Nechama Cheli

Bordée de lys - Le corps et l’âme

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » — ces mots signifient que la capacité de faire le bien, présente en l’homme, ne peut se réaliser s’il n’a pas de partenaire Le corps et l’âme Le judaïsme rejette les deux extrêmes — d’une part, la répugnante débauche sexuelle des plus anciens cultes idolâtres et, de…

Bassia Tsiboukmakher

Bordée de lys - Le corps et l’âme
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » — ces mots signifient que la capacité de faire le bien, présente en l’homme, ne peut se réaliser s’il n’a pas de partenaire

Le corps et l’âme

Le judaïsme rejette les deux extrêmes — d’une part, la répugnante débauche sexuelle des plus anciens cultes idolâtres et, d’autre part, la doctrine chrétienne du péché qui pèse dès l’origine sur les relations intimes entre les sexes, ainsi que la conception chrétienne du mariage qui l’accompagne.

Le gilouï arayot (l’inceste et la débauche) compte parmi les trois péchés mortels qu’il faut éviter même au prix de sa propre vie, conformément à l’injonction : « Meurs, mais ne transgresse pas ! » Cependant, seules les formes d’activité sexuelle interdites par la loi de la Torah sont considérées comme un péché et une abomination, tandis qu’une attitude négative à l’égard de l’intimité en général est totalement étrangère au judaïsme. « L’âme (a été donnée) par Toi et le corps est à Toi » ; il n’y a donc aucune raison de mépriser les besoins du corps, à condition de veiller constamment aux aspirations de l’âme.

La Kabbale enseigne que la Chekhina (la Présence divine) ne réside dans une maison que lorsque l’homme qui y vit est marié et a des relations conjugales avec son épouse (Zohar, Béréchit, 1:122a)

Le commandement « Soyez féconds et multipliez-vous ! » est le premier des commandements donnés à l’homme. Il est certes indéniable que la fonction sexuelle est une fonction physiologique naturelle, qui s’impose avec une telle force que personne n’échappe à ses tentations. Mais, d’un autre côté, c’est par elle que le Créateur peuple le monde et que la volonté divine s’y accomplit. Et cela élève et sanctifie le domaine de la sexualité.

En outre, l’intimité et la complicité entre les époux portent en elles quelque chose qui dépasse les exigences de la perpétuation de l’espèce. Dans le premier des deux passages de la Torah consacrés à la création de l’homme, où celui-ci est présenté comme une créature indissociablement liée à la nature, le Créateur lui ordonne d’être fécond et de se multiplier, de remplir toute la terre et de la soumettre, afin de dominer toutes les créatures terrestres — l’instinct sexuel et le désir de pouvoir, inscrits en lui dès l’origine, l’aident à accomplir ces commandements (voir Béréchit 1:26-28).

Toutefois, dans le second passage, plus développé, consacré à la création de l’homme et où il est question de son essence morale, le commandement d’être fécond et de se multiplier n’est même pas mentionné ; nous trouvons à sa place ces mots : « Et Dieu Tout-Puissant dit : il n’est pas bon que l’homme soit seul ; Je lui ferai une aide qui lui corresponde » (Béréchit 2:18). Et plus loin : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair » (Béréchit 2:24). L’amour mutuel du mari et de la femme, leur communion dans l’amour, constituent une fin en soi, une haute vertu prescrite et sanctifiée par le Créateur. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » — ces mots signifient que la capacité de faire le bien, présente en l’homme, ne peut se réaliser s’il n’a pas de partenaire avec qui former un couple, à qui prodiguer son amour désintéressé.

La conception juive des questions sexuelles s’exprime dans la Halakha sous une forme particulièrement convaincante et sans équivoque. Ainsi, l’attitude intransigeante du judaïsme à l’égard de l’adultère est bien connue ; elle exprime sa répulsion envers toute relation sexuelle interdite par la Loi.

La capacité de surmonter les tentations suscitées par l’instinct — et le judaïsme a toujours évalué avec le plus grand réalisme les dommages que la convoitise sexuelle peut causer à l’homme — n’est autre qu’une manifestation de sainteté. Le passage de la Torah qui énumère les relations sexuelles interdites est lu à la synagogue lors de la prière de l’après-midi du jour du Grand Pardon, empreint de la plus haute sainteté, car le respect de ces interdictions conduit l’homme à l’élévation morale et à la sainteté. En même temps, comme nous l’avons déjà dit, la loi juive ne se contente pas d’autoriser les relations sexuelles dans les limites de ce qui est permis, elle les encourage. Elles sont considérées comme un droit légitime de la femme, tout aussi important que son droit à la nourriture et aux vêtements que son mari est tenu de lui fournir. Cette conception des relations entre les sexes reconnaît leur valeur en elles-mêmes, indépendamment de la question de la procréation, dont l’importance n’est pas pour autant éclipsée. La loi juive n’interdit pas les relations sexuelles lorsqu’elles ne conduisent pas à une grossesse, par exemple chez les personnes âgées, chez les hommes incapables de féconder ou chez les femmes privées de la capacité de concevoir, ni les relations pendant la grossesse.

Lors de la cérémonie du mariage, qui se déroule sous le dais nuptial, on prononce sept bénédictions. Dans l’une d’elles, on bénit le Créateur pour avoir créé l’homme à Son image et à Sa ressemblance et lui avoir donné la possibilité de se perpétuer dans sa descendance. Comme il est dit à ce sujet dans la Torah : « Et Dieu créa l’homme à Son image… homme et femme Il les créa. Et Dieu les bénit et leur dit : soyez féconds et multipliez-vous ! » Que l’homme, créé à l’image de Dieu et doté d’une âme, possède en même temps un instinct sexuel et engendre une descendance n’implique aucune incohérence, aucun défaut de la création, aucune erreur du Créateur. Le judaïsme ne voit pas de contradiction insurmontable entre la ressemblance de l’homme avec Dieu et sa nature sexuelle, entre le corps et l’esprit. Si l’âme de l’homme et sa nature sexuelle, avide de satisfaction, se combattent, cette contradiction est seulement apparente, et non essentielle.