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Pourvu que nous survivions aux hevlei Machia’h – les « douleurs de l’enfantement » précédant la Délivrance. Et elles ne seront pas seulement physiques.
Le Talmud (à la fin du traité Sota) écrit : « Avant la venue du Machia’h, l’insolence montera jusqu’au ciel, la vie sera extrêmement chère, la vigne donnera du fruit, mais le vin sera cher. Les autorités renieront la Torah, et personne ne les réprimandera ; la maison de réunion sera livrée à la débauche. La sagesse de ceux qui étudient le Livre (la Torah dans son ensemble) sera méprisée, ceux qui craignent le péché seront rejetés, la vérité fera défaut. Les jeunes humilieront les vieillards, les vieillards se lèveront devant les jeunes, le fils déshonorera son père, la fille se dressera contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère, les membres de la maisonnée d’un homme deviendront ses ennemis. Le visage de la génération ressemblera au museau d’un chien, le fils n’éprouvera aucune gêne devant son père… »
Tout cela, ou presque, ne s’est-il pas déjà produit ?! Pourtant, les êtres humains gardent une aspiration à la justice. Malgré la dégradation croissante des générations, certains vont à contre-courant et reviennent à la Torah. Et le Tout-Puissant n’abandonne jamais ce monde au point de le laisser sombrer dans le mal.
Comme il est écrit dans « Daat Tevounot », c’est précisément à l’heure où le Tout-Puissant semble avoir abandonné le monde qu’Il renouvelle, au contraire, Son influence sur lui pour le bien. Toutes les pensées et toutes les actions du Tout-Puissant visent uniquement à réparer ce monde, et non à lui nuire. Mais puisque, selon Son dessein, Il dissimule très profondément Ses intentions (hester panim), le monde semble abandonné par Lui, tandis que les êtres humains souffrent. En réalité, c’est à ce moment même qu’Il œuvre à leur salut.
Le Hafets Haïm a écrit dans sa « Lettre sur (la période précédant) la venue du Machia’h » : « La raison nous impose (de comprendre) que la venue de notre juste Libérateur ne saurait tarder davantage, car nous sommes déjà descendus à un degré au-dessous duquel il ne peut rien y avoir de pire ni de plus bas. Il nous appartient de hâter la Délivrance en revenant à la téchouva et en nous préparant par la Torah et les bonnes actions. »
Osons-nous donc espérer que tout finira bien dès cette année ? Le Talmud (ibid.) dit : « Et nous ne pouvons placer notre espoir en personne d’autre que notre Père céleste. » Pour espérer Son salut, nous devons agir afin de transformer l’attribut du Jugement divin en celui de Sa Miséricorde.
Nos Sages disent que celui qui veut être préservé des souffrances précédant la venue du Machia’h doit se consacrer à la Torah et à la guemilout hassadim (la bienfaisance, les bonnes actions).
Il faut s’y consacrer comme à son entreprise, c’est-à-dire en cherchant à en faire le plus possible, personnellement et avec ses biens, sans laisser passer un seul jour sans cela. Cela devrait aider, car l’attribut de Hessed (miséricorde) est plus fort que celui de Din (Jugement).
Et, bien sûr, pour ne pas éveiller l’attribut du Jugement, il faut ne dire que du bien de son prochain, s’abstenir de colère et d’insultes, et notamment apprendre aux enfants qu’il est mal de donner aux autres des surnoms blessants. Il convient de s’abstenir de toute participation aux querelles, même lorsqu’elles semblent être « au nom du Ciel ».
Le Hafets Haïm dit aussi à propos de la prière : même si une personne ne mérite absolument pas que sa prière soit exaucée, mais qu’elle prie, demande et supplie, le Tout-Puissant, dans Sa miséricorde, lui accorde ce qu’elle demande. À plus forte raison faut-il demander et implorer la Délivrance.
L’une des principales composantes de l’attente du Machia’h est l’attente elle-même.
On nous posera même cette question devant le tribunal céleste : « As-tu attendu le Salut ? » (Chabbat, 38). Le Hafets Haïm explique pourquoi la Torah accorde tant d’attention au doute de Sarah lorsqu’elle reçoit des anges l’annonce de la naissance d’Its’hak. Le rire de Sarah nous montre (selon le principe « les actes des pères sont un signe pour les fils ») qu’à la fin des temps aussi, on rira et l’on ne croira pas ceux qui annoncent une Délivrance prochaine. Il est difficile de croire qu’après un exil si long et si pénible, alors que le peuple d’Israël a touché le fond du désespoir, qu’il est humilié et souffre de tant de malheurs et d’attaques, il puisse soudain être sauvé. Exactement comme en Égypte, lorsqu’on n’écoutait pas Moché « par manque de courage et à cause de la dureté du travail ».
Et même si l’on y croit, ce n’est pas à une Délivrance prochaine, mais à une Délivrance dans un avenir indéterminé ; nous remettons donc aussi le travail sur nous-mêmes à plus tard, « quand le moment approchera ». Nous n’avons pas cette conscience vive que le Machia’h peut venir absolument n’importe quel jour : demain, par exemple ! Et nous ne sommes pas prêts !
L’exil est une nuit. Et c’est avant l’aube que les ténèbres sont les plus profondes.
Nous sommes actuellement à cette étape, celle des ténèbres impénétrables. Devons-nous avoir peur ? Probablement. Mais il faut savoir de quoi avoir peur. Nous craignons le terrorisme, nous craignons la crise financière, nous sommes plongés jusqu’au cou dans la peur du lendemain. Pourtant, il faut prendre conscience que toutes ces peurs sont temporaires : elles ne dureront que jusqu’à l’apparition de la première lueur de l’aube.
En attendant, il nous appartient de prier pour la Délivrance prochaine, avec la venue de notre juste Sauveur, avec au moins autant de ferveur que nous prions pour la santé et le bien-être de nos proches, bientôt, de nos jours. Amen !
Préparé par Z. Skarjinskaïa