Nechama Cheli

Apprendre à pardonner - Blessures et excuses

Auparavant, nous avons évoqué des situations où nous pouvions blesser quelqu’un sans le vouloir, prononcer une parole dure, et parlé de la manière d’éviter de telles situations. À présent, notre sujet est le suivant : lorsque la personne blessée, c’est nous, lorsque c’est à nous qu’on a fait du mal. Les premiers mis en cause sont apparemment les membres de notre famille, et avant tout notre mari. Supposons que le m…

Rabbanite Léa Gans

Apprendre à pardonner - Blessures et excuses

Auparavant, nous avons évoqué des situations où nous pouvions blesser quelqu’un sans le vouloir, prononcer une parole dure, et parlé de la manière d’éviter de telles situations.

À présent, notre sujet est le suivant : lorsque la personne blessée, c’est nous, lorsque c’est à nous qu’on a fait du mal.

Les premiers mis en cause sont apparemment les membres de notre famille, et avant tout notre mari. Supposons que notre mari nous ait lancé une pique et souhaite maintenant s’excuser.

Tout d’abord, il faut tenir compte du fait que le point le plus sensible chez un homme est son kavod, c’est-à-dire son honneur, le respect qui lui est témoigné. C’est pourquoi il est très difficile pour un homme de demander pardon. Pour cela, il faut se reconnaître « coupable » : « Excuse-moi, je me suis trompé, j’ai eu tort. » Cet aveu est plus difficile pour les hommes que pour les femmes. C’est pourquoi, lorsqu’un mari se décide malgré tout à demander pardon, il faut y accorder beaucoup de valeur.

Deuxièmement, précisément parce qu’il est si difficile pour les hommes de demander pardon avec des mots, ils expriment leurs excuses par des actes.

Il arrive qu’une femme soit réellement très blessée : son mari a commis un acte d’une indélicatesse flagrante, il a heurté ses sentiments. Elle voit qu’il essaie de toutes ses forces de s’excuser, mais c’est difficile pour lui, cela dépasse ses forces. À la place, il lui prépare soudain une petite tasse de café, y ajoute une part de gâteau (acheté, ou découpé dans celui qui se trouve au réfrigérateur — cela arrive aussi)…

La femme, profondément blessée, peut dire : « Tu crois donc que j’ai besoin de ton café ? Pourquoi est-ce que je voudrais un café maintenant ? Tu dois t’excuser, pas m’apporter du café ! Tu crois que tu peux me blesser à ce point, dire des choses si blessantes, puis tout réparer avec une seule tasse de café ? Et que tout est oublié ? Et que je t’ai tout pardonné instantanément — pour une tasse de café ?! »

Pourtant, en réalité, ce n’est pas simplement du café. Ce café a été préparé avec cette pensée : je demande pardon. Mais il est si difficile pour le mari de le dire avec des mots qu’il fait ce qu’il peut, dans l’espoir que sa femme acceptera ses excuses sous cette forme. Une femme intelligente, qui comprend la nature de son mari, verra que ce café équivaut à ses excuses les plus profondes et les plus sincères.

Certains maris se mettent soudain à aider aux tâches ménagères pour s’excuser. Le mari se lève pour faire la vaisselle. « Pourquoi te mets-tu à faire la vaisselle ? Je suis terriblement en colère contre toi, je suis blessée, et toi, tu fais la vaisselle ?! Demande pardon ! » Mais, pour lui, faire la vaisselle dans ce cas, ce sont des excuses. Ou bien le mari sort soudain les poubelles sans que ce soit prévu, commence à réparer quelque chose, part faire les courses avec une liste, sans même que sa femme l’y ait exhorté : c’est sa demande de pardon.

Il faut y réfléchir à deux fois avant de réagir.

Ne dites pas : « Je n’ai pas besoin que tu m’aides ! Ne me fais pas de mal et ne m’aide pas ! Puisque tu m’as blessée, je n’ai pas besoin de ton aide ! » Il faut être plus avisée et discerner ce qui se cache derrière cette aide. Il est très difficile pour un homme de faire violence à son honneur. Pourtant, de cette façon, il essaie tout de même de demander pardon, même sans paroles.

Si une femme est avisée et sait voir ce qui se cache derrière les actes, elle comprendra que c’est une manière de dire « pardon » sans mots. On peut essayer de « lire » cela à sa place : une assiette — « Je demande pardon », un verre — « Je suis coupable », les couverts — « Je suis vraiment désolé ». Bien sûr, ce n’est pas du tout la même chose que d’entendre les mots. Mais on peut apprendre à accepter ce que son mari est capable de donner. Il n’arrive pas à s’excuser, à passer outre son honneur, mais ses actes sont des excuses sous une autre forme.

On peut réagir à de telles excuses ainsi : « D’accord. J’accepte tes excuses sous cette forme. » Et reprendre le cours habituel de la vie.

Lorsque le lien entre les époux est profond et solide, et que la femme est prête à accepter la réconciliation même lorsque son mari ne peut prononcer les mots nécessaires, cela rassure le mari. La prochaine fois, non seulement il s’efforcera de ne pas la blesser, mais, si cela arrive malgré tout, il lui sera plus facile de présenter ses excuses oralement. Il sera plus sûr que sa femme acceptera son initiative de paix. Mais si, cette fois-ci, sa femme aggrave le conflit, mêle à cette querelle toutes les précédentes et se met à « régler les comptes »… « Tu ne regrettes pas vraiment ce que tu as fait ! Dis-le avec des mots ! Ce ne sont pas des excuses qui viennent du fond du cœur. Je ne vois pas de véritable repentir chez toi »… La prochaine fois, il pensera : « Tout ce traité de tourments va recommencer ! Je ferais mieux de ne pas demander pardon du tout. » Il faut apprendre à arrondir ces angles, à être plus compréhensives, même lorsque la blessure est réellement douloureuse.

Le premier homme a été façonné à partir de la poussière de la terre — une matière douce, légère — et la première femme à partir d’une côte, au contraire dure et rigide.

Sur un os, chaque éraflure reste, et il n’est pas si simple de l’effacer. C’est pourquoi il est plus difficile pour une femme de se réconcilier.  Mais si l’on trace une ligne sur de la terre poudreuse, dans la poussière, elle disparaîtra très vite, au moindre souffle de vent. Il est difficile pour un homme de demander pardon, et pour une femme d’accepter les excuses. Tels sont nos traits de caractère, on n’y peut rien. Ainsi, si un homme, allant à l’encontre de ses traits de caractère et de son honneur, demande pardon, la femme doit elle aussi, malgré sa nature, pardonner et « effacer ». C’est un travail difficile sur des traits innés, pratiquement fondamentaux chez chaque femme.

Dans la Torah, il existe de nombreux exemples de l’importance de travailler sur ses traits de caractère. Lorsque se constitue le deuxième foyer juif de l’histoire, Abraham envoie Éliézer chercher une épouse pour Isaac à Haran, dans la famille de Nahor, son frère, bien qu’Éliézer ait eu sa propre fille, qu’il rêvait de marier à Isaac. Mais, même si Éliézer lui-même était un juste et occupait la première place dans la maison d’Abraham, il était cananéen, et sa lignée portait des traits de caractère mauvais et indéracinables. Les membres de la maison de Nahor, en revanche, bien qu’idolâtres, n’avaient pas de mauvais traits héréditaires susceptibles de nuire au peuple juif à l’avenir (Rambam).

Ainsi, même si notre nature féminine nous rend difficile l’acceptation des excuses et le fait d’« effacer » les blessures, il vaut la peine de travailler sur soi, de chercher à modifier ce trait de caractère.

à suivre

Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa