Le bonheur qui règne dans les familles juives respectant la loi du judaïsme, même dans les conditions actuelles, alors que tout autour se déroule un processus de désagrégation de la famille qui devient, d’heure en heure, de plus en plus irrépressible, témoigne du fait que la conception juive des aspects intimes de la vie familiale doit faire l’objet d’une étude attentive de la part de la jeunesse juive contemporaine.
L’un des piliers du mouvement réformiste contemporain, décrivant le bonheur et le bien-être qui caractérisent depuis le Moyen Âge les familles juives observant les commandements, écrit : « Aujourd’hui encore, en Europe comme en Amérique, on peut observer le mode de vie qui caractérisait la famille juive autrefois. Ce sont des familles qui mènent une vie religieuse. Les familles dans lesquelles a pénétré l’influence de l’émancipation ont, quant à elles, un autre mode de vie, déterminé par leur éloignement de la religion. »
L’un des historiens qui brossent un panorama de la vie juive à notre époque pouvait dire, il y a seulement quelques années : « La famille occupe une place extrêmement importante dans la vie juive, car elle constituait le lien entre le souci de la pureté raciale et le respect de la tradition religieuse. Elle est la forteresse de la vision juive du monde, dans laquelle la vie s’organisait selon les lois juives et revêtait un caractère intime qui lui était propre. » Cela vaut aussi pour les familles qui entretiennent un lien avec la tradition juive, même sous la forme la plus éloignée de l’orthodoxie.
L’unité caractéristique de la famille juive typique ne résulte pas d’une particularité ethnique ou raciale du peuple juif. Elle ne découle pas non plus d’une quelconque attitude générale particulière, pleine de bonnes intentions, ni d’un « lien avec la tradition juive » qui resterait toutefois sans forme définie et sans organisation. Elle découle, bien entendu, de cette tradition orthodoxe spécifique — la halakha ou « mode de vie juif » —, de cette même tradition halakhique, de cette loi contraignante qui a assuré la stabilité de la famille juive.
Le mode de vie juif
Le respect de la loi de la pureté familiale a agi directement sur le mode de vie de la famille juive et de la communauté d’Israël ; il a donné force et stabilité à la fraternité au sein du peuple. Le système que la loi juive établit pour le mari et la femme est connu sous le nom de « taharat hamichpa’ha » (« pureté familiale »). Comme nous l’avons déjà vu, cette expression est la plus appropriée, car elle renvoie à l’aspiration à cette forme d’élévation spirituelle appelée « tahara » — « pureté » —, qui est le gage de l’unité familiale.
Nous avons évoqué plus haut l’importance de l’aspect psychologique de la purification qu’implique le rite de l’immersion de la future mariée dans le mikvé. Cependant, l’influence psychologique qu’exerce l’observance de la loi de la pureté familiale ne se limite pas à la vie intime des premières années de mariage. L’observance de cette loi joue un rôle décisif dans la préservation de la famille au moment où la fraîcheur et la nouveauté des relations intimes disparaissent et où la routine quotidienne s’installe.
Il est assez simple de se marier, mais il n’est pas facile de préserver les relations conjugales : c’est une tout autre affaire.
Le Talmud compare le fait de surmonter les difficultés de la vie familiale au miracle qui ne consistait pas seulement en ce que la mer s’était ouverte, mais aussi en ce que ses eaux étaient restées immobiles à droite et à gauche, telles des murailles, jusqu’à ce que tout le peuple d’Israël soit passé entre elles. Se marier, avec tous les problèmes que cela pose au mari et à la femme, est relativement simple. Bien plus difficile — au point de tenir du miracle — est de préserver le mariage dans la réalité tumultueuse d’aujourd’hui. L’attirance sexuelle rapproche le jeune couple, le conduit sous le dais nuptial et l’aide durant les premières années de mariage. Mais, plus tard, lorsque cette attirance s’affaiblit, le mariage se trouve parfois en danger, menacé de dissolution. Et, malheureusement, cela arrive trop souvent. La joie de la vie commune se transforme en un quotidien gris ; le charme et la beauté des débuts perdent leur fraîcheur, les sentiments s’émoussent, des jours ternes s’installent — et c’est là le poison le plus dangereux pour la vie familiale.
