Nous sommes dans la période de l’année appelée chlochet hachavouot, les trois semaines. Elle s’étend du 17 Tammouz au 9 Av. Ce sont trois semaines de deuil durant lesquelles de nombreuses restrictions s’appliquent aux manifestations de joie, en raison du deuil du Temple détruit.
Cependant, un autre aspect s’ajoute à notre tristesse : l’attente fébrile de la venue du Machia’h. Bien sûr, il est difficile de l’attendre chaque année, puis de connaître la déception en traversant une nouvelle fois le pénible jeûne du 9 Av. Ce jeûne n’est pas seulement éprouvant physiquement, par sa longueur et parce qu’il tombe à la période la plus chaude de l’année. Il est également éprouvant moralement, car il est très difficile d’attendre quelque chose d’imprécis, quelque chose qui n’a pas de date définie, quelque chose d’inconnu.
Examinons un peu cette question pour nous faire une idée de l’étape où nous pouvons nous situer par rapport à l’ère du Machia’h et, surtout, pour répondre à cette question : devons-nous la craindre ou l’attendre avec impatience ?
Le Rambam écrit qu’à l’ère du Machia’h, contrairement au Monde à venir, tout obéira aux lois de la nature, c’est-à-dire qu’il n’y aura pas de miracles manifestes : des vêtements tout faits ne pousseront pas dans la terre, et les arbres ne porteront pas de petits pains frais et croustillants.
Cependant, dans le cadre de l’opinion du Rambam, il faut examiner de plus près la percée technologique survenue au cours des 200 dernières années.
Le « Zohar » (Noa’h, 7:11) écrit, à propos du verset « Dans la six centième année de la vie de Noa’h… les écluses du ciel s’ouvrirent », qu’à partir de la six centième année du dernier millénaire (à partir de l’an 5600 du calendrier hébraïque), les portes du Ciel s’ouvriront et un vaste savoir descendra sur terre. Et effectivement, depuis lors, la science progresse dans le monde à un rythme qui s’accélère d’année en année. Nous nous sommes habitués aux nouvelles découvertes, qui ne nous étonnent presque plus. Cela ne nous effraie pas ; au contraire, cela nous intéresse.
Le Rambam considère que cela se produit afin qu’il soit plus facile à l’être humain de gagner sa subsistance et qu’il puisse consacrer davantage de temps à l’étude de la Torah. La productivité augmente grâce aux machines, qui remplacent partout de longues heures de travail humain. Ainsi, en travaillant moins d’heures, l’être humain produit, grâce aux technologies les plus récentes, davantage qu’il ne le faisait auparavant en travaillant de ses mains. C’est merveilleux et, à première vue, on ne pourrait rêver mieux.
Dans un passé tout proche, de grands Sages de la Torah considéraient de nombreuses avancées du progrès comme utiles à la préparation de l’ère du Machia’h.
Lorsque le rav Yéhochoua Leib Diskin apprit que la première voie ferrée avait été construite en Erets Israël, il dit que cela avait été préparé d’En Haut pour faciliter aux Juifs l’accès à la Terre d’Israël.
Il en va de même pour l’invention des avions, qui ont indéniablement beaucoup contribué, et contribueront encore, à faciliter l’arrivée des Juifs en Erets Israël, comme pour accomplir les paroles du prophète Yéchayahou (60:8) : « Qui sont ceux-là qui volent comme un nuage, et comme des colombes vers leurs colombiers ? »
L’un de nos grands maîtres, passant devant les boulangeries « Angel » à Jérusalem et voyant un tuyau venant du bâtiment voisin de la minoterie, par lequel la farine passait directement d’un bâtiment à l’autre, y voyait un signe certain de la venue prochaine du Machia’h. Jamais encore la livraison de farine à Jérusalem n’avait été aussi simple.
Cependant, au vu de ce qui se passe, il est difficile de croire que le peuple d’Israël méritera la venue du Machia’h avant le terme fixé…
C’est pourquoi le Tout-Puissant envoie aux Juifs des peines et des épreuves, afin que nous ayons davantage de mérites et que nous méritions une Délivrance plus précoce. On sait que les Sages de la Guemara ont écrit qu’ils n’auraient pas voulu vivre en cette période difficile. Et cela fait peur, malgré tous les progrès techniques et scientifiques.
Pour les femmes, bien sûr, le progrès technique est une véritable « aubaine ».
Tout semble ici avoir été conçu pour nous. Lave-linge et sèche-linge, lave-vaisselle, four à micro-ondes, et même robot pétrisseur et machine à pain ! Par rapport à nos grands-mères, nous avons énormément de temps libre… Et pourtant, pas une minute pour nous asseoir et lire des Téhilim. Pas le temps de prier avec recueillement… Nous n’avons pas le temps d’avoir des échanges de qualité, ni avec les autres ni avec le Tout-Puissant.
Ces trois semaines nous disent : définissez vos priorités.
Réfléchissez à ce qui compte vraiment. Réduisez le bruit autour de vous, et pas seulement la musique. Libérez du temps pour réfléchir, pour vous attrister de la destruction du Temple.
Imaginez ce que pourrait être la vie si nous avions le Temple… Plus besoin de prier pour la santé : tous seraient guéris. Plus besoin de prier pour le bien-être : chacun aurait une bonne situation. Après la venue du Machia’h, les guerres prendront fin, les soldats et les civils ne périront plus. Après la venue du Machia’h, les Juifs occuperont enfin la place qui leur revient de droit : celle d’un peuple de Torah respecté.