Rabbanite Esther Offengenden
Dans le travail spirituel, il est impossible de brûler les étapes. (Rav Chakhatovitch)
Cela signifie-t-il que, lorsque nous parlons de foi et d’observance des mitsvot, nous ne devons pas du tout parler de punition ?
Bien sûr que non. Il faut simplement que tout se fasse dans le bon ordre et dans les bonnes proportions.
Dans la foi proprement dite, nous distinguons trois degrés :
premier degré – aimer le Tout-Puissant ;
deuxième degré – craindre le Tout-Puissant, craindre la punition ;
troisième degré – ressentir un élan empreint de crainte révérencielle (yira).
Ainsi, le premier degré consiste à aimer le Tout-Puissant. Il ne faut en aucun cas sauter ce degré !
Oui, il est indispensable que l’enfant sache que les mauvaises actions sont punies, afin de pouvoir se maîtriser dans une situation de conflit intérieur. Mais cette connaissance ne peut constituer le premier degré. Seul l’amour du Tout-Puissant vient en premier.
Je ne peux pas parler à un enfant de punition ou de quelque chose qui l’angoisse et lui fait peur,
- tant qu’il n’est pas assez grand pour pouvoir y faire face sereinement ;
- tant que je ne suis pas certaine qu’il est déjà fermement convaincu que le Tout-Puissant est bonté, qu’il savoure déjà l’observance des mitsvot, qu’il prend plaisir à être en relation avec le Tout-Puissant, à tout faire en personne qui croit en D.ieu — le plaisir de la foi;
- si je ne prends pas pour exemple un sujet absolument éloigné de l’enfant, tel qu’il n’y ait aucune possibilité, même fortuite, qu’il puisse s’y identifier.
L’idée de punition transmise à l’enfant doit, en fin de compte, se formuler ainsi : le libre arbitre existe.
Des actes terribles, très, très éloignés de toi qui es si bon, méritent une terrible punition. Quel bonheur que nous nous efforcions d’accomplir la volonté du Tout-Puissant : cela ne nous arrivera pas !
Et cette conversation doit s’appuyer exclusivement sur des associations positives et des émotions positives, uniquement sur des choses dans lesquelles l’enfant se sent bon et à la hauteur, où il sent qu’il a réussi, qu’il s’est bien débrouillé, où il éprouve du plaisir et voudra donc continuer à se comporter ainsi.
Il faut choisir les exemples de péchés avec beaucoup de précaution.
Les enfants peuvent se tourmenter pour de toutes petites choses, être rongés de culpabilité pour de petits écarts, et en même temps faire de grosses bêtises sans comprendre le moins du monde qu’il y a un problème dans leur conduite. Une maman a raconté que sa fille lui avait confié qu’elle avait enfin appris à être une bonne amie. Elle achète plein de cadeaux à ses amies et leur organise de merveilleuses fêtes joyeuses avec des friandises. La maman, choquée, lui a demandé d’où elle tirait tout cet argent. Et sa fille lui répond : « De ton portefeuille… ».
La maman de cette fillette lui avait expliqué comment être une bonne amie. Par exemple, ne pas rechigner à donner un bonbon à une amie. Mais elle ne lui avait manifestement pas expliqué qu’il était interdit de prendre de l’argent pour cela dans le portefeuille de maman sans permission. C’était apparemment si évident pour la maman qu’elle n’avait pas jugé utile de le mentionner.Ou peut-être lui en avait-elle parlé, mais à ce moment-là, ce qui concernait les amies était important pour la fillette, tandis que le portefeuille de maman l’était moins.
Il faut donc choisir très soigneusement le sujet pour parler de punition à un enfant.
Par exemple, nous pouvons savoir que notre enfant n’est pas un meurtrier, qu’il est même assez éloigné de tout cela. Il n’a jamais été confronté au meurtre dans sa vie, et la probabilité qu’il le soit n’est pas très élevée.Et voilà que l’enfant nous demande : « Pourquoi le Tout-Puissant a-t-Il créé des meurtriers ? » Nous lui expliquons le libre arbitre avec des mots à sa portée, puis nous disons : « C’est terrible de faire un tel choix ! » C’est alors que l’on peut parler de l’enfer et des souffrances que l’âme y endure. L’âme ressent comme le feu de l’enfer, elle souffre et a peur… Et là, elle comprend à quel point ces crimes étaient inutiles et vains, à quel point elle a gaspillé sa vie de manière stupide et absurde, mais elle ne peut plus rien changer.
Et aussitôt, nous nous mettons à dire longuement et en détail combien il est merveilleux que tu sois né dans une famille où l’on t’a expliqué et appris que tuer est mal, et que cela ne te viendra même pas à l’esprit. Et aucun de nous ne fait cela. Et tu imagines combien nous devons être reconnaissants au Tout-Puissant de nous trouver dans un tel milieu et d’être nés dans une famille infiniment éloignée de tout cela.
Lorsque nous rencontrons dans la vie des choses complexes et éprouvantes et que nous nous en servons pour nous élever à un nouveau degré de gratitude envers le Tout-Puissant et d’amour pour Lui, c’est précisément le troisième degré de la foi : la yirat chamayim, la crainte sublime du Ciel.
Au fond, en toute honnêteté, qu’avons-nous fait pour mériter de naître juifs ?
Qu'avons-nous fait de si particulier pour cela ? Lorsque j'ai commencé à observer la Torah et les commandements et que j'ai découvert tout cela, j'ai eu l'impression de vivre une sorte de miracle. Qu'avais-je fait de bien pour Lui, pour qu'Il me rapproche de Lui, moi précisément ? N'est-ce pas une si belle raison de Lui être reconnaissante !?
Le rav Yaakovson raconte une histoire très intéressante. Dans une petite ville de Lituanie vivait un couple sans enfants. Le mari comme la femme aimaient énormément les enfants. Ils s'occupaient de ceux de toute la petite ville. Dès qu'il avait un moment de libre, cet homme venait à l'école et aidait l'instituteur, simplement pour rendre service. Pendant de longues années.
À chaque fête, ils achetaient des friandises pour faire plaisir aux enfants. La joie des enfants leur procurait un immense plaisir. Le couple avait tout essayé pour avoir ses propres enfants, mais rien n'y faisait. Et voilà que, dans leur dix-huitième année de mariage, un petit garçon leur naquit enfin !
Il existait une coutume dans cette petite ville. À Sim'hat Torah, les pères des garçons qui étaient entrés au 'héder cette année-là et avaient commencé à étudier la Torah prenaient leurs fils sur leurs épaules et exécutaient avec eux la dernière danse. Eux seuls dansaient, tandis que tous les autres frappaient des mains. Pendant de longues années, cet homme s'était lui aussi tenu parmi les autres à applaudir, et tous le regardaient avec une grande compassion.
Et voilà qu'un fils lui était enfin né. Le petit grandit et entra au 'héder. Lorsque, à Sim'hat Torah, son père le prit sur ses épaules et s'avança pour danser avec lui, personne d'autre ne le rejoignit. Tous restaient simplement autour d'eux et applaudissaient. Il dansait seul avec son fils, en le tenant de telle manière que tous sentaient qu'il éprouvait à la fois un bonheur immense et une extrême prudence, la peur de laisser tomber son trésor ! Inutile de dire que tous les assistants pleuraient. Après avoir raconté cette histoire, le rav de la petite ville déclara : « Une fois dans ma vie, j'ai eu le mérite de voir de mes propres yeux à quoi ressemble la crainte du Tout-Puissant ! »
à suivre