Rabbanite Léa Gans
Avant tout, il faut… prier. Comme dans toute entreprise, la prière est nécessaire lorsqu’il s’agit de punir, avant même de réfléchir à la sévérité et à la mesure de la punition.
L’enfant doit savoir qu’il peut s’appuyer sur une force fiable et résolue. S’il ne sent pas chez ses parents de la fermeté et de la fiabilité, si les parents ne savent pas poser de limites et recourir à la punition lorsque c’est nécessaire, l’enfant commence à faire des bêtises et à crier, sans parvenir à s’arrêter. On lui donne tout ce qu’il veut, mais il se déchaîne de plus en plus. En revanche, si, dans cette situation, il est puni, il se calme et se tait. C’est comme si l’enfant demandait qu’on l’aide à s’arrêter, parce qu’il n’en est pas capable seul. À présent, l’enfant est apaisé : il a senti qu’il y a quelqu’un « au-dessus » de lui, qui pourra le maîtriser, l’arrêter lorsqu’il « s’emballe », l’obliger à utiliser correctement ses propres forces. Parfois, les parents disent même que l’enfant « cherche » à être puni.
Je le répète, ce ne doit pas nécessairement être une punition physique : parfois, un cri ou un regard suffit. Pour les tout-petits, un regard ou un léger coup sur la main suffit. Un enfant plus grand qui s’est précipité sur la chaussée ou s’est penché par-dessus le rebord de la fenêtre peut recevoir une tape bien sentie, afin de se souvenir longtemps que c’est dangereux. Mais il faut toujours lui expliquer qu’il ne doit pas agir ainsi.
Première règle. Entourer d’amour
Pour que l’enfant cesse de faire des bêtises et se taise, non seulement pendant les quelques secondes qui suivent, mais aussi pour que cela ait un effet sur son comportement ultérieur, il faut qu’il se sente constamment entouré d’amour. Si l’enfant sent que ses parents l’aiment en permanence, avant, pendant et après la punition, s’il en est certain, cela lui permettra d’accepter plus facilement la punition. De plus, il sait que ses parents ne veulent en aucun cas lui faire mal sans raison : la punition était donc réellement nécessaire.
Il est écrit au sujet d’Adam que, lorsque vint le premier motsaé Chabbat et que l’obscurité tomba, il eut très peur. Il ne savait pas ce qu’était l’obscurité. Il y avait toujours eu de la lumière, et soudain, elle disparaissait : que se passait-il ?! Un enfant qui grandit en étant aimé, puis qui subit soudain une punition, prend peur : et si mes parents avaient cessé de m’aimer ?! Et si leur amour s’était transformé en haine ? Il faut donc constamment expliquer à l’enfant, surtout lorsqu’il est petit (les plus grands le ressentent déjà d’eux-mêmes), que nous l’aimons et que nous le punissons précisément parce que nous l’aimons.
La maman d’un garçon qui courait partout et criait avec son camarade peut lui dire ceci : « Ton camarade, avec qui tu courais et faisais des bêtises, je ne le punis pas, parce que cela me concerne moins : il a sa propre maman, je ne suis pas chargée de son éducation. [C’est pourquoi il ne faut pas punir l’enfant d’autrui (Hazon Ich) – note de la rédaction.] Mais toi, tu es mon enfant, et pour cette raison, parce que je t’aime, que je prends soin de toi et que tu comptes pour moi, je suis obligée de te punir. »
Avec cette façon de punir, l’enfant retiendra mieux la leçon. Il comprend en effet que la punition ne fait pas obstacle à l’amour. La punition lui fait mal, peut-être même qu’il pleure, mais cette douleur passe vite et la vie continue. Et il sait qu’il est toujours aimé.
Il est écrit dans le midrach : « Quand un père punit son fils, le fils aime davantage son père et le respecte, comme il est dit (Proverbes, 29:17) : “Châtie ton fils, et il te consolera et comblera ton âme de délices.” » Nous cherchons à modeler notre comportement sur celui du Très-Haut envers nous. Lorsque la manne tombait dans le désert, elle tombait, pour les justes, près de l’entrée de leur tente ; plus le niveau spirituel d’une personne était bas, plus sa manne se trouvait loin de sa tente. Telle était la punition qui montrait à la personne que tout n’allait pas bien et qu’elle devait améliorer ses actes : elle mériterait alors, elle aussi, de recevoir la manne près de sa tente.
Nous devons remarquer que le Très-Haut a continué à donner de la manne même aux méchants. Il ne les a pas privés de nourriture pour cette raison.