Routine et ennui
Le succès du mariage dépend de la pérennité de l’attirance mutuelle qui caractérisait le couple au cours des premières années ; bien plus, cette attirance doit même croître avec le temps. Le respect des lois de la pureté familiale, avec l’éloignement périodique obligatoire des époux l’un de l’autre (sur le plan physique), garantit la pérennité de l’attirance dans toute sa force. Voici comment le Talmud décrit les conséquences psychologiques de l’observance de la loi de la pureté familiale :
« Pourquoi la Torah ordonne-t-elle à la femme de rester à l’écart pendant les sept jours de son impureté ? Parce que le mari s’habitue à elle et que son ardeur se refroidit. Alors la Torah a dit : que l’impureté dure sept jours, afin qu’elle soit désirée de son mari comme au moment d’entrer sous le dais nuptial » (traité « Nidda » 31b).
Une intimité sexuelle sans limites procure une pleine satisfaction sensuelle, jusqu’à la satiété et à l’ennui, et l’ennui introduit la disharmonie dans les relations familiales. Dans le même temps, les époux qui suivent les exigences de la Torah et respectent la prescription d’éloignement physique ne sont pas exposés à ce danger de satiété, et leur amour initial continue d’exister dans toute sa force.
Ainsi, les sages du Talmud avaient raison ! La routine éloigne les époux ; l’éloignement temporaire, au contraire, rapproche leurs cœurs. Le grand rabbin d’Israël, le rav Unterman, a fait remarquer que, selon les témoignages de ceux qui se sont penchés sur les problèmes de la vie familiale, le mari souhaite souvent se séparer de sa femme, voire divorcer, mais qu’une fois séparé d’elle pendant un certain temps, il se rend soudain compte qu’il a besoin d’elle, qu’elle lui manque et qu’il l’aime. La séparation conduit à l’union. La retraite temporaire ordonnée par la Torah préserve la vitalité des relations familiales ; bien plus, elle leur apporte un charme nouveau et leur rend leur poésie : « Et notre couche est faite de fleurs fraîches » (Cantique des cantiques, 1:16).
La lune de miel — pour toujours
La loi de la pureté familiale comporte encore un avantage supplémentaire qui concerne directement la femme : elle aide à préserver la beauté des premiers mois du mariage. En général, les hommes y sont moins sensibles que les femmes, car le domaine de la sexualité et de la sensualité est, pour eux, purement extérieur à leur vie intérieure. Pour la femme, ces dimensions sont indissociables de son existence. Sa nature biologique pénètre beaucoup plus profondément dans sa sphère psychologique. Alors que le garçon rêve de ce qu’il sera quand il sera grand — soldat, pompier, médecin ou savant —, la fille, même si elle aspire à exercer une profession précise, rêve néanmoins avant tout de mariage, d’une famille et d’un foyer à elle, d’enfants et de vie familiale. Plus elle grandit, plus son aspiration au mariage devient forte et plus elle rêve d’amour. Durant les fiançailles, elle pense à sa première nuit de noces et à sa future vie commune avec son promis (« et ils deviendront une seule chair »). Et comme il est triste que ses rêves se réalisent pour se dissiper rapidement. Quelle cruelle déception, quelle perte d’espoir pour une femme, si une seule semaine ou un seul mois s’avèrent être l’incarnation de ses rêves d’une longue vie emplie de désir et de tendresse — une incarnation dérisoire du plus beau des rêves !
Mais voilà que la loi de la pureté familiale produit un miracle : la lune de miel ne prend pas fin au fil des nombreuses années de vie commune.
L’amour prend une dimension véritablement dramatique lorsque, de mois en mois, l’absence d’intimité physique fait place à l’union totale des époux. Ainsi, la période d’éloignement ramène sans cesse les époux à la merveilleuse époque des fiançailles, où le fiancé et la fiancée se témoignent leur amour et leur tendresse sans intimité physique. Puis la femme s’immerge dans les eaux du mikvé, récite la même bénédiction qu’elle récitait alors qu’elle était encore fiancée et revient auprès de son mari dans la pureté et l’amour, comme lors de sa première nuit de noces.
Dans une telle atmosphère, le quotidien ne porte aucun préjudice à l’amour. Les rêves de la femme deviennent réalité et ses aspirations sont pleines de charme. Sa vie promet d’être une lune de miel permanente, sur laquelle la satiété et la banalité du quotidien n’ont aucune prise.