Rabbanite Ruth Tsivyon
Extrait du livre « La maison de ma mère » de la Rabbanit Ruth Tsivion, consacré à la vie de sa mère, la Rabbanit Batcheva Esther Kanievsky, de mémoire bénie
Maman, la Rabbanit Batcheva Esther Kanievsky, n'a pas laissé de testament aux femmes juives. Pourtant, je pense que, si elle l'avait fait, elle y aurait certainement écrit, entre autres : « Priez ! Votre voix vous donne la possibilité de bouleverser le monde, comme il est dit : “La voix est la voix de Jacob.” Ne laissez surtout pas passer cette occasion ! »
La force de la prière
Maman bénéficiait d'une aide particulière du Ciel. Beaucoup de ses prières étaient exaucées et accomplissaient des miracles !
Un jour, on lui demanda : « Pourquoi ne remuez-vous pas ciel et terre pour ce Juif qui souffre tant ? » Maman répondit : « Croyez-moi, je fais tout ce que je peux, et le Tout-Puissant l'aidera certainement. » Cet homme connut la délivrance peu après la mort de maman.
« J'ai compris quelle force pouvait avoir la prière, disait un jour maman, grâce à l'exemple de mon père. »
Voici ce qu'elle raconta :
« Cela se passa alors que notre famille traversait des moments très difficiles. Plusieurs tragédies s'étaient succédé. Mon frère Its'hak mourut d'une pneumonie alors qu'il était encore nourrisson. Ma sœur Rivka, âgée d'un an, fut directement atteinte par un obus pendant la guerre de 5708 (1948). Elle resta plusieurs semaines entre la vie et la mort, puis finit par mourir. À cette même époque, une autre de mes sœurs tomba gravement malade et fut hospitalisée.
Un jour, alors que je veillais près de son lit à l'hôpital, j'entendis le médecin dire que son état était sans espoir et que ses jours étaient comptés. Je gardai mon sang-froid et récitai avec elle le Vidouï. Puis, après lui avoir dit adieu, je courus à la maison annoncer cette douloureuse nouvelle à nos parents.
La situation était désespérée, mais il est dit que “même si une épée tranchante repose sur le cou d'un homme, il ne doit pas cesser d'implorer la miséricorde” (Berakhot, 10a).
Papa entra dans une autre pièce, se plaça face à la bibliothèque et se mit à prier avec ferveur pour la guérison de sa fille. Sa prière fut exaucée : ma sœur sortit de danger et se rétablit peu à peu. La force de la prière de papa lui offrit encore cinquante années de vie. C'est ainsi que j'ai appris combien la prière pouvait être puissante ! »
Dès sa plus tendre enfance, maman priait beaucoup. Comme je l'ai déjà raconté, dans sa jeunesse elle dut travailler comme secrétaire dans une école pour aider ses parents à nourrir la famille. L'école n'était pas strictement orthodoxe. Chaque fois qu'elle partait au travail, maman priait donc pour ne pas trébucher ni subir l'influence de son entourage. Tous les matins, elle lisait les Téhilim correspondant à ce jour !
Une connaissance raconta un jour à maman ses difficultés dans l'éducation de ses enfants et ajouta, au passage, qu'elle lisait tout le livre des Téhilim chaque jour. Maman pétrissait alors la pâte des 'hallot. En entendant cela, elle lâcha la pâte, se retourna et dit : « Tout le livre des Téhilim ? Alors tu n'as pas à t'inquiéter. La prière n'est pas le meilleur moyen : c'est le seul moyen ! »
Maman répétait souvent : « Il n'existe rien au monde que l'on ne puisse obtenir par la prière ! »
« As-tu déjà prié pour elle ? »
Maman rappelait sans cesse aux femmes qu'elles ne devaient pas compter uniquement sur ses prières : chacune devait aussi prier elle-même !
Elle répétait encore et encore que chaque prière de chaque personne avait une force et était accueillie en Haut. Un jour, une femme demanda à maman de prier pour une connaissance. Avant d'accepter, maman lui demanda : « As-tu déjà prié pour elle ? »
Maman parlait d'une femme, mère d'une famille nombreuse, qui travaillait à l'extérieur tout en accomplissant beaucoup de choses malgré ses nombreuses obligations. « Son secret, c'est la prière, expliquait maman. Elle se lève tôt le matin pour prier, et sa prière influe sur toute la journée qui suit. »
Beaucoup confiaient à maman leurs malheurs, leurs problèmes et leurs difficultés. À toutes, elle disait la même chose : « Priez ! »
Lorsqu'on venait lui parler de recherche d'un conjoint, elle disait : « Un moyen éprouvé pour qu'une jeune fille trouve son âme sœur est de prier trois fois par jour. »
Elle l'expliquait ainsi :
« À notre époque, nous n'avons plus avec le Tout-Puissant le lien qui existait au temps du Temple. Le Créateur souhaite que nous nous sentions proches de Lui, et le seul moyen d'atteindre cette proximité est la prière. »
Les prières collectives
Maman priait pour ceux qui avaient besoin de délivrance non seulement pendant les trois prières quotidiennes, mais à chaque moment favorable, comme l'allumage des bougies ou le prélèvement de la 'halla. (À l'allumage des bougies, maman priait environ une demi-heure, puis récitait la Kabbalat Chabbat, suivie du Cantique des cantiques. Dans la journée du Chabbat, elle lisait tout le livre des Téhilim. Maman disait que le Chabbat était fait pour les Téhilim et les petits-enfants…)
Il arrivait aussi qu'il faille prier en urgence pour sauver une vie. Une famille avait été grièvement blessée dans un accident de la route. Le rav Eliyahou Broner, de l'organisation Ezer Mitsion, lui rendait visite chaque jour. Il la mit en relation avec mes parents, qui la bénirent chaleureusement et continuèrent à prendre de ses nouvelles. Une nuit, le rav Broner informa maman que l'état de plusieurs membres de cette famille s'était aggravé. Elle réunit aussitôt toute la maisonnée : « Tous, sans exception, laissez ce que vous faites et commencez à lire les Téhilim ! » Grâce à Dieu, tous les membres de cette famille se rétablirent complètement.
