Mikhal Roujjé-Khanovitch
Le premier signe de l’été et des vacances était une grande valise que l’on descendait du placard en hauteur pour la déposer solennellement au milieu de la pièce.
La valise soufflait de la poussière, et tout le monde autour éternuait. Il semblait que personne dans la maison ne fût plus important qu’elle. Peu à peu, on la remplissait jusqu’à la limite, puis on tentait de la fermer. La valise gémissait, basculait d’un côté à l’autre, et ses fermoirs s’ouvraient avant même d’avoir pu se fermer. On appelait alors la petite fille hors de sa chambre et on lui demandait de s’asseoir sur la valise.
Bientôt, un taxi arrivait et, d’un geste léger, le chauffeur soulevait la valise et la lançait dans le coffre. Grand-mère s’installait sur le siège avant, tenant sur ses genoux une vieille cruche et une bassine. Ce couple inséparable avait déjà de nombreuses années, et l’émail blanc s’était écaillé par endroits. Pourtant, pour une raison mystérieuse, ces deux objets avaient l’honneur de voyager sur les genoux de grand-mère, plutôt que d’être serrés dans le coffre étouffant.
Plusieurs fois, la petite fille avait regardé furtivement à l’intérieur de la cruche, espérant y trouver quelque trésor, mais elle n’y avait découvert que l’écho.
En arrivant à la maison de campagne, grand-mère commençait par poser la cruche et la bassine sur la table de nuit. Chaque soir, avant de dormir, elle remplissait la cruche d’eau propre, mais l’examinait d’abord de tous les côtés pour s’assurer qu’elle n’avait ni fissure ni éclat.
Un jour, la petite fille n’y tint plus et demanda à grand-mère pourquoi elle se lavait les mains près du lit avec la cruche : était-ce parce qu’elle avait du mal à se lever ?
Grand-mère la prit sur ses genoux et dit : « Tu sais, chaque matin, l’âme nous revient d’en haut toute propre, comme neuve. » En riant, elle ajouta que c’était sans doute pour cela qu’elle avait du mal à se réveiller et faisait des caprices. « Et je veux que mon corps, qui la reçoit, soit tout aussi propre et entier.
C’est pourquoi la cruche dont je prends l’eau qui me purifie doit, elle aussi, être entière. »