Nechama Cheli

Les secrets du chalom bayit transmis par nos matriarches

Que nous enseignent Sarah, Rivka et nos autres matriarches sur la paix du foyer ? La rabbanite Yemima Mizrahi explore le respect, l'écoute du cœur, la prière et la force d'inspirer sa famille.

Rabbanite Yemima Mizrahi

Les secrets du chalom bayit transmis par nos matriarches

Notre paracha s'appelle Hayé Sarah, « la vie de Sarah », mais… notre matriarche Sarah meurt dans cette paracha ! Pourquoi appeler un passage consacré à sa mort « la vie de Sarah » ?

Nos sages nous suggèrent avec beaucoup de douceur qu'une mère ne « prend vie » pour nous que des années plus tard.

Quel que soit le respect et l'estime que nous lui portons, nous ne comprenons vraiment ce qu'elle représentait pour nous que lorsqu'elle n'est plus à nos côtés.

Jusqu'à ce moment, nous n'avions jamais lu dans la Torah que notre mère Sarah préparait un pain béni d'un Chabbat à l'autre. Nous ne le savions pas ! Nous ignorions comment elle observait les lois de la pureté familiale ; on ne nous l'avait pas raconté ! On ne nous avait pas non plus dit qu'elle allumait les bougies de Chabbat. Dans la paracha précédente, Vayéra, Avraham et Yitshak reviennent du sacrifice et discutent probablement de ce qu'ils raconteront à leur mère Sarah. Mais ils ne reconnaissent pas sa tente : la nuée ne repose plus au-dessus, et l'intérieur est sombre, car les bougies ne brûlent pas. Et où est le parfum du pain frais, du pain béni de notre mère Sarah ?

Ce n'est qu'après le départ de notre mère que nous comprenons ce qui nous manquera, ce qu'elle apportait à notre vie.

Essayons d'observer la vie de nos patriarches et de nos matriarches pour apprendre d'eux la paix du foyer. Chez eux, les bougies brûlaient d'un Chabbat à l'autre, et les bougies de Chabbat symbolisent le chalom bayit. Mais si nous considérons ces générations comme des personnes ordinaires, c'est que nous ne comprenons pas toute leur grandeur. Nos sages disent : « Si les premières générations sont comme des hommes, alors nous sommes comme des ânes » (Chabbat 112b). À plus forte raison en est-il ainsi des fondateurs de notre peuple.

Avec cette juste compréhension, tentons néanmoins d'examiner comment nos matriarches ont traversé toutes les épreuves difficiles qui leur furent imposées. Comment évitaient-elles les disputes ? Comment se retenaient-elles de se mettre en colère ?

Pour commencer, voici deux secrets de leur union spirituelle avec leurs maris. En hébreu, le lien se dit hibbour, d'où le nom de Hévron, la ville de nos ancêtres.

Premier secret : le respect

Lorsque Rivka voit Yitshak pour la première fois, elle tombe de son chameau. Elle l'admire avant même de savoir quoi que ce soit de lui : « Qui est cet homme ? » (Béréchit, Genèse 24:65). Elle choisit de baisser la tête et de lever les yeux vers lui, de l'honorer.

Le Zohar transmet un enseignement important : « Femme, même si ton mari est un am haarets, un homme simple et sans instruction, sache que si tu lèves les yeux vers lui et l'honores, il deviendra grand. » C'est ainsi que le Zohar explique le verset de Michlé, Proverbes : « Son mari est connu aux portes. » Il deviendra grand dans la mesure où elle lui ouvre la porte de son cœur, l'honore et l'élève.

De plus, un mari honoré par son épouse ne ressent pas le besoin d'imposer une tyrannie au foyer.

Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas besoin de la rabaisser ou de l'humilier pour se sentir grand. Si l'épouse ne comprend pas cela et ne lui donne pas assez de respect, il le prendra de force, et les disputes suivront.

Parfois, une épouse parle à son mari comme à un enfant, en lui faisant des remarques telles que : « Mets un pull », « Mange avec une fourchette ». Le respect évite de « diminuer » son conjoint, car il est estimé et grand à nos yeux. Yitshak répondit à Rivka de la même façon qu'elle agissait envers lui : « Et Rivka leva les yeux » — « et il leva les yeux » (Béréchit 24:63–64).

C'est le sens du mot nissouïn, mariage, « élévation » : lever les yeux et élever son conjoint dans son estime.

Pour commencer à respecter son conjoint, il faut trouver en lui une qualité, nouvelle ou depuis longtemps oubliée, et décider de le respecter pour elle. Cela demande un effort de réflexion : examiner attentivement son mari, chercher avec soin et découvrir une qualité digne de respect.

