Rabbanite Hava Kouperman
Malgré l’interdiction du gouvernement perse, Aggée encourage les Juifs à poursuivre la construction du Temple (dont les fondations sont déjà posées). Au nom du Très-Haut, le prophète dit (chapitre 1, versets 4-6) : « Est-ce le moment, pour vous, d’habiter vos maisons lambrissées, alors que cette Maison (le Temple) est en ruine ? ...appliquez votre cœur à vos voies. Vous semez beaucoup, mais récoltez peu. Vous mangez sans être rassasiés, vous buvez sans vous désaltérer, vous vous habillez, mais personne n’a chaud, et celui qui travaille pour un salaire le gagne pour une bourse trouée ».
En substance, par la bouche d’Aggée, D-ieu indique au peuple que sa situation extrêmement difficile, tant matérielle que morale, résulte de l’arrêt de la construction du Temple.
L’interdiction de poursuivre la construction provoquait effectivement une très grande détresse psychologique au sein du peuple juif. Les Juifs avaient le sentiment que le Temple ne serait jamais construit. Aggée les exhorte à prendre du bois et à reprendre le travail, en disant que l’Éternel accordera Sa faveur au peuple et l’aidera.
Oui, le Second Temple sera provisoire et semblera en quelque sorte ne pas être un véritable Temple. Oui, il n’y aura pas de prophétie, il n’y aura pas d’Arche de l’Alliance dans le Saint des Saints, les ourim et les toummim ne s’illumineront pas sur le pectoral du Grand Prêtre ; il sera donc impossible d’obtenir les réponses du Très-Haut aux questions posées. La Chekhina ne sera pas présente non plus. Et sur l’autel, il n’y aura pas ce feu céleste qui existait dans le Premier Temple (c’est-à-dire qu’il y aura du feu, mais plus sous la forme d’un lion, comme auparavant : il aura la forme d’un chien, ce qui, bien sûr, diminuera l’estime des Juifs pour le Temple).
Les Juifs le savent, et cela ne renforce pas leur enthousiasme. Il leur paraît d’autant plus regrettable de déployer tant d’efforts pour une « Maison vide » !
Pourquoi s’opposer aux Perses et prendre des risques si le résultat doit être « rien » ?! Ceux qui avaient vécu à l’époque du Premier Temple et l’avaient fréquenté avant sa destruction étaient horrifiés à la vue du Second Temple : ils le trouvaient totalement « différent de ce qu’il aurait dû être ».
Aggée (chapitre 2, verset 3 et suivants) dit : « Qui reste parmi vous qui ait vu cette Maison dans sa gloire d’autrefois ? Et comment la voyez-vous maintenant ? N’est-elle pas comme rien à vos yeux ! »
Selon une opinion, si le peuple, tout en sachant cela, s’était affermi dans la foi et avait construit le Second Temple très rapidement et avec ardeur, ce Temple aurait été le dernier Temple. Autrement dit, le Machia’h serait venu et la fin des temps serait arrivée. En transmettant dans sa prophétie les paroles de D-ieu, Aggée cherchait à hâter la venue du Machia’h en encourageant les Juifs à construire. Mais, hélas, cela ne se produisit pas.
Le père d’Aggée n’était pas prophète, et son nom est inconnu. En revanche, les dirigeants de cette époque sont connus. Le Grand Prêtre était Josué, fils de Yehotsadak. Et le gouverneur qui dirigeait la Judée au nom du roi perse, un descendant du roi David, était Zorobabel, fils de Chéaltiel.
Au chapitre 2, à partir du verset 10 et dans les suivants, sont exposées les lois de la sainteté, et la date du « vingt-quatrième jour du neuvième mois » est mentionnée deux fois. C’est la veille de Hanoucca, dont les événements appartiennent encore, à ce moment-là, à l’avenir. À Hanoucca, les questions de sainteté se posent avec une acuité particulière. La possibilité d’accomplir le service au Temple dépend de la réponse à la question : « Qu’est-ce qui reste sacré et qu’est-ce qui deviendra impur ? »
Le prophète dit que, le vingt-quatrième jour du neuvième mois, un événement grandiose pourrait se produire, quelque chose qui entrerait dans l’histoire et entraînerait d’importants changements politiques.
C’est effectivement ce qui se produira : lorsque les Juifs se soulèveront contre les Grecs, ils bouleverseront ainsi la situation politique.
Dans les versets 21, 22 et 23 du chapitre 2, le prophète parle au nom de D-ieu : « Dis à Zorobabel, gouverneur de Juda : Je ferai trembler le ciel et la terre, Je renverserai le trône des royaumes, Je détruirai la puissance des royaumes des nations, Je renverserai les chars et ceux qui les montent, et les chevaux et leurs cavaliers seront abattus, chacun par l’épée de son frère (parmi les autres peuples, ils s’entretueront). En ce jour… Je te prendrai, Zorobabel, ...pour Mon serviteur, dit l’Éternel, et Je ferai de toi (Je te garderai comme) un sceau, car c’est toi que J’ai choisi, dit l’Éternel Tsevaot. »
Les lignes citées parlent de l’élection des Juifs et du fait que le Très-Haut sera leur protecteur. La prophétie concernant les chevaux et les chars comporte une certaine symbolique. Mais puisque ces images reviennent aussi plusieurs fois chez le prophète Zacharie, nous nous y attarderons plus tard.
à suivre