Sarah, une amie de maman, vint la voir tard un soir et lui raconta que sa sœur était dans un état grave. Le lendemain matin, elle attendit maman près de la synagogue pour lui annoncer que sa sœur allait beaucoup mieux. Après la prière, les femmes sortant de la synagogue entourèrent Sarah et la couvrirent de questions : « Comment va votre sœur ? », « Comment se sent-elle ? », « Va-t-elle bien ? » Sarah s'étonna : « Comment êtes-vous au courant pour ma sœur ? » On lui répondit : « Comment cela, comment ? À la demande de la Rabbanit, nous avons toutes prié pour elle avant le début de l'office ! »
Aux funérailles de maman, des femmes sanglotaient : « Oh, oh ! Qui priera désormais pour nous ? »
Chaque femme pour laquelle maman priait devenait presque un membre de sa famille. Elle s'intéressait à sa vie, se réjouissait de ses bonnes nouvelles et partageait ses peines, même si elle ne l'avait jamais vue et avait reçu son nom d'une autre femme qui en avait envoyé une troisième à cette fin…
La liste des noms
Pendant les Jours redoutables, les prières pour le peuple juif ne quittaient pas les lèvres de maman. À Roch Hachana, par exemple, elle allait voir papa et lui récitait une longue liste de noms de personnes qui avaient besoin d'une délivrance ou d'une bénédiction.
Maman connaissait par cœur les noms de toutes les personnes pour lesquelles elle priait !
Elle se souvenait de tous ces noms même après être devenue célèbre, quand toujours plus de femmes venaient demander sa bénédiction et que le nombre de personnes pour lesquelles il fallait prier ne cessait d'augmenter. Maman n'écrivait jamais de listes de noms sur papier. Elle en connaissait par cœur des centaines, peut-être même des milliers. Beaucoup de personnes pour lesquelles elle priait portaient plusieurs prénoms ; certaines avaient des noms rares ou inhabituels. Pourtant, maman se souvenait de chaque nom et de chaque demande qui lui était liée. Cela ne se faisait pas tout seul et lui coûtait de grands efforts : parfois, elle inventait de petits repères pour ne pas oublier un nom. Bien des femmes étaient étonnées lorsque, des années après leur première rencontre, maman leur demandait si le problème évoqué à l'époque avait été résolu.
Une fois entrés dans la « liste » de maman, les noms y restaient longtemps. Elle priait pour ces personnes pendant des années, parfois des décennies ! « Cela fait trente ans que je prie pour elle ! », dit-elle un jour à une amie après un long entretien avec une dame âgée et malade, au moment de lui dire au revoir.
Dans un moment difficile, il est naturel de confier sa peine à quelqu'un et de lui demander de prier. Mais, lorsque la situation s'améliore, on peut oublier de le lui raconter. Les femmes qui tenaient tant à ce que maman prie pour elles oubliaient parfois, ou ne trouvaient pas le temps, de lui dire que sa prière avait été exaucée. Elle continuait alors, durant des années, à prier pour une demande qui n'avait plus lieu d'être…
« Comment va Sarah Gitl, fille de Rivka Tsirl ? »
On entendait souvent maman demander : « Comment va une telle, fille d'une telle ? Je prie pour elle sans cesse ! » Parfois, elle s'adressait aux femmes en utilisant le nom qu'elle prononçait dans ses prières : « Chalom, Sarah Gitl, fille de Rivka Tsirl ! » Ou elle demandait : « 'Haya Massouda, fille d'Ochrat Saada, c'est bien cela ? » Maman leur montrait ainsi qu'elle se souvenait d'elles et priait pour elles.
Une connaissance vint demander à maman une bénédiction pour la guérison de sa mère malade. En la voyant, maman demanda : « Qu'en est-il du bégaiement de votre petite fille, Sarah, fille d'Esther ? » (Tous les noms sont fictifs.)
