Rabbanite Hava Kouperman
Nous ne pouvons terminer cette série de portraits de femmes dans le judaïsme sans parler de Batya, la fille du pharaon d’Égypte.
Selon la tradition, elle est l’une des deux femmes qui sont entrées vivantes au paradis (si vous vous en souvenez, la seconde est Séra’h).
Batya fait pendant à Myriam. Et après la mort de Myriam, c’est elle qui épouse Calev. Si Myriam est considérée comme la mère spirituelle de Moché (puisque c’est après qu’elle eut insisté pour que son père retourne auprès de sa mère que Moché naquit), Batya, en retirant du Nil le panier contenant le nourrisson, devint en un certain sens la mère physique de Moché.
Comme le dit le Midrach, Batya signifie « fille du Tout-Puissant ».
Pourquoi reçoit-elle ce nom ? Parce que, selon ce même Midrach, le Tout-Puissant lui déclare : « Moché n’était pas ton fils, mais tu l’as adopté. Tu n’étais pas Ma fille, mais Je t’ai adoptée. »
On considère que Calev et Batya possèdent des qualités semblables. Calev sut résister à la pression des explorateurs et s’opposer à l’avis de la majorité. Batya sut, elle aussi, résister à l’influence du milieu dans lequel elle avait grandi et ne pas céder à l’entourage qui l’avait élevée. Elle parvint à renoncer à l’idolâtrie et à s’opposer au culte dont son père était le chef : dans sa position, cela était extrêmement difficile.
Selon la tradition, Batya est appelée l’Épouse juive de Calev, ce qui souligne toute la sincérité, la profondeur et le courage de sa démarche : elle est une convertie devenue l’une des plus grandes femmes juives.
Au moment de la naissance de Moché, Batya et Tsipora, la future épouse de Moché, ont une racine spirituelle commune. Toutes deux sont filles de grands personnages : l’une est la fille du pharaon d’Égypte, l’autre celle de Yitro, conseiller de confiance de Pharaon.
Lorsque les devins annoncèrent à Pharaon qu’un enfant naîtrait chez les Juifs et le renverserait de son trône, et que Pharaon décida d’anéantir le peuple juif, personne (!) n’émit la moindre objection. Sauf deux personnes : Yitro et Batya, la fille de Pharaon.
Peu après, Batya sauve Moché en retirant du Nil le panier contenant le nourrisson. Tsipora aide Moché à Midian, où il s’enfuit d’Égypte pour échapper à Pharaon.
Selon la tradition, Moché portait de nombreux noms. Son père lui en avait donné un, sa mère un autre, Myriam aussi, Aharon aussi, sa nourrice aussi, sa gardienne aussi, le peuple juif aussi… De tous ces noms, un seul figure dans la Torah : Moché, celui que Batya lui avait donné. Et le Tout-Puissant ne l’appelait que par ce nom.
Mais pourquoi est-ce précisément Batya qui trouva Moché ? Selon une opinion, elle était allée se baigner pour soulager, et peut-être même guérir, une maladie de peau (dans de tels cas, les bains de rivière étaient considérés comme très bénéfiques). Selon une autre opinion, elle s’était convertie au judaïsme et il ne lui restait qu’à s’immerger dans les eaux du mikvé. C’est à ce moment que le Tout-Puissant lui « mit sous la main » le panier, faisant en sorte qu’elle le découvre. « Tu as décidé de faire une bonne action, de renoncer aux idoles et de devenir juive ? Voici une mitsva encore plus grande ! »
La Guemara raconte que ce jour-là, comme d’ailleurs chaque fois que Batya quittait le palais, elle ne se rendit pas seule à la rivière, mais accompagnée de ses dames d’honneur (ses compagnes de cour). Toutes se mirent, d’une seule voix, à admonester leur maîtresse : elle ne devait en aucun cas agir ainsi ; comment pouvait-elle recueillir dans le fleuve un enfant hébreu ? Elle, plus que quiconque, n’avait pas le droit de désobéir à l’ordre de son père ! « Même si tout le pays et tout le peuple enfreignent les décrets de Pharaon (ce qui, à vrai dire, est difficile à imaginer !!!), la fille de Pharaon doit les respecter scrupuleusement !!! »
Alors l’ange Gabriel vint et tua toutes ces jeunes filles sauf une, qu’il laissa en vie auprès de Batya uniquement parce qu’il ne convenait pas à la fille de Pharaon de se trouver seule hors de chez elle.
Tous les premiers-nés d’Égypte, animaux et humains, femmes comme hommes, périrent la nuit de la plaie des premiers-nés. La seule qui ne périt pas fut Batya. Lors de l’Exode, elle partit avec le peuple juif.
Le Tout-Puissant dit à Pharaon : « Parmi Mon peuple, tu laissais les parents en vie, mais tu faisais périr leurs enfants en jetant les nouveau-nés dans l’eau. Je te rendrai la pareille, Je te traiterai de la même façon, mais en inversant les rôles. Je te jetterai dans l’eau et te ferai périr, mais Je ferai entrer ta fille vivante au paradis. »
Dans Divré Hayamim (4:18), il est dit explicitement au sujet de Batya :
« Et sa femme (celle de Calev), la Juive, lui donna Yéred, père de Guédor, et Héver, père de Sokho, Yekoutiel, père de Zanoa’h… Et ce sont les fils de Batya, fille de Pharaon, que Mérèd avait épousée ».
Méred est le second nom de Kalev ; il signifie « celui qui résiste, qui se révolte ». Quant aux noms Yéred, Héver et Yekoutiel mentionnés plus haut, ce sont précisément les noms de Moché que lui donnaient son père, sa mère, sa nourrice, etc. Ainsi, le mot « enfanta » revêt ici un sens spirituel.
À suivre