R. M. Lévi
D’après les cours de la rabbanite M. Lévy (fille du rav Chimchon David Pinkous)
Le Chabbat, nous n’adressons pas de demandes personnelles au Tout-Puissant, sauf s’il s’agit d’un danger pour la vie le jour même. On pourrait penser que ce devrait être l’inverse ! Le Tout-Puissant est là, avec toi : demande ce que tu veux !
La réponse simple consiste à dire que, le Chabbat, rien de matériel ne nous intéresse ; nous ne demandons que des choses spirituelles : « Sanctifie-nous par Tes commandements… Accorde-nous une part dans Ta Torah… Purifie notre cœur afin que nous puissions Te servir en vérité. » Voilà ce que nous désirons en ce jour !
Papa donnait une explication un peu différente. Il racontait la parabole suivante :
Un homme doit collecter de l’argent à l’étranger pour une yéchiva. Il arrive sur place et commence à se renseigner sur les endroits où il peut recueillir des dons. On lui dit qu’il y a un homme riche qui, s’il parvient à le convaincre, pourrait donner mille dollars ! Il se renseigne sur cet homme riche et se rend chez lui. Un domestique ouvre la porte. L’émissaire lui demande d’annoncer au riche qu’il habite près de son fils et qu’il est venu lui transmettre des salutations.
Lorsqu’il apprend qu’un voisin de son fils est venu, le riche descend le voir. Il entend son invité faire l’éloge de son enfant, ce qui, bien sûr, lui fait très plaisir : « Merci, vous m’avez fait très plaisir. Puis-je vous aider en quoi que ce soit ? » — « Non, non, je suis simplement passé vous transmettre des salutations. » — « Mais vous m’avez fait tellement plaisir… Revenez me voir. » — « Bien sûr, je reviendrai. »
Le lendemain, il revient. Le riche ne lui parle plus sur le pas de la porte : il l’invite dans son bureau.
Et de nouveau, il entend des louanges sur son fils, sa belle-fille, ses petits-enfants… « Comment puis-je vous aider ? » — « Merci, je n’ai besoin de rien. » — « J’aime tellement parler avec vous… Revenez demain. » Le lendemain, les voilà installés dans les fauteuils du salon. La conversation tourne toujours autour du fils, mais il n’est plus question uniquement de lui… Peu à peu, ils deviennent amis. Les gens autour d’eux ne comprennent pas ce qui se passe : « Pourquoi ne lui demandes-tu pas d’argent ? Il pourrait te donner plusieurs milliers de dollars ! Tu perds ton temps à frapper à différentes portes et à récolter de petites sommes. » Il ne leur répond pas. Une année passe ainsi.
Désormais, lui et le riche sont des amis intimes. Un beau jour, le riche lui dit : « Je me suis renseigné. On m’a dit que tu collectais de l’argent pour une yéchiva. Dis-moi, que manque-t-il à votre yéchiva ? » — « Un bâtiment. Notre yéchiva n’a pas de locaux. » — « Il vous faut un bâtiment ? Je le paierai !!! »
S’il avait demandé de l’argent dès le départ, combien aurait-il obtenu ? Mille dollars ? Que s’est-il donc passé pour que le riche soit maintenant prêt à payer un bâtiment qui coûte des millions de dollars ? Un lien de proximité, d’amitié s’est créé entre eux.
Le Chabbat, nous ne demandons rien au Tout-Puissant. Nous voulons seulement être proches de Lui.
Et voilà que la prière prend un tout autre visage. Nous ne médisons pas, la colère n’a pas sa place dans notre foyer… Nous débordons d’amour pour le Tout-Puissant. À la sortie de Chabbat, le Tout-Puissant dit : « Maintenant, demandez… » C’est un moment privilégié pour les demandes personnelles. Il existe une prière particulière, citée dans le Talmud de Jérusalem, qui figure dans les livres de prières.
Une prière étonnante : « Ouvre-nous les portes de la lumière, les portes de la bénédiction, les portes de la délivrance, les portes… les portes… les portes… » Que se passe-t-il ? Le Tout-Puissant dit : « Et maintenant, demandez… »
Il veut nous donner. Mais Il veut que nous le demandions, que nous nous rapprochions de Lui, que nous prenions conscience qu’Il est la source de tout. À la sortie de Chabbat, nous sommes si proches de Lui : c’est une raison de nous accorder ce que nous demandons !