

Mais en lisant attentivement les paroles des sages, nous comprenons qu'il n'y a aucune contradiction entre ces deux récits. Le Midrach parle de femmes justes ou pécheresses, tandis que le Talmud décrit une femme « ordinaire », ni juste ni pécheresse. Si une femme a une orientation dans la vie et est déterminée à changer son mari, elle a de bonnes chances d'y parvenir. En revanche, une femme sans orientation propre s'adaptera à son mari et lui ressemblera.

La femme a donc de grandes possibilités d'influencer son mari et de le faire évoluer. Pourquoi son influence est-elle plus forte que celle du mari sur elle ?

Cela tient peut-être à la constance, à la stabilité qui caractérisent les femmes. Le prophète Yirmiyahou dit ainsi (Jérémie 31:21) : « Une femme entourera un homme. » Grâce à sa stabilité, une bonne épouse aide son mari agité à rester dans certaines limites et, si elle le souhaite, à avancer avec assurance dans la bonne direction. Comme les murs d'une maison, l'épouse entoure son mari. Rabbi Yossi témoigne à son propre sujet (Chabbat 118b) : « J'appelle toujours ma femme ma maison. »

Le prophète Yéchayahou évoque également cette stabilité des femmes (Isaïe 32:9) : « Femmes insouciantes, levez-vous, écoutez ma voix ! Filles tranquilles, prêtez l'oreille à mes paroles ! »

Le Maharal explique dans « Drouché Ha-Torah » que cette tranquillité vient du fait que les femmes sont des êtres plus accomplis.

Le Maharal affirme que seule une personne à qui il manque quelque chose vit dans une inquiétude permanente et ne peut être tranquille. L'aisance, le calme des femmes et leur confiance en D-ieu témoignent de leur plénitude. C'est pourquoi les femmes ne sont pas tenues d'accomplir les commandements positifs liés au temps. La femme a été créée principalement non pour se perfectionner elle-même, mais pour aider l'homme à parvenir à la plénitude. Nous l'apprenons des paroles de D-ieu lors de la création de la femme (Béréchit, Genèse 2:18) : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; Je lui ferai une ézer kénégdo, une aide qui lui corresponde. » Le but principal de la création de la femme est de conduire son mari vers l'accomplissement. Ensemble, l'homme et la femme sont appelés Adam dans la Torah, c'est-à-dire un être humain accompli.

Cela nous aide à comprendre la bénédiction que les femmes récitent : « Qui m'a faite selon Sa volonté. » Le rav Samson Raphaël Hirsch explique que le Créateur l'a faite conformément à Sa volonté ultime, c'est-à-dire accomplie.