R. M. Lévi
D’après les cours de la rabbanit M. Lévy (fille du rav Chimchon Dovid Pinkous)
Nous ne devons pas oublier qu’à côté des interdits du Chabbat, il y a tant de choses permises ! Quelle grande journée ! Le Tout-Puissant la passe avec nous ! Ce ne sont pas simplement de belles paroles, c’est la réalité ! Nous oublions tout ce qui nous a inquiétés et préoccupés pendant la semaine.
Il n’y a que nous et Toi, Tout-Puissant ! C’est là toute la force du Chabbat.
Et comme il est triste que ce soit précisément le Chabbat que l’on puisse négliger la prière. Une jeune fille qui prie chaque matin avec ferveur décide, le Chabbat, de se prélasser plus longtemps au lit. Elle jette un coup d’œil à l’horloge, se retourne de l’autre côté, encore un petit peu, encore… Puis, cinq minutes avant le retour des hommes de la synagogue, elle bondit du lit et s’élance sur l’autoroute de la prière, faisant des signes à sa maisonnée : « Hé ! O-oh ! Eh bien, euh… », termine à toute vitesse et débarque au Kiddouch.
Chabbat est un jour où il vaut la peine de se lever plus tôt pour prier. Je me souviens de la manière dont ma mère priait… Chaque jour, sa prière avait quelque chose de particulier. Elle priait trois fois par jour. Elle récitait Cha’harit en chantant, en articulant chaque mot… Chacune de ses prières était pour nous un moment d’émotion. Mais je ne peux oublier la mélodie sur laquelle elle chantait les « Pessouké dezimra » le Chabbat… Quand nous avons grandi, maman allait à la synagogue le matin de Chabbat ; lorsque nous étions petits, elle n’y allait que pour la lecture de la Torah et Moussaf. (Manquer la lecture de la Torah à la synagogue était pour elle impensable !) Elle récitait Cha’harit à la maison, et je me souviens que je me réveillais au son de la mélodie des « Pessouké dezimra ». Pour moi, cette mélodie faisait partie intégrante du Chabbat.
Le Chabbat, nous avons un peu plus de temps, nous sommes moins fatiguées. Nous pouvons prier autrement, lire la paracha de la semaine. Passer cette journée avec le Très-Haut.
Mes élèves m’avouent parfois qu’elles ne ressentent pas cela : pour elles, le Chabbat ne se distingue pas des autres jours sur le plan des sensations. Bavarder avec des amies, lire un livre intéressant, dormir tout leur soûl… Rien de plus.
Papa expliquait que les Juifs ont 613 commandements. Et que les non-Juifs peuvent eux aussi accomplir presque chacun de ces commandements. Et en recevoir une récompense ! À l’exception du Chabbat… Celui qui entreprend un guiyour n’a pas le droit d’observer le Chabbat tant qu’il n’est pas devenu juif. Les Sages l’expliquent par une allégorie. Si le roi s’entretient avec la reine et qu’un étranger fait irruption auprès d’eux à ce moment-là, ne le mettrait-on pas à mort ?! Papa transposait cette allégorie dans un langage que nous pouvions comprendre.
Un mariage juif. Un nouveau foyer juif se construit. Le marié et la mariée vivent le jour le plus important de leur vie. ‘Héder yi’houd. Pour la première fois, ils se retrouvent seuls ensemble. Soudain, la porte s’ouvre à la volée et un agent d’entretien entre avec sa serpillière : « Excusez-moi, je dois nettoyer ici… Je ne vous dérangerai pas… » Bien sûr, on le fera sortir de la pièce. Il les dérange, et comment ! Les personnes étrangères au couple n’ont pas leur place dans le ‘héder yi’houd !
Papa expliquait que le Chabbat est le ‘héder yi’houd du Très-Haut et du peuple juif.
À notre époque, une vision du monde qui nous est étrangère pénètre facilement dans nos maisons. Pas nécessairement par la porte. À travers les livres que nous lisons, les vêtements que nous portons, notre manière de parler… Tout cela trouble notre intimité avec le Très-Haut. Papa décrivait une situation qu’il jugeait absurde.
Une maman juive allume les bougies de Chabbat et prie. Puis elle s’assied sur le canapé, installe ses enfants juifs près d’elle et… leur lit un conte non juif !
Chabbat est un jour particulier, où nous devons porter une attention plus empreinte de respect à ce que nous lisons et aux sujets dont nous parlons. Si rien d’étranger ne se trouve auprès de nous le Chabbat, il y aura une place pour le Très-Haut. Nous serons seules avec Lui, et personne ne nous dérangera ! Nous pourrons faire provision, pour toute la semaine, de proximité avec le Très-Haut, de foi en Lui et du sentiment de Sa présence.