Nechama Cheli

Chaoul, roi d’Israël — Comment mobiliser tout le peuple pour la guerre

Rappelons-nous où nous nous étions arrêtés la dernière fois. Chaoul prend une paire de bœufs avec lesquels il vient de labourer, les découpe en morceaux et les envoie dans tout le territoire d’Israël : « Quiconque ne marchera pas derrière Chaoul et Chemouel, voilà ce qui sera fait à ses bœufs » (Chemouel I, chapitre 11, 7). « Et la crainte de l’Éternel s’abattit sur le peuple, et ils sortirent tous, …

Rabbanite Hava Kouperman

Chaoul, roi d’Israël — Comment mobiliser tout le peuple pour la guerre

Rappelons-nous où nous nous étions arrêtés la dernière fois. Chaoul prend une paire de bœufs avec lesquels il vient de labourer, les découpe en morceaux et les envoie dans tout le territoire d’Israël : « Quiconque ne marchera pas derrière Chaoul et Chemouel, voilà ce qui sera fait à ses bœufs » (Chemouel I, chapitre 11, 7). « Et la crainte de l’Éternel s’abattit sur le peuple, et ils sortirent tous comme un seul homme » (Chemouel I, chapitre 11, même verset).

Jusqu’alors, il avait été impossible de mobiliser tous les Juifs à la fois pour la guerre.

Ainsi, nous savons par exemple que Dévora, qui appelait le peuple à s’unir pour la guerre dans le nord, déplorait que toutes les tribus ne soient pas parties combattre (chapitres 4 et 5 de Choftim) : « Parmi les divisions de Réouven, de grandes hésitations du cœur. Guilad est resté au-delà du Jourdain… » (chapitre 5, versets 16 et 17). Il est effectivement très difficile de mobiliser tout le peuple pour la guerre. D’autant qu’il s’agit d’une guerre qui se déroule au loin, à la périphérie orientale, et non au centre du pays, de l’autre côté du Jourdain, où les tribus de Réouven, de Gad et la moitié de la tribu de Ménaché vivent tellement à l’écart qu’elles se sont même construit un autel semblable à celui de Chilo. Leurs intentions étaient les meilleures : empêcher leurs fils de cesser de se considérer comme une partie du peuple juif. Cependant, cela donna aux autres tribus d’Israël des raisons de soupçonner leurs frères d’idolâtrie et d’envoyer une délégation pour vérifier, et, si nécessaire, exercer une pression par la force (comme nous le lisons dans le livre de Yehochoua, chapitre 22, du verset 13 jusqu’à la fin). L’affaire manque de dégénérer en guerre.

Une seule fois, tous les Juifs s’étaient levés comme un seul homme. C’était lors de l’affaire révoltante de Guiv’a que nous avons évoquée : une femme violée par un groupe de membres de la tribu de Binyamin n’était pas morte sur le coup, mais avait réussi à rejoindre la maison où se trouvait son mari. Elle était décédée peu après. Le peuple juif réclamait la peine de mort pour les criminels, tandis que les juges de la tribu de Binyamin soutenaient que, selon la loi, la sentence devait être plus légère.

Alors, le mari de la victime dépeça son corps et en envoya les morceaux dans tout le territoire d’Israël, en les accompagnant de ces paroles : « Nous sommes tous les parties d’un même corps, nous formons tous un seul organisme. » Cela produisit une forte impression et personne ne resta chez soi.

Chaoul fit, au fond, la même chose. En envoyant les morceaux des bœufs dans tout le territoire du pays par l’intermédiaire des messagers de Yavech Guilad, il reproduisit le geste du mari de la victime. Cela évoqua de terribles souvenirs dans le peuple et inspira une telle peur que tous comprirent qu’il était impossible de ne pas partir à la guerre. Ils vinrent auprès du roi de partout, même des régions périphériques.

Il est dit : « Chaoul les dénombra tous à Bézek : les fils d’Israël étaient trois cent mille, et les hommes de Yéhouda trente mille » (Chemouel I, chapitre 11, 8).

Ce verset, simple à première vue, donne matière aux commentateurs à des analyses approfondies et à des débats. Selon une opinion, Bézek est un nom de lieu. Mais on ne comprend alors pas comment Chaoul a pu compter les Juifs venus combattre, puisque le judaïsme interdit de compter les personnes. Même le recensement que le Très-Haut avait confié à Moché ne s’effectuait pas « par tête », mais au moyen de l’offrande d’un demi-sicle sacré, afin que la vie de chaque personne recensée soit préservée.

Il existe toutefois une opinion selon laquelle, si le dénombrement est vraiment nécessaire, il est permis de le faire, même sans l’offrande d’un demi-sicle.

Selon une autre opinion, bézek désigne un tesson de poterie, ou peut-être un caillou. Chaoul ne pouvait pas enfreindre la loi interdisant de compter les personnes ; il ordonna donc à chacun de ceux qui avaient répondu à l’appel du roi de remettre soit un tesson de poterie, soit un petit morceau de pierre. Il ne demanda rien de plus précieux : les Juifs étaient alors trop pauvres, et le roi Chaoul se distinguait par une absence totale de cupidité. Il détermina l’effectif de l’armée en comptant les tessons. (Plus tard, lorsqu’ils se rassembleront pour combattre Amalek, au chapitre 15, les Juifs seront devenus si riches qu’ils apporteront chacun un mouton à Chaoul.)

Cependant, selon une autre opinion, Chaoul ne voulait rien prendre au peuple. Il était désintéressé et observait les lois avec une profonde révérence. Au contraire, c’est lui qui donna à chacun un agneau du troupeau royal pour l’offrir en sacrifice. En comptant les bêtes qui restaient dans son troupeau, il sut combien de guerriers avaient rejoint l’armée. (Si les choses se sont bien passées ainsi, on comprend à quel point le roi Chaoul s’était enrichi entre-temps.)

On sait que 300000 hommes se rassemblèrent, dont 30 mille étaient de Yéhouda.

À votre avis, pourquoi cette tribu est-elle mentionnée à part ? Pour nous préparer au fait que les prochains rois seront précisément issus de la tribu de Yéhouda. Et encore une question : pourquoi la tribu de Yéhouda représentait-elle un dixième de tous les hommes mobilisés, et non un douzième, comme cela semblerait logique ? Logique, mais inexact, car cette tribu était la plus nombreuse.

Les paroles de Chaoul citées plus haut — « quiconque ne marchera pas derrière moi et Chemouel » — montrent qu’il ne se sent pas encore suffisamment assuré dans son rôle de roi et qu’il se « cache » derrière Chemouel. Ce n’est qu’après cette guerre qu’il deviendra véritablement le roi des Juifs.

à suivre
Nous remercions la revue « Golos Yaakova » et personnellement madame Alla Feldman pour les textes fournis.