Il en va de même pour les parents : les besoins fondamentaux de l’enfant doivent être satisfaits, quel que soit son comportement. L’enfant doit recevoir de l’amour, même lorsqu’il se comporte mal, car c’est pour lui un besoin fondamental, qui n’est pas moins important que son besoin de nourriture. Les besoins secondaires – la proximité de la manne du foyer, le confort, que l’on peut comparer, dans notre contexte, aux cadeaux, aux marques de tendresse et à l’indulgence – peuvent être soumis à des conditions. Si l’enfant ne s’est pas très bien comporté, nous réduisons ou lui retirons ces petits plaisirs supplémentaires. L’enfant sent alors que, tout en étant entouré d’amour, son parent manifeste de l’irritation et le regarde avec colère. L’enfant souhaite retrouver la chaleur et le confort habituels. Il retiendra qu’un certain comportement amène son parent à s’éloigner de lui et, par conséquent, ne répétera pas son erreur.
Deuxième règle. Associations positives et négatives
Imaginons une situation : une fille a du mal à faire ses devoirs et demande de l’aide à sa grande sœur. Celle-ci est occupée, par exemple à lire, et ne veut pas s’interrompre. La maman est elle aussi occupée aux tâches ménagères et ne peut absolument pas aider sa fille. L’heure du coucher approche ; la fille supplie sa grande sœur, qui ne cède toujours pas. La maman est très déçue et dit : « Hanna, tu as refusé d’aider ta sœur, qui en avait tant besoin ! Égoïste ! Seuls tes propres intérêts comptent pour toi ! Ne t’a-t-on pas appris que les Juifs sont vertueux ?! Que le hessed est l’un des piliers sur lesquels repose le monde, que l’on bénéficie de ses fruits dans ce monde, mais que leur véritable lumière est dans le monde à venir ? Pour que tu apprennes à faire le bien, tu resteras à la maison et tu n’iras pas à cette rencontre entre amies que tu attendais tant. Ainsi, tu apprendras ce qu’est le hessed. »
Dans cette situation, la maman a commis une erreur : elle a créé de mauvaises associations.
Lorsqu’on crie sur un enfant parce qu’il a fait quelque chose de mal, tout en essayant de lui expliquer combien il est important de pratiquer le hessed, il associera le hessed à des expériences négatives. La prochaine fois que son parent lui parlera du hessed, il y associera déjà l’expérience négative de la punition. Dans le cas de la fille, ce sera la honte et le goût amer de la rencontre manquée. La même chose peut arriver aux enfants devenus adultes dans une situation désagréable pour eux.
C’est pourquoi, si, au moment de punir, nous commençons à expliquer à l’enfant combien il est important de faire de bonnes actions, d’aider les autres, de respecter ses parents, de ne pas mentir (combien il est précieux de dire la vérité), ou à lui transmettre tout autre message éducatif important, nous avons choisi le mauvais moment. Il suffit de dire : tu as fait ceci et cela, et tu es puni.
Quel est donc le bon moment pour ces conversations explicatives ?
Quand l’enfant a bien agi, même si cela arrive beaucoup plus rarement. Par exemple, s’il a dit la vérité et que nous savons combien cela lui est difficile. C’est le moment de le souligner, de le féliciter et de lui expliquer l’importance de la vérité. On peut aussi citer des paroles de nos Sages, des midrachim, et approfondir la question, car l’enfant est maintenant prêt à écouter : on le félicite, et cela lui fait plaisir. Cela suscitera des émotions positives et, en évoquant cette bonne qualité (la vérité ou le hessed), l’enfant se souviendra du sourire de son parent et de ses félicitations.
Cependant, même lorsqu’il est puni, l’enfant doit savoir pourquoi nous le punissons. « Cette punition t’est donnée parce que tu as menti. » Il ne s’agit pas d’expliquer la portée de la faute, mais de dire brièvement pourquoi il est puni. Et il faut le punir uniquement si nous sommes absolument certains que la faute a bien été commise (que l’enfant a menti).
Troisième règle. Ne pas rejeter l’enfant
« Tu as osé mentir ?! » — deux gifles sonores retentirent dans la pièce. « Je ne veux plus te voir, sors ! Je ne t’embrasserai pas avant de dormir et je ne te raconterai pas d’histoire ce soir. Va immédiatement dans ta chambre, je ne veux plus te voir jusqu’à demain matin. Ne t’approche plus de moi. »
Une maman a le droit d’éprouver de la colère, des émotions. Elle peut expliquer à l’enfant ce qui l’a contrariée. Mais puisqu’elle est adulte, elle doit maîtriser ses émotions. Cependant, une maman ne doit jamais rejeter son enfant ni rompre le lien avec lui. L’enfant peut accepter une punition, même sévère, s’il la mérite, mais il doit ensuite sentir que sa maman continue à l’aimer.