La femme ne comprit pas tout de suite de quoi il s'agissait. Il lui fallut un moment pour se souvenir. Quatre ans auparavant, pendant les vacances d'été, toute la famille était partie en séjour. Leur petite fille de deux ans avait alors confondu la porte de leur appartement avec celle des voisins. En ouvrant la mauvaise porte, elle s'était retrouvée face à un énorme chien noir. L'enfant, qui n'avait jusque-là vu des chiens qu'en images, eut une peur terrible et se mit à bégayer. Dès le retour de la famille à Bné Brak, sa mère vint chez nous demander une bénédiction. Maman la bénit, et bientôt il ne resta plus aucune trace de ce bégaiement.
Quatre ans avaient passé. La petite fille avait désormais six ans et était en parfaite santé, mais maman continuait à prier pour elle chaque jour…
Un jour, on demanda à maman de promettre la guérison complète d'un Juif atteint d'une maladie dangereuse. Un membre de la maisonnée répondit : « La Rabbanit fait tout ce qui dépend d'elle ! Le nom du malade ne quitte pas ses lèvres, le matin, l'après-midi et le soir. Elle prie pour lui autant que vous-mêmes. »
Une parente demanda un jour à maman si elle se souvenait d'elle. Maman parut blessée : « Ne prié-je pas pour vous chaque jour ?! » De telles histoires se produisirent des centaines de fois, et pas seulement avec des membres de la famille.
Un jour, une femme vint raconter à maman que l'opération prévue avait été annulée à la dernière minute : la masse que les médecins devaient enlever avait disparu d'elle-même. Maman lui dit : « Vous ne pouvez pas imaginer combien j'ai prié pour vous à Min'ha de Yom Kippour ! »
Lorsqu'une voiture équipée d'un haut-parleur passait devant la maison pour annoncer des funérailles, maman écoutait attentivement et poussait un profond soupir. Plus d'une fois, elle disait quelque chose comme : « Oh, j'ai prié pour lui pendant cinq ans… »
Des prières qui ont apporté la délivrance
Bien des femmes connurent la délivrance après avoir commencé, sous l'influence de maman, à prier davantage. Voici seulement quelques-unes de leurs histoires :
Une femme avait trois filles célibataires qui ne parvenaient pas à trouver leur conjoint. Maman lui conseilla de prier davantage. Elle suivit ce conseil et, de façon merveilleuse, toutes trois se fiancèrent l'une après l'autre !
Une jeune femme de vingt-huit ans cherchait son conjoint depuis de nombreuses années. Suivant le conseil de maman, elle ajouta une prière supplémentaire, et ses fiançailles eurent bientôt lieu.
Une autre jeune femme, qui avançait en âge, se plaignit à maman de désirer ardemment se marier sans que personne ne lui soit présenté. Elle priait deux fois par jour, et maman lui recommanda d'ajouter une troisième prière.
Le quarantième jour après sa conversation avec maman, la jeune femme se fiança !
Une femme raconta : « Pendant de nombreuses années, je n'ai pas eu d'enfants. J'ai suivi plusieurs traitements contre l'infertilité. À un moment, je suis venue voir la Rabbanit. Elle m'a dit : “Pourquoi te faire soigner ? Prie trois fois par jour, et le Tout-Puissant t'aidera !” Je n'ai pas prêté attention à ses paroles. Deux années sont passées sans que rien ne change dans ma vie. Puis je me suis souvenue de son conseil et j'ai pris une décision : je prierais trois fois par jour, quoi qu'il arrive ! Peu après, je suis tombée enceinte ! »
Voici encore l'histoire d'un couple qui n'avait toujours pas d'enfants après dix-huit ans de mariage. Ils avaient déjà consulté les meilleurs spécialistes, mais sans résultat. Maman fut une messagère du Ciel pour leur apporter la délivrance. Lorsque la femme vint lui confier sa détresse, maman lui conseilla de lire chaque jour, avec son mari, tout le livre des Téhilim, une pratique éprouvée mentionnée dans le livre Pélé Yoets. Ils suivirent ce conseil et, environ un an plus tard, des jumeaux leur naquirent !
Une femme vivant à l'étranger tomba gravement malade et demanda à maman de prier pour elle. Maman citait son nom dans ses prières chaque jour. Elle lui conseilla de lire quotidiennement tout le livre des Téhilim et lui envoya une brochure relatant des délivrances miraculeuses obtenues par la lecture des Téhilim. Un an plus tard, maman reçut une lettre dans laquelle cette femme racontait que les prières avaient été entendues et qu'elle avait complètement guéri. Dans sa lettre, elle encourageait tout le monde à suivre le conseil de maman…
Maman n'a pas laissé de testament aux femmes juives. Pourtant, je pense que, si elle l'avait fait, elle y aurait certainement écrit, entre autres : « Priez ! Votre voix vous donne la possibilité de bouleverser le monde, comme il est dit : “La voix est la voix de Jacob.” Ne laissez surtout pas passer cette occasion ! »
Traduction russe d'origine : Kh. Berman