Nechama Cheli

La 'halla : nourrir nos besoins spirituels

Sarah Yokhéved Rigler raconte sa découverte de la profondeur spirituelle du prélèvement de la 'halla. Un témoignage sur l'intention, la prière et le lien avec le Tout-Puissant à travers les mitsvot.

Sarah Yokhéved Rigler

La 'halla : nourrir nos besoins spirituels

« Tu as tellement de chance, me disait Chani. Tu es une baalat téchouva, tu as pratiqué la méditation, tu as une relation proche avec le Tout-Puissant. Moi, j'accomplis les commandements depuis toujours. Pour moi, c'est une routine aride. Je ne ressens aucune proximité. »

Chaque fois que j'entends cette confession plaintive, j'ai l'impression d'être assise à côté du conducteur d'une voiture neuve et luxueuse qui ne sait pas utiliser la moitié de ses fonctions modernes.

Une religion ayant donné des justes comme le roi David, le poète médiéval Yéhouda Halévi, les kabbalistes de Tsfat, le Baal Chem Tov et les femmes priant chaque jour au Mur occidental pourrait-elle manquer d'un chemin vers la proximité du Tout-Puissant ?

Peut-on qualifier d'aride la religion qui a inspiré le Cantique des cantiques et Yédid Néfech ? « Glorieux, magnifique, rayonnement de l'univers, mon âme languit après Ton amour… »

Que manque-t-il donc ?

L'unité des volontés

L'union la plus élevée avec D-ieu accessible à l'être humain est celle des volontés. Selon la Kabbale, Kéter, la plus haute des dix séfirot, se caractérise par la joie, la foi et la volonté. Unir sa volonté à la volonté divine constitue la proximité suprême avec D-ieu.

Même dans les relations humaines, l'amour véritable implique d'unir les volontés, ce qui demande souvent de soumettre la sienne à celle de l'être aimé. Voilà pourquoi l'amour réel, contrairement à celui d'Hollywood, exige un travail persévérant et parfois des renoncements. Si vous voulez aller dans un restaurant italien et votre conjoint dans un restaurant chinois, l'unité ne sera atteinte que si l'un de vous aime suffisamment l'autre pour dire sincèrement : « Faisons comme tu veux, cela me convient. »

Dans cette perspective, le plus grand obstacle à la relation est de ne pas savoir ce que veut l'autre.

Cette difficulté se présente chaque année dans notre famille, à l'anniversaire de mon mari. Mon désir de lui offrir ce qu'il souhaite se heurte au fait qu'il ne veut rien de particulier.

Cette année fut différente. Deux semaines avant son anniversaire, ma question sur son cadeau reçut une réponse sans ambiguïté. Il voulait le célèbre ouvrage anglais en quatre volumes sur les lois de Chabbat. Ravie, je suis allée à notre librairie juive et l'ai demandé.

L'ouvrage était épuisé. Le libraire m'assura qu'il n'en restait aucun exemplaire dans tout Jérusalem. L'éditeur préparait une nouvelle édition qui, avec un peu de chance, sortirait dans un ou deux mois. Ma déception était difficile à exprimer.

La veille de son anniversaire, je faisais des courses à Guéoula. Soudain, j'ai remarqué que je me trouvais près d'une librairie. Convaincue qu'essayer ne pouvait pas faire de mal, je suis entrée et ai demandé les quatre volumes sur les lois de Chabbat.

Le propriétaire hassidique répondit : « J'ai le tout dernier exemplaire de Jérusalem. Quelqu'un l'a commandé il y a plusieurs mois et je l'ai gardé tout ce temps. Mais cette personne n'est jamais revenue d'Amérique. Je suis donc prêt à vous le vendre. »

Transportée de joie, j'ai acheté ces énormes livres et suis partie rejoindre mon mari, qui venait me chercher en voiture. Nous avions convenu qu'il m'attendrait en haut de la rue Strauss, à environ quatre pâtés de maisons. Il faisait chaud et je portais déjà une demi-douzaine de sacs lourds. Les quatre volumes pesaient quelque cinq kilos, mais en montant la côte je me réjouissais de pouvoir lui offrir exactement ce qu'il désirait.

Dans la Torah, le Tout-Puissant explique au peuple juif précisément ce qu'Il attend de nous. Nous ne sommes pas « accablés par le fardeau des commandements ». Nous avons un immense privilège : 613 façons de nous relier à Lui. Il n'existe pas de plus grande expression de Son amour que les commandements, 613 canaux de connexion totale.