Il faut laisser à l’enfant un peu de temps pour se sentir blessé, pour éprouver ses émotions, pour ressentir aussi bien la punition que la gravité de sa faute, mais en aucun cas le tenir à l’écart.
Le temps de réflexion ne doit pas être trop long, pas jusqu’au lendemain matin comme dans cet exemple. Il ne faut pas priver l’enfant de son bisou et de son histoire s’il est petit.
Une maman est bien sûr elle aussi un être humain : elle peut également se sentir blessée et se mettre en colère. Mais elle doit essayer de se calmer pendant que l’enfant est puni [d’ailleurs, il ne faut pas punir sous l’effet de la colère — NDLR], puis retrouver avec lui une relation harmonieuse et sereine. Après tout, une maman est adulte, elle peut et doit maîtriser sa colère. Car avant d’éduquer nos enfants, nous devons nous éduquer nous-mêmes.
Si cela reste difficile pour la maman, le papa peut prendre le relais pour raconter l’histoire du soir. Cela ne signifie nullement qu’il désapprouve la punition donnée par la maman : les parents doivent être unis sur cette question. Mais le papa peut manifester son amour à l’enfant pendant que la maman « se calme ». L’essentiel est que l’enfant ne reste pas longtemps rejeté par ses parents.
Quatrième règle. Ne pas accumuler les punitions
Certains parents pensent savoir se contenir. Ils ne punissent pas immédiatement, mais laissent les fautes s’accumuler. Ce n’est pas juste : si l’enfant mérite une punition, mieux vaut le punir que laisser l’irritation s’accumuler en soi.
Quoi qu’il en soit, une « boule » d’indignation s’accumule chez ces parents. À un moment donné, l’enfant commet une nouvelle faute, et toute la colère du parent se déverse sur lui. Bien sûr, dans ce cas, la punition sera disproportionnée par rapport à la faute, puisqu’elle sanctionne « tout à la fois ». Et l’enfant ne comprend pas pourquoi il est puni si sévèrement, de façon disproportionnée. Il se sent victime.
Il ne faut ni laisser la colère s’accumuler ni déverser entièrement tout ce qui s’est accumulé.
Cinquième règle. Ne pas s’excuser d’avoir puni
« Tu es triste, Yossi. Mais c’est entièrement ta faute. Par ton comportement, tu m’as obligée à te punir. Que puis-je faire ? En quoi suis-je fautive ? Je fais des efforts, mais c’est toi qui cherches à être puni. »
Les parents ont du mal à voir leurs enfants contrariés et recourent à des excuses voilées. Cela se produit lorsque le parent doute de son geste, de son droit de punir.
Nous pouvons montrer combien nous sommes contrariés d’avoir dû recourir à une punition, mais il ne faut pas s’en excuser. L’enfant sentira que le parent n’est pas sûr d’avoir raison. Peut-être que papa s’est trompé ? L’enfant a donc été puni, mais nous n’avons pas atteint le but de cette punition ; il l’a reçue pour rien, puisqu’il doute de sa légitimité. Il faut être ferme tout en faisant preuve d’empathie. Nous regrettons d’avoir dû punir, mais nous ne doutons ni du caractère juste ni de la nécessité de cette punition.
Il existe un récit bien connu d’un habitant de longue date de Jérusalem : enfant, il étudiait mal et était turbulent. Son père le punissait souvent parce qu’il refusait d’étudier, mais rien n’y faisait. Jusqu’au jour où, au lieu de le punir, son père alla dans une autre pièce et se mit à pleurer. Ces larmes eurent plus d’effet sur le garçon que toutes les punitions. Il se ressaisit et se mit à bien étudier. De tels cas extrêmes font comprendre à l’enfant qu’on ne le punit pas par vengeance, que ses parents ne cherchent pas à mesurer leur force à la sienne, mais qu’ils le font pour son propre bien. Les enfants le sentent.
Sixième règle. Ne pas intimider
« Tu as déchiré le nouveau livre de ta sœur ? Attends un peu, quand papa rentrera ce soir, tu verras ce qui t’attend. »
Il ne faut pas intimider l’enfant, lui faire peur en différant sa punition. Simplement parce que la maman n’a pas assez de forces ou d’autorité pour le punir immédiatement, elle lui impose l’épreuve de longues heures angoissantes dans l’attente du châtiment.