Deuxième secret : une parole juste et un cœur attentif

Yitshak et Rivka se parlent très peu. Lors de leur première rencontre, Rivka se couvre le visage d'un voile. À la fin de leur vie, elle dit à Yitshak : « Ma vie m'est devenue insupportable à cause des filles de Heth » (Béréchit 27:46).

Combien de disputes éclatent dans les maisons où l'on parle trop : « Il m'a dit, je lui ai répondu, puis sa mère est intervenue et a dit… » Ces paroles ne sont pas entendues parce qu'elles sont désagréables ; elles restent suspendues dans l'air comme de la poussière. Derrière cette poussière, les personnes ne se voient plus. Il faut se taire, retenir ses mots et laisser la poussière retomber. Alors, vous verrez qu'il y a quelqu'un à qui parler.

Mais quelle est cette famille où l'on garde constamment le silence ?

La proximité des cœurs est bien plus importante que les conversations.

En effet, Yitshak et Rivka parlent peu, mais il l'entend ! Ils n'ont pas d'enfants, et il bouleverse le monde pour elle : « Yitshak implora l'Éternel en faveur de sa femme, car elle était stérile ; l'Éternel exauça sa prière, et Rivka, son épouse, conçut » (Béréchit 25:21). Pourtant, il ne lui dit pas : « Regarde comme je prie pour toi ! » Son cœur compatit néanmoins à sa peine. Il dit au Tout-Puissant ce qu'aucun autre patriarche, ni Avraham ni Yaakov, n'a dit : « Je veux que tous les enfants qui me sont destinés naissent de cette femme juste » (Or Ha-Haïm sur Béréchit 21:3).

La prière est véritablement essentielle à la paix du foyer. Elle compte bien davantage que les paroles !

Rivka voit Yitshak, « les mains étendues dans la prière » (Béréchit Rabba, Hayé Sarah). Elle sait qu'avec son cœur sensible, capable de prier ainsi, il l'entendra. Il est bon de considérer le rapport d'un futur mari à la prière, car celui qui sait prier pourra entendre ce que son épouse n'a pas prononcé.

Deux difficultés bien connues du chalom bayit sont : « Ne comprend-il pas tout seul ? Faut-il tout lui expliquer ? » et « Pourquoi est-il si silencieux ? Il ne me parle jamais. »

Quand les cœurs sont éloignés, il faut crier pour que l'autre entende. Quand ils sont proches, on peut parler plus doucement et moins.

Mais une femme doit aussi savoir écouter avec son cœur. Entendre ce qui n'a pas été dit, c'est précisément ce qu'Éliézer, le serviteur d'Avraham, cherche à vérifier chez Rivka, la future épouse de Yitshak : « Si je lui demande de me donner à boire et qu'elle ajoute ce que je n'ai pas dit, “Je puiserai aussi pour tes chameaux”, alors je saurai qu'elle est compatissante. »

Voici encore un secret de la paracha Béréchit, à laquelle nous reviendrons brièvement pour nous aider à construire le chalom bayit.

Troisième secret : le désir et l'enthousiasme

L'une des malédictions de 'Hava dit : « Ton désir se portera vers ton mari. » Qui doit apporter au foyer l'envie d'agir, communiquer l'enthousiasme, inspirer les autres et donner le sentiment d'un nouveau départ ? L'épouse. Il faut transmettre son bonheur et sa joie à son mari, à ses enfants et à son entourage. C'est ta malédiction : désirer. Le fruit de l'Arbre de la connaissance parut désirable à la première femme ; désormais, elle devra sans cesse expliquer à tous pourquoi les choses lui sont désirables. Tu devras constamment éveiller ton mari et lui transmettre tes sensations.

Si l'épouse dit aux enfants : « Arrêtez, cela suffit, maman est fatiguée », le mari arrive et répète d'une voix sévère : « Arrêtez, maman est fatiguée ! » C'est védavak béichto, « il s'attachera à sa femme ».

Il est très difficile d'inspirer : inspirer un Chabbat joyeux, l'étude de la Torah, et l'élan nécessaire dans les moments difficiles.

Le Rabbi de Piaseczno dit qu'il est très important pour une femme d'assister à des cours et d'étudier la Torah, car cela donne à son mari et à ses enfants un encouragement supplémentaire. Ils diront : « Elle étudie la Torah alors qu'elle n'y est pas obligée. Elle le fait donc par amour. » En leur montrant son amour, elle les rapprochera de l'étude de la Torah. Pour cela, la femme a reçu la force de s'émerveiller ; tout dépend de ce vers quoi elle dirige son admiration.

Puisse D-ieu nous accorder la sagesse de bâtir un foyer solide, fondé sur l'amour, le respect et la prière.

Traduction et adaptation russes : Z. Skarjinskaïa.