La deuxième base

Quand des Juifs religieux se plaignent de ne pas ressentir de lien avec le Tout-Puissant en accomplissant les commandements, ils reconnaissent leur propre insuffisance, et non celle de la Torah.

Le sentiment de connexion qui leur échappe ne vient pas automatiquement. Le piège de l'observance est qu'il est facile d'accomplir les commandements mécaniquement. Permettez-moi de reformuler : il est difficile de ne pas accomplir machinalement des commandements répétés chaque jour, parfois plusieurs fois par jour. Les accomplir comme il se doit, consciemment, joyeusement et en se concentrant sur Celui qui les a prescrits, est un exploit nécessitant des efforts constants et une concentration qui pourrait mettre à l'épreuve un neurochirurgien.

Le rav Chlomo Wolbe écrivait : « Il est évident que l'accomplissement mécanique des commandements ne contient ni conscience, ni amour, ni joie. »

Quel antidote propose-t-il ? Ne pas se précipiter soudain dans une mitsva. Au contraire : « Réfléchissons au fait que le Saint, béni soit-Il, nous a Lui-même prescrit cette mitsva et que, par elle, nous nous relions à Lui » (Alé Chour, p. 327).

Nous sommes occupés toute notre vie. Personne ne parvient à tout faire, et à tout faire correctement. La plupart d'entre nous accomplissent les commandements, prient ou bénissent les aliments, comme un joueur de baseball qui doit toucher la deuxième base d'au moins un doigt avant de courir vers la troisième. Nous jugeons déjà louable de trouver du temps pour les mitsvot. L'idée de prendre encore quelques minutes avant leur accomplissement, de faire une pause, de penser à Celui qui les a prescrites et d'unir notre volonté à la Sienne nous remplit d'appréhension. C'est incroyablement difficile ! Pourtant, c'est ainsi qu'elles devraient être accomplies.

Par exemple, le Rambam écrit qu'avant la Amida, il faut s'arrêter et méditer sur la grandeur de D-ieu, à Qui l'on va s'adresser. Sachant que cette prière prend en moyenne cinq à quinze minutes, n'est-il pas regrettable de ne pas consacrer deux minutes supplémentaires à une réflexion qui pourrait transformer toute la prière en un exercice d'amour et de proximité ?

Le prélèvement de la 'halla

Voilà dix-huit ans que j'observe les lois de la Torah.

Il y a trois mois, une femme nommée Rachel Miller a commencé dans notre quartier un cours sur la mitsva du prélèvement de la 'halla. Dans la Torah, le Tout-Puissant ordonne qu'en entrant en terre d'Israël, lorsque nous préparons du pain ou d'autres produits à partir d'une pâte non liquide, nous séparions un petit morceau de pâte et le mettions de côté. C'est l'un des trois commandements donnés particulièrement aux femmes, bien que les hommes n'en soient nullement dispensés.

Comme je n'aime pas beaucoup cuisiner, je n'avais jamais eu envie de faire du pain de toutes pièces. Avec ma machine à pain, oui. Avec mon mari pianiste, qui aime exercer ses doigts en pétrissant, oui. Je me contente de prononcer la bénédiction et de détacher un morceau de pâte. Mais suivre dix semaines de cours sur un seul commandement, le prélèvement de la 'halla ? Non, merci.

Lorsqu'une amie m'a demandé pourquoi je n'y allais pas, j'ai répondu légèrement que je n'aimais pas faire du pain. Elle m'a regardée avec indignation : « Ne sais-tu pas que toutes les bénédictions d'abondance matérielle descendent dans le monde par cette mitsva ? Ce commandement apporte aussi la guérison de quatorze manières différentes. »

Je me suis inscrite, me demandant comment on pouvait en dire autant sur un seul commandement.

« La mitsva de la 'halla a une portée cosmique », proclamait Mme Miller. Chaque semaine, je m'étonnais davantage lorsqu'elle décrivait ses profondes conséquences.

Puis elle annonça que le rav Élazar Barclay viendrait la semaine suivante expliquer les détails halakhiques de cette mitsva. Cela prendrait deux heures.

Deux heures ? Je n'imaginais pas comment il pouvait remplir deux heures d'informations sur le prélèvement de la 'halla. Et, bien sûr, je savais déjà comment accomplir ce commandement.