Peut-être que la maman a déjà oublié sa promesse et vaque à ses occupations, alors que la petite fille tremble encore en attendant le retour de son papa : « Qu’est-ce qu’il va me faire ? » L’enfant n’est pas prêt à affronter une telle épreuve, son psychisme n’est pas encore mûr.
Si la maman ne peut pas gérer seule la punition, qu’elle reporte aussi la conversation avec l’enfant jusqu’au retour du papa, mais il ne faut pas l’intimider.
Septième règle. Ne pas humilier
« Viens ici, Moïchi. Tu as fait tomber ton frère, maintenant tu vas être puni devant tous les invités. Tu devrais avoir honte. Peut-être que cela te servira de leçon. »
Il est absolument interdit d’humilier un enfant, tout comme un adulte, même s’il est petit et ne comprend pas tout. Comme il est écrit dans la Torah (Vayikra, 19:17) : « Réprimande ton prochain et tu ne porteras pas de péché à cause de lui. » La conversation doit être chaleureuse, et non humiliante. L’enfant est sans défense face à l’humiliation ; il n’a aucun moyen de se protéger, surtout lorsque ce sont ses parents qui lui font honte. Pour qu’un enfant ait du respect pour lui-même, ses parents doivent le lui inculquer. De plus, lorsqu’un enfant est humilié, il ne se sent certainement pas aimé.
La punition d’un enfant doit être mesurée, réfléchie et ne pas découler de nos mauvais traits de caractère.
Si un parent sent qu’il est emporté par la colère, qu’il est sur le point d’exploser de rage, il est dispensé du commandement d’éduquer tant qu’il n’a pas maîtrisé sa colère.
Une punition donnée dans un tel état n’est pas une punition, et ce n’est pas de l’éducation. Il suffit que l’enfant voie une seule fois son parent bouillir de colère, agiter les bras et les jambes, perdre toute apparence humaine, pour qu’il perçoive ensuite toutes les punitions comme provenant des mauvais traits de caractère de son parent. Nous sommes humains, il nous arrive de perdre le contrôle. Et dans cet état, nous ne punissons pas. L’enfant reste impuni, mais cela vaut mieux qu’une réaction irréfléchie. Avant d’éduquer un enfant, nous devons nous éduquer nous-mêmes, et c’est ce que nous faisons jusqu’à 120 ans.
Il est écrit dans Michlé (19:19) : « L’homme colérique subira une punition, mais mieux vaut (le) délivrer, et tu ne dépasseras pas (la peine). » Rabbénou Yona explique : si tu es très colérique, tu seras puni pour cela (pour la colère, pour le coup supplémentaire « non éducatif ») ; afin que tu n’ajoutes pas à sa punition de nombreux coups. Le Gaon de Vilna ajoute : frappe un peu, mais si tu vois que ta colère est grande et que tu ne pourras pas t’arrêter, pardonne-lui entièrement (et ne le frappe pas). Dans cet état, puisque tu es incapable de te maîtriser, pardonne-lui. (Tous deux expliquent « tu subiras une punition » comme « tu pardonneras », c’est-à-dire que tu la « supporteras », au lieu de l’« infliger » à l’enfant.) Le Rambam exprime la même idée : celui qui punit ne doit pas faire preuve de cruauté.
Pendant les jours entre le 17 Tamouz et le 9 Av, il est interdit de punir physiquement un enfant, de le frapper, car le risque de lui faire du mal est plus grand durant ces jours.
Nos Sages disent : l’enfant ressemble à un roi. Comment cela se manifeste-t-il ? Il rejette le joug.
Il est dans sa nature de ne s’imposer aucune limite. C’est pourquoi des parents lui sont donnés : ils le préserveront des fautes et lui inculqueront ainsi la crainte du Ciel. L’autorité parentale, à laquelle l’enfant est obligé de se soumettre, lui permettra ensuite d’accepter plus facilement le joug du Ciel et de comprendre ce qu’est la yirat chamaïm.
Dans le livre « Les 8 chapitres du Rambam », il est écrit : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent » — pour faire disparaître l’effronterie et faire naître le sens de la honte. Le sens de la honte permettra à l’enfant d’accepter la volonté d’autrui qui limite ses actes, de se soumettre aux exigences des commandements de la Torah. Notre éducation doit amener l’enfant, à l’âge de la majorité, à choisir lui-même la bonne voie, la voie de la Torah.
Préparé par Zissi Skarjinskaïa