Nechama Cheli

Besoins et vie conjugale

Les besoins créent des liens Le sentiment de « besoin » est l’une des caractéristiques les plus importantes du psychisme. On peut dire qu’il n’y a presque pas un instant de notre vie où nous n’éprouvons pas un besoin émotionnel, spirituel, financier ou matériel. La nécessité de combler un manque est le moteur de la société et de l’éco…

Rav Simha Cohen

Besoins et vie conjugale

Les besoins créent des liens

Le sentiment de « besoin » est l’une des caractéristiques les plus importantes du psychisme.

On peut dire qu’il n’y a presque pas un instant de notre vie où nous n’éprouvons pas un besoin émotionnel, spirituel, financier ou matériel. La nécessité de combler un manque est le moteur de la société et de l’économie. C’est elle qui pousse l’être humain et l’oblige à faire des efforts pour obtenir ce qui lui manque.

Le besoin de sortir de l’état accablant de solitude et le désir de trouver un partenaire de vie figurent parmi les besoins les plus répandus chez les êtres humains. Ce besoin pousse les représentants de tous les peuples et de toutes les races à fonder une famille. Chez nous, les Juifs, à la tendance naturelle de tous les êtres humains à vivre en famille s’ajoute un commandement spécifique de se marier. Il faut avoir conscience que ce n’est pas un seul besoin qui conduit finalement une personne à se tenir sous la houppa, mais tout un ensemble de besoins différents et variés.

Parmi ces besoins supplémentaires, on peut citer le désir de vivre en société, d’appartenir à un peuple, à une religion, à une communauté, à un groupe et à une famille. En outre, chacun a certains besoins personnels qu’il lui est difficile de satisfaire seul. C’est pourquoi il décide de lier sa vie à celle d’une autre personne, qui pourra l’aider à les satisfaire.

Mais, contrairement à la conception communément admise dont nous avons parlé plus haut, selon laquelle une personne se lie à la société pour satisfaire ses besoins, le judaïsme considère que l’ordre est inverse : les besoins sont inscrits dans le psychisme humain pour pousser l’être humain à créer des liens avec les autres et avec D.ieu. En effet, si absolument tous ses besoins étaient satisfaits, il ne chercherait pas à établir de liens avec D.ieu ni avec les personnes qui l’entourent.

Chacun a besoin de nourriture, d’eau, de sommeil, de soutien émotionnel, de marques de sympathie et de liens d’amitié. Cet ensemble de besoins devient un système qui attache la personne, consciemment ou inconsciemment, à ceux qui sont en mesure de répondre à ses besoins. Une personne qui éprouve des besoins est plus attachée à son conjoint qu’aux autres, parce qu’elle suppose que c’est lui qui peut le mieux les satisfaire.

Cette situation n’est pas seulement une réalité sociale : la Torah l’évoque explicitement. À « il n’est pas bon que l’homme soit seul », elle répond : « Je lui ferai une aide qui lui corresponde ».

Bien que tous les animaux supérieurs aient été créés par couples, le lien entre le mâle et la femelle a pour seul but de permettre aux animaux de cette espèce de continuer à exister dans le monde. En revanche, le lien entre l’homme et la femme ne sert pas seulement à perpétuer l’espèce humaine, mais aussi à leur apporter le soutien mutuel dont chacun a besoin. La vie familiale sera donc réussie si chaque conjoint se concentre sur la satisfaction des besoins de l’autre.

Les besoins humains se répartissent en deux groupes principaux. Le premier comprend les besoins vitaux, comme la nourriture, le sommeil, un toit et les vêtements. Ces besoins fondamentaux sont clairs et compréhensibles pour tous, et personne ne conteste leur nécessité.

Le second groupe comprend tous les autres besoins : ce qui est nécessaire pour vivre confortablement, sans être une condition indispensable à la survie. Comme ces besoins ne sont pas vitaux, les personnes, et les conjoints en particulier, ont à leur sujet toute une gamme d’opinions différentes : quelle est leur importance et quelle place occupent-ils dans l’échelle des valeurs ? Un besoin peut être prioritaire pour une personne et secondaire pour une autre.

La particularité de la relation conjugale tient au fait que chaque conjoint y reçoit et y donne, satisfait ses propres besoins et répond à ceux de son partenaire.

Chacun souhaite donner ce qu’il y a de meilleur à son conjoint et recevoir lui aussi ce qu’il y a de meilleur. Il existe également un besoin naturel de prendre soin des besoins d’autrui. Paradoxalement, c’est précisément cette manifestation de bonne volonté qui crée un sérieux problème dans la relation : comment déterminons-nous ce qui est le meilleur ? Chaque conjoint a ses propres critères et ses propres échelles de valeurs, issus de ses habitudes et de ses schémas de pensée, qui diffèrent le plus souvent de ceux des autres.

Il faut se rappeler qu’une personne considère un besoin comme important et précieux, non à la suite de recherches scientifiques ou d’enquêtes sociologiques, mais parce que « c’est ce qu’elle ressent ». Autrement dit, lorsqu’une personne désire quelque chose, son absence suscite en elle une sensation désagréable. Lorsqu’elle obtient ce à quoi elle aspirait, le fait de combler ce manque fait naître des sentiments de joie. Ses désirs lui paraissent donc être de véritables besoins plutôt que des choses superflues. C’est pourquoi, lorsqu’elle prend soin de son conjoint, elle s’efforce de lui procurer ce qui lui semble important à elle-même. Mais il n’est pas du tout certain que son époux ou son épouse y accorde la même importance, tant sur le plan émotionnel que rationnel.

Résultat : les deux conjoints sont déçus.

Celui qui donne est convaincu d’avoir offert ce qu’il y a de meilleur à son conjoint, d’y avoir consacré tous ses efforts et de l’avoir fait de tout son cœur. Mais celui qui reçoit attendait quelque chose de tout à fait différent, et ce qu’il a réellement reçu n’a satisfait aucun de ses besoins importants. Comme celui qui reçoit est certain que ce dont il a besoin correspond à ce qui est véritablement important pour chacun, et pas seulement pour lui, il commence à penser que son conjoint a une mauvaise échelle de valeurs. Il peut même en conclure que son conjoint ne souhaite pas sincèrement prendre soin de lui et satisfaire ses besoins essentiels. Il est intéressant de constater que, souvent, même lorsque celui qui reçoit dit explicitement à celui qui donne qu’il souhaite recevoir autre chose, celui qui donne a malgré tout du mal à modifier son approche. Quel dommage ! Car ce qui unit le plus un couple, c’est précisément l’aide que les conjoints s’apportent pour combler leurs manques respectifs. S’ils parviennent à satisfaire les véritables besoins l’un de l’autre, leur coopération pratique se développera et deviendra un lien émotionnel profond.

Nous exprimons notre profonde reconnaissance à la maison d’édition « Michpa’ha ke-Halakha » (www.mishpacha.ru) pour nous avoir accordé le droit de publier des chapitres du livre « Le foyer juif ».