Mais je suis tout de même allée au cours. J'ai découvert que je l'accomplissais incorrectement.

La semaine suivante, Mme Miller annonça une démonstration de confection des 'hallot. Je suis arrivée en m'attendant à un cours de cuisine inutile, car mon mari avait la meilleure recette de 'halla complète au monde.

Cette démonstration a changé ma vie.

Désormais, je prépare des 'hallot une fois par mois, et c'est le sommet spirituel du mois. Je commence par éteindre le téléphone et annoncer que personne ne peut entrer dans la cuisine avant que j'aie terminé ; cette mitsva exige une concentration totale. Puis je donne la tsédaka, la charité, afin que toutes mes prières soient accueillies favorablement. Je récite un chapitre de Téhilim, les Psaumes, pour ouvrir les portes du Ciel. En tamisant la farine, je chante, car la joie est le fondement de toute réussite spirituelle. J'ajoute ensuite consciemment chaque ingrédient : le sucre pour la douceur que je souhaite à ma famille ; la levure pour que chacun grandisse ; l'eau, qui symbolise la Torah. En mesurant le sel, symbole de la réprimande, je verse deux cuillères à soupe, puis en remets un peu dans le récipient, car nous devrions toujours réprimander moins que nous ne le pensons nécessaire. Enfin, en versant lentement l'huile, j'« oins » chaque membre de la famille en le nommant et en priant pour ses besoins particuliers.

Le pétrissage est un temps de prière. Ma fille adolescente, Pliya Esther, et moi nommons à tour de rôle ceux pour qui prier : les amis célibataires, pour qu'ils se marient ; les couples sans enfants, pour qu'ils en aient ; les malades et les victimes du terrorisme, pour une guérison rapide et complète ; les personnes en difficulté financière, pour leur subsistance ; les couples en conflit, pour la paix du foyer. Pliya Esther me rappelle d'ajouter les noms des soldats israéliens disparus et de Jonathan Pollard, que les Américains ont finalement libéré de prison et autorisé à immigrer en Israël. Nous continuons à pétrir et à prier avec une telle concentration et une telle intensité spirituelles que la cuisine se charge d'énergie.

La pâte est prête, mais la préparation spirituelle à l'accomplissement correct de la mitsva continue. En lisant une feuille plastifiée, je prie avec ferveur pour que mon prélèvement répare la faute de 'Hava. Comme elle a apporté la mort au monde, puissé-je y apporter la vie, abolir la mort et essuyer les larmes de chaque visage.

Je suis maintenant prête à accomplir le commandement. Je détache un petit morceau de pâte, prononce la bénédiction, le lève des deux mains et déclare : « Ceci est la 'halla ! »

Mes mains tremblent sous l'intensité spirituelle du moment, et le visage de Pliya Esther exprime la révérence. Les mains levées, je récite encore deux prières : l'une pour que la 'halla prélevée soit reçue comme une offrande au Saint Temple, expie toutes mes fautes et me fasse, en quelque sorte, renaître ; l'autre pour la délivrance complète et définitive du monde entier.

Il m'a fallu plus d'une heure pour accomplir une seule mitsva. Je me sens élevée, saisie de révérence et transportée, comme autrefois après des heures de méditation.

Pendant dix-sept ans, j'avais accompli le prélèvement de la 'halla irrégulièrement et incorrectement, sans la moindre idée de sa profondeur ni de son potentiel spirituel. Je glissais vers la deuxième base, prononçais une bénédiction, détachais un morceau et ne ressentais rien. Cela ne me reliait pas au Tout-Puissant, sinon au niveau le plus élémentaire.

Le défaut n'était pas dans le commandement. Il n'était pas dans le judaïsme. Il était en moi.

Les commandements sont un festin spirituel incomparable. La plupart des Juifs, même orthodoxes, en ont à peine goûté la saveur. Les connaisseurs distinguent le fait de manger de celui de savourer un repas. Le second exige du temps et une attention au goût de chaque bouchée. Un gourmet dans un restaurant cinq étoiles ne se plaint pas du temps de préparation et ne juge pas sa qualité selon son degré de satiété en partant.

Le lien avec le Tout-Puissant par les commandements demande du temps, un apprentissage constant et le désir d'approfondir toujours davantage.

Le judaïsme n'est pas une religion de restauration rapide.