Et purifions-nous de notre impureté…
Ceux qui se préparent ainsi au mariage et s’unissent après l’immersion dans le mikvé, au cours de laquelle la femme bénit Dieu et Le remercie de l’avoir sanctifiée, savent — ce savoir leur est donné sous une forme symbolique et élevée — que leurs relations conjugales sont sanctifiées et bénies, que ces relations sont pures, qu’elles n’ont rien de vulgaire ; qu’elles sont saintes et n’ont rien d’indécent. Le respect des règles de pureté de la vie familiale exerce sur l’âme une influence purificatrice et éclairante. Il sanctifie et ennoblit les rapports du mari et de la femme, comme si les eaux purificatrices du mikvé avaient lavé leurs pensées, les débarrassant de tout ce qui subsistait de faux et de malsain des années de jeunesse et pouvait ébranler leur amour et leur respect mutuel — l’unique gage de stabilité de la famille. Ainsi, le mikvé devient le lien sacré entre la moralité et les relations conjugales, qui mène le mari et la femme l’un vers l’autre dans la pureté et la tendresse, afin que leur amour ne soit pas atteint par les sentiments de culpabilité et de honte — traces de leur ancienne lutte intérieure.
Aucune philosophie des relations sexuelles, même formulée de manière très convaincante, ne peut égaler les lois de la pureté familiale par la profondeur et la force de son influence psychologique. Mais seule la mise en pratique de ces lois peut faire pénétrer la vision juive du monde et les valeurs qui en sont indissociables dans un domaine de la vie aussi important et qui demande autant de délicatesse.
La purification — un mystère spirituel
Pour apprécier à sa juste valeur le sens des lois de la pureté familiale, il est également important de comprendre ce qu’elles sont.
Sans préjugés
Tout d’abord, le judaïsme traite la femme en période d’impureté autrement que les autres cultures, qui estiment que, durant cette période, elle porte la marque de la honte et inspire elle-même du dégoût. Elle était soumise à un ostracisme de caractère mystique, et il lui était interdit de se trouver en société pendant toute cette période.
Le grand Rambam, célèbre talmudiste du 12e siècle, philosophe et médecin, rejetait fermement les superstitions et les coutumes des Sabéens, des Mages et d’autres peuples anciens à l’égard de la femme en période d’impureté, et soulignait l’essence spirituelle de l’enseignement juif sur la pureté familiale. À notre grand regret, nombre de nos contemporains assimilent les lois de la Torah aux croyances des représentants des anciennes cultures primitives. De telles conceptions résultent de l’ignorance et d’une méconnaissance totale des lois et des traditions juives. C’est pourquoi ils ne peuvent pas envisager la question de la pureté familiale dans une perspective plus large, fondée sur la connaissance du sujet.
La confusion terminologique est également responsable de déformations regrettables de la compréhension des commandements et de leur sens profond. Une mauvaise compréhension des termes « pureté » et « impureté », ainsi que des qualificatifs « pur » et « impur » qui en dérivent, conduit à une très grave erreur sémantique et leur confère, aux yeux de beaucoup, un sens mystique et effrayant, comme si un esprit impur habitait la femme et devait en être chassé par des actes magiques.
Il est pourtant évident que cela est faux. Selon l’enseignement du judaïsme, ni l’homme ni la femme, lorsqu’ils sont « impurs », ne subissent de modification de leur caractère ou de leurs qualités personnelles. Aucune caractéristique n’amoindrit ni n’abaisse la femme par rapport à une autre femme qui se trouve en période de « pureté ».
Les notions d’« impureté » et de « pureté » constituent des catégories liées à l’application de la loi juive. Elles ont seulement pour but de rappeler au Juif et à la Juive les règles de conduite qui s’imposent à eux dans certaines circonstances. Bien plus, la loi juive ne voit aucun mérite dans le fait qu’une personne « impure » redevienne « pure ». Elle constate seulement que, durant la période d’« impureté », il lui est interdit, comme nous l’avons déjà mentionné, de manger de ce qui est consacré, à savoir des sacrifices et des téroumot, ou de pénétrer dans l’enceinte du Temple. Et si la loi exige de la femme en période d’impureté qu’elle accomplisse le rite de purification en temps voulu et sans tarder, c’est uniquement afin qu’elle reprenne ses relations conjugales avec son mari sans délai superflu — contribuant ainsi à la réalisation de l’un des principaux objectifs du mariage.
Une tragédie sémantique
Il existe une autre erreur très répandue concernant les lois de la pureté familiale, qui a conduit à leur non-observance dans de nombreuses familles juives. Cette erreur est elle aussi, dans une large mesure, sémantique, car elle résulte d’une mauvaise traduction des mots « pur » et « impur » par « hygiénique » et « non hygiénique ». Il n’est donc pas étonnant que de nombreux jeunes, élevés dans les conceptions scientifiques et techniques modernes, rejettent la loi de la pureté familiale. Les progrès de l’assainissement et de l’hygiène dans notre siècle « éclairé » sont si impressionnants que la jeune génération ne voit aucune utilité à observer une loi ancienne pour assurer la propreté de son corps.
Il faut comprendre que la loi de la pureté familiale n’implique en aucune manière l’accomplissement d’une procédure d’hygiène. L’« impureté » n’est ni de la saleté ni des souillures que l’eau peut laver : la purification prescrite par la Torah est liée aux élans du cœur.
Le soin du corps, l’hygiène et la santé physique sont tenus en haute estime dans le judaïsme. Toutefois, il s’agit de lois tout autres, indépendantes des autres prescriptions, qu’il ne faut pas confondre, comme le font beaucoup par ignorance, avec les lois de la pureté familiale. Ainsi, par exemple, le grand prêtre devait s’immerger cinq fois au cours du rituel du Temple le jour de l’Expiation. Il est évident que quiconque connaît le service sacerdotal au Temple ne supposera pas que le grand prêtre devait se laver cinq fois pour atteindre la propreté physique au simple sens de l’hygiène. Il est évident que l’immersion a une tout autre finalité, qui n’est nullement hygiénique. Bien plus, la loi juive exige que la femme soit parfaitement propre du point de vue de l’hygiène avant de s’immerger dans le mikvé.
À ce propos, il convient de souligner l’aspect médical de la loi juive de la pureté familiale. Il est connu que l’observance de cette loi prévient notamment certaines formes de cancer (le lecteur peut trouver ces informations dans les brochures consacrées à ce sujet). Ajoutons à ce qui précède que la période d’éloignement des époux l’un de l’autre leur apporte le repos et la tranquillité nécessaires pour établir un rythme approprié dans les relations intimes. Aucune abstinence volontaire ne peut être aussi efficace ni procurer un repos aussi complet que l’éloignement prescrit par la loi religieuse. Si la loi interdit aux époux de se rapprocher l’un de l’autre, aucun d’eux ne soupçonnera que l’amour de l’autre s’est affaibli.
Et une fois encore — que Dieu nous garde de nous imaginer que c’est là le sens de la loi, qu’il s’y réduit tout entier. L’ensemble des lois de la pureté familiale revêt, par son essence même, une signification exclusivement spirituelle et religieuse. Les aspects psychologiques et médicaux qui découlent de l’observance de la loi ne sont que des effets concomitants ; toutefois, le sens le plus profond de ces prescriptions n’a rien à voir avec la psychologie, la médecine, l’anthropologie ou l’hygiène.