Rabbanite Esther Offengenden
...Et qu’en est-il de l’égoïsme ? La Torah nous conseille-t-elle vraiment d’être égoïstes, de n’aimer que nous-mêmes, de ne nous occuper que de nous-mêmes ?
Bien sûr que non. Nous devons nous aimer, et non devenir égoïstes. Ce sont deux notions absolument différentes et, peut-être, en prendre conscience aidera à guérir la plupart de ceux qui sont « malades » de leur incapacité à s’aimer.
Dans le premier chapitre de la Torah, « Beréchit », il est raconté que quatre fleuves sortaient du jardin d’Éden. Un commentaire explique qu’ils éloignaient du « paradis », c’est-à-dire du cours juste de la vie. L’un de ces fleuves s’appelait Guéa. Il baignait la terre des esclaves. Son courant entraînait les égoïstes, qui se considèrent comme plus grands et plus importants que les autres et qui ne vivent que grâce à l’aide et au soutien d’autrui.
Mais pourquoi un tel soutien est-il si important pour l’égoïste ?
Un égoïste est une personne qui s’est perdue, qui ne s’aime pas et qui craint terriblement que son entourage ne la traite aussi mal qu’elle se traite elle-même.
Seule la bienveillance des autres soutient tant bien que mal son estime de soi. L’égoïste a l’impression que s’il ne se bat pas, n’exige pas et ne s’efforce pas d’obtenir ce qu’il veut, personne ne l’aimera.
Le véritable amour de soi naît de la prise de conscience de ce fait : je suis une parcelle du Tout-Puissant. Il en découle que toute personne est une partie absolument nécessaire de ce monde, dotée de forces et de possibilités particulières.
Comme on dit, à l’instant de ta naissance, tu as prouvé que le monde ne peut pas se passer de toi ! En somme, l’amour de soi est identique à l’amour de D.ieu.
Le sentiment fondamental de l’égoïste est : « Tout le monde me doit quelque chose. » À l’inverse, celui qui s’aime ressent : « Je peux donner ! » L’égoïste est un martyr, un être qui souffre et qui crie aux autres : « N’avez-vous pas honte ?! »
Celui qui s’aime sait comment prendre plaisir à la vie et cherche toujours à en profiter !
Être égoïste demande beaucoup de travail. Exigences, attentes et déception perpétuelle, insatisfaction face à la vie, sentiment de ne pas être apprécié à sa juste valeur — tout cela exige une immense dépense d’énergie. Il ne reste plus de forces pour évoluer et avancer.
S’aimer n’est pas de l’égoïsme ! La Torah contient plusieurs principes qu’il est impossible de mettre en pratique sans amour de soi. Par exemple, cette célèbre parole de rabbi Akiva : « Aimer son prochain comme soi-même est un grand principe de la Torah. » Il en découle qu’une personne doit d’abord s’aimer, s’apprécier et se respecter. Ce n’est qu’après avoir découvert et ressenti cet amour, ce sentiment de sa propre importance et de son caractère unique, qu’elle peut reporter ce sentiment sur une autre personne, tout aussi importante et exceptionnelle.
L’une des premières règles que l’on enseigne aux futures mariées juives est la suivante : « Si tu ne t’aimes pas, qui donc t’aimera ? »
Cela signifie, premièrement, que je dois moi-même être la principale source de l’amour que je me porte.
Lorsque cette condition est remplie la tension avec laquelle j’attends l’amour de mon mari diminuera si brusquement qu’il lui sera beaucoup plus facile et plus « sûr » de donner son amour, et qu’il me sera plus facile de le recevoir.
Deuxièmement, cette règle dit qu’il est impossible d’aimer quelqu’un qui ne s’aime pas.
Une telle personne inspire à son entourage à peu près ce sentiment : « Eh bien, si lui-même, qui se connaît certainement bien, se traite ainsi, que nous reste-t-il à faire… » Et il est effectivement presque impossible de se mettre à l’aimer.
Imaginez la scène. Le mari rentre à la maison le soir. L’appartement brille. Les enfants sont couchés. Un repas de trois plats est sur la table. Et, dans un coin du canapé, sa femme est allongée et gémit doucement :
- Oh ! Comme je suis fatiguée ! Je n’ai plus de forces pour rien… Je vais me coucher.
Sur ces mots, elle s’en va en se traînant, tout en continuant à gémir et à se plaindre. Le mari reste complètement seul. Il a une belle maison. De bons petits plats. Mais personne à aimer. À la place de sa femme, il a trouvé chez lui une créature épuisée et indifférente. Or, le mari a besoin d’une épouse !
à suivre