Nechama Cheli

Celle qui remplit ses obligations — et le bénévole

Comme la femme possède des qualités qui la portent au partenariat, elle n’a pas le sentiment de faire une faveur à son mari et à ses enfants en prenant soin d’eux, et ne le pense pas non plus. Elle voit dans ses efforts pour la famille l’accomplissement de ses obligations et considère cela comme allant de soi. Mais le mari ne considère pas son aide à la maison comme quelque chose…

Rav Simha Cohen

Celle qui remplit ses obligations — et le bénévole

Comme la femme possède des qualités qui la portent au partenariat, elle n’a pas le sentiment de faire une faveur à son mari et à ses enfants en prenant soin d’eux, et ne le pense pas non plus. Elle voit dans ses efforts pour la famille l’accomplissement de ses obligations et considère cela comme allant de soi.

Mais le mari ne considère pas son aide à la maison comme allant de soi. Il se voit comme un « bénévole ».

Si l’on demande à une femme qui rentre du travail où elle se dirige, elle répond : « À la maison. » À ses yeux, l’expression « à la maison » indique non seulement sa destination, mais surtout la poursuite de ses obligations familiales — les différentes tâches domestiques —, son deuxième, troisième ou quatrième emploi.

Un homme qui rentre du travail répondra lui aussi « à la maison » si on lui demande où il va, mais pour lui, cela signifie « se reposer », et non « faire les tâches ménagères ». Nous pouvons observer les conséquences de cette différence lorsque l’épouse demande à son mari de faire quelque chose à la maison, surtout une tâche qu’il n’a pas l’habitude d’accomplir. Il accède à sa demande, mais, au fond de lui, il considère qu’on l’a dérangé pendant ses heures de repos légitime. Intellectuellement, il comprend que le fait d’être marié lui impose aussi certaines obligations : être un partenaire, se soucier de ce qui se passe dans le foyer et s’en occuper. Pourtant, sur le plan affectif, cette conclusion est loin de lui paraître aussi évidente qu’à son épouse.

Le vocabulaire qu’emploient l’homme et la femme révèle lui aussi la différence entre leurs positions de départ.

Lorsque le mari rapporte à la maison des choses nécessaires, il dit à sa femme, avec un sentiment de satisfaction et de dévouement : « J’ai apporté ça pour toi, j’ai acheté ça pour toi, j’ai fait ça pour toi. » Les mots « j’ai apporté ça pour toi » ou « j’ai acheté ça pour toi » reflètent le sentiment agréable du mari qui se voit comme un « bénévole ». Ses propos de bénévole sont un certificat de mérite qu’il se décerne à lui-même pour ses qualités morales et sa bonté : il fait tant de choses pour sa femme et ses enfants.

Ils témoignent aussi de ses capacités : il a fait des efforts et accompli quelque chose pour sa femme et ses enfants de son plein gré, alors que, selon lui, il n’était pas tenu de le faire. Si l’homme aime se considérer comme un bénévole, son épouse, bien qu’elle puisse se réjouir de sa participation aux tâches domestiques, éprouve une aversion pour le vocabulaire du bénévolat qui accompagne son geste.

Elle proteste donc : pourquoi dit-il « pour toi » ? N’est-ce pas pour toute la famille — pour toi et ta femme, pour tes enfants ?! Son ton irrité permet de comprendre que ses paroles ne lui semblent pas seulement illogiques : elles la mettent en colère, car elle y voit la preuve qu’il ne se sent pas tenu d’agir et qu’il n’est pas assez attaché à la famille.

Résumons brièvement l’idée que nous essayons de transmettre.

La femme possède une psychologie tournée vers le partenariat : elle se sent donc tenue à des obligations envers l’institution du mariage en général, et envers son mari et ses enfants en particulier.

Elle sent que le devoir lie l’individu à l’institution envers laquelle il a des obligations. Elle attend donc de son mari qu’il pense de la même manière : qu’il ressente ses obligations et soit ainsi lié à la famille en général, et à elle en particulier.

Mais lorsque le mari exprime, d’une manière ou d’une autre, qu’il se voit comme un « bénévole », la femme peut penser qu’elle seule se sent liée à lui et à la famille, tandis que lui ne ressent pas ce lien.

Le bénévole présente toutefois certains avantages par rapport à celui qui est « tenu d’agir ». Il accomplit ce qu’il prend en charge avec davantage d’enthousiasme, puisqu’il agit par motivation personnelle et par désir intérieur. Son désavantage est de ne pas être lié de façon indissoluble à celui pour qui il agit et se donne de la peine, puisque seule son envie le pousse à agir, et non une obligation. Ainsi, quand il en a envie, il agit, et quand il n’en a pas envie, il n’agit pas.

Cela montre qu’il n’est pas un partenaire : il n’est pas aussi attaché à son épouse et à sa famille.

C’est pourquoi la femme, qui a du mal à accepter cette approche de bénévole n’impliquant aucune obligation, y voit une absence de lien et réagit par des paroles dont le sens est : tout ce que tu fais, tu le fais pour la famille, et tu as envers elle exactement les mêmes obligations que moi.

La différence entre le bénévole et celui qui est tenu d’agir permet au Maharal (Tiféret Israël 32) d’expliquer pourquoi, après que le peuple d’Israël eut exprimé sa volonté d’accepter la Torah et déclaré « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons et nous l’écouterons », le Tout-Puissant a tout de même contraint les Juifs à accepter la Torah et, pour cela, a « soulevé au-dessus d’eux la montagne comme une cuve ». À première vue, que peut-il y avoir de mieux qu’un peuple qui accepte la Torah de son plein gré et de sa propre initiative ?! Une action accomplie volontairement exprime en effet un amour profond, tandis qu’une action imposée fait naître de la résistance et de l’irritation dans le cœur de celui qui l’accomplit.

Le Maharal explique : il est excellent qu’une personne fasse quelque chose de son plein gré ; mais être contraint de faire quelque chose présente aussi un avantage, à savoir le « lien » avec l’action accomplie, puisque la personne n’a pas la possibilité d’y mettre fin. Cet avantage n’existe pas dans le bénévolat, puisqu’il est possible de cesser d’agir. Or, le Tout-Puissant voulait créer un lien absolu entre le peuple d’Israël et la Torah, un lien auquel il serait impossible de mettre fin. Il a donc « soulevé au-dessus d’eux la montagne comme une cuve », en complément de leur acceptation « bénévole » : « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons et nous l’écouterons ».

Nous exprimons notre profonde reconnaissance à la maison d’édition « Michpa’ha ké-Halakha » (www.mishpacha.ru) pour l’autorisation de publier des chapitres du livre « Le Foyer juif ».