Léa Odélia
« Deux valent mieux qu'un, car ils ont une bonne récompense pour leur travail » (Kohélet, Ecclésiaste 4:9).
Dans le premier verset de la Torah, Béréchit bara Élokim et hachamayim vé-et haarets, six mots symbolisent les six directions, la nature de ce monde, qui s'unissent en un septième point : Béréchit.
Dès le deuxième verset, il est dit que « la terre était informe… ». Tohou désigne ce qui ne suit pas un processus ordonné, une dispersion de particules sans lien. Pourquoi « était » ? « Elle l'était déjà ! », dit rabbi Bérakhia.
Les sages disent que la racine du mal naquit dans les mondes qui existaient avant la création du nôtre, appelés les mondes des points, Olam Nékoudim.
La forme du point indique une entité séparée, qui ne s'unit à rien pour créer un tout. Les points se percevaient comme des créations autonomes, n'ayant besoin d'aucun lien avec leur source ni avec une réalité commune. Cette « philosophie » se révéla suicidaire, et le monde des points fut détruit.
Le premier verset révèle donc le bien, tov : s'unir les uns aux autres et à la Source supérieure pour une vocation commune.
Le deuxième révèle le mal, ra, lié à raoua, instable : le refus de dépasser son propre ego. Il suggère aussi la réparation : « L'esprit de D-ieu plane sur les eaux », car l'eau peut réunir des particules dispersées en un seul mélange.
Le paradoxe de la Création est que chaque détail, aussi beau et brillant soit-il, acquiert du sens précisément en se réunissant aux autres éléments. En même temps, il reste singulier, choisi parmi une grande multitude de choses.
Pour écrire ce billet, par exemple, j'ai choisi certains mots dans l'ensemble du vocabulaire. Ils sont devenus uniques en s'unissant en un texte porteur de sens, du moins je l'espère :). Il en va de même des couleurs du peintre, des matériaux de construction et, bien sûr, de ceux à qui le choix a été donné… Vous voyez ce que je veux dire.
Heureux 15 Av à l'approche de cette journée !