L’interprétation juive de la question sexuelle et de l’essence du mariage
« Ton ventre est un monceau de blé entouré de lys » Cantique des cantiques 7:3 « Rabbi Lévi a dit : Comme il est d’usage dans le monde, un homme se marie… Lorsqu’elle lui dit : J’ai vu quelque chose qui ressemble à un lys rouge », il s’éloigne immédiatement d’elle. Pourquoi ne s’approche-t-il pas d’elle ? Quel serpent l’a mordu, quel scorpion l’a piqué ? Ce sont les paroles de la Torah (qui le retiennent), douces comme un lys. Car il y est écrit : « Et ne t’approche pas d’une femme, (lorsqu’elle est) mise à l’écart en raison de son impureté… » (Vayikra 18:19) » Midrach Rabba sur le Cantique des cantiques
Introduction
L’auteur a tenté de décrire l’institution du mariage juif dans un langage compréhensible pour le Juif d’aujourd’hui. Cette institution est aussi sacrée qu’ancienne, inestimable mais peu connue, indispensable mais parfois mal comprise.
J’espère que cette brochure contribuera, dans une certaine mesure, aussi bien à l’accomplissement de l’un des commandements les plus importants du judaïsme qu’à la stabilité et au bien-être de la famille juive.
La plupart des mariages échouent. Ce fait simple et bouleversant doit se graver dans l’esprit de chaque couple qui envisage de se marier. Qu’un mariage en échec se termine ou non par un divorce, la vie familiale devient routinière, pleine de tensions seulement entrecoupées de temps à autre de moments joyeux de bonheur relatif. Ignorer cela et assumer les obligations de la vie conjugale en partant de la dangereuse illusion romantique d’un bonheur « inévitable » — « puisque nous nous aimons » — revient à s’exposer à la déception et à l’effondrement de ses espoirs.
La décision de se marier est l’une des décisions les plus déterminantes qu’une personne prend au cours de sa vie. Ses conséquences sont si difficiles à prévoir et si graves qu’elles ne laissent aucune place à l’arbitraire ni à la légèreté. Les conditions de notre société changeante et pleine de tensions ne favorisent pas une vie conjugale harmonieuse, à plus forte raison heureuse. Pourtant, de très nombreux jeunes, lorsqu’ils choisissent un compagnon de vie, n’y réfléchissent pas davantage que lorsqu’ils choisissent une école ou achètent de nouvelles robes. Même lorsque leur choix résulte d’une réflexion sérieuse et mûrie, il repose sur l’hypothèse inconsciente que tout s’arrangera de soi-même, car, en fin de compte, « l’amour triomphe de tout ».
Cette dangereuse illusion conduit le jeune couple à concentrer toutes ses forces créatrices et toutes ses préoccupations sur des détails insignifiants du mariage à venir, tandis que les questions essentielles liées à la vie conjugale elle-même sont totalement ignorées.
Une telle attitude envers la vie commune annonce une catastrophe. Malgré tout le respect que nous portons à l’amour romantique, il est évident qu’il ne peut résoudre tous les problèmes ou, du moins, tous les problèmes familiaux. Dans le meilleur des cas, le mariage de deux personnes, généralement jeunes, qui ont une expérience limitée de la vie et se connaissent superficiellement, est une aventure risquée. Les forces destructrices de notre temps et les changements brusques qui ont transformé le visage de la société ont sapé ses fondements, fait de l’incertitude et de l’instabilité des traits caractéristiques de notre vie, et ébranlé l’institution du mariage, qui, par son essence même, repose sur la confiance mutuelle et la constance, sur la certitude et la continuité. Les chances d’un jeune couple d’accéder à un bonheur véritable sont infimes si, au seuil de la vie conjugale, les deux partenaires ne font pas un effort conscient pour rechercher à l’avance les moyens de rendre solide le foyer qu’ils vont construire.
Le domaine de connaissance appelé « pureté familiale », auquel sont consacrées ces pages, peut déconcerter ceux qui n’en ont jamais entendu parler. Les restrictions imposées par les exigences de la pureté familiale sont, au début, difficiles à respecter même pour les jeunes époux qui ont grandi dans une famille juive traditionnelle. Toutefois, même s’il ne saurait y avoir de garanties absolues, rien n’égale cette institution par son efficacité à renforcer les fondements de la vie familiale. Tout jeune doté d’intelligence et de sensibilité et profondément soucieux d’apporter sa contribution personnelle à la construction d’une famille solide constatera par sa propre expérience que l’institution de la pureté familiale est véritablement digne d’admiration et, en définitive, irremplaçable.
Il se peut que, dans certaines familles juives, les liens d’amour qui les unissent ne se manifestent pas extérieurement ; mais l’amour est toujours présent dans le foyer juif, dont il constitue le fondement — une assise solide et sûre, ancienne et sanctifiée par la tradition qui a façonné le caractère de notre peuple.
La dimension sexuelle de l’amour conjugal n’y a jamais été réprimée, mais la pudeur en excluait tout ce qui était vil et vulgaire. Et la barrière des « lys rouges », cette limitation périodique que l’on s’impose pour préserver la pureté familiale, l’a ennoblie, illuminée et élevée.
Dans ces pages, le lecteur ne trouvera pas d’explications ni de directives exhaustives, mais seulement une introduction au sujet, qui n’aborde pas la pratique même de l’observance de la pureté familiale. Pour s’y familiariser, il convient de consulter les sources appropriées.
L’auteur ne revendique pas le mérite d’avoir découvert le premier les conceptions et les idées exposées ici. Il en a puisé certaines, directement ou indirectement, auprès de plusieurs maîtres et collègues, dans les milieux rabbiniques et dans différentes facultés de Yeshiva University. L’auteur porte seul la responsabilité de toutes les imperfections de ce travail.
La majeure partie du contenu de cette brochure a été utilisée dans une conférence donnée au Club des jeunes mariés du Centre juif.