Rav Chimchon Dovid Pinkous
« Et voici les lois (michpatim) que tu leur donneras » (Chemot, 21:1).
(Le mot michpat, qui signifie « loi », se traduit également par « jugement ».)
En réalité, chacun de nous est juge tout au long de la journée. Nous nous jugeons nous-mêmes, nous jugeons notre famille.
La question est de savoir si nous jugeons « selon la justice » ou en tenant compte de toutes les circonstances.
Papa entre dans la maison et maman lui dit : « Yanki jouait au ballon près de la fenêtre, alors que je l’avais averti plusieurs fois de ne pas jouer là, et il a fini par casser la vitre. Depuis — cela fait déjà deux heures —, il se cache sous le lit, terrifié. »
Papa peut agir « selon la justice » : le garçon a cassé la vitre, il sera puni. Mais papa est un juge, pas un ordinateur. Premièrement, s’il est sous le lit depuis deux heures, cela signifie qu’il a déjà subi une partie de la punition qu’il mérite et qu’il serait peut-être bon d’avoir pitié de lui. Deuxièmement, papa doit entendre de la bouche de Yanki lui-même ce qui s’est passé, comment exactement la vitre s’est brisée. Troisièmement, si papa le punit maintenant, l’enfant apprendra peut-être seulement à frapper ses petits frères et sœurs. Et s’il ne le frappe pas, l’enfant apprendra peut-être que, dans ce monde, on peut rester impuni et faire ce qu’on veut. Le père doit tenir compte de tous ces éléments lorsqu’il punit son fils.
Il arrive qu’une personne se mette, pour ainsi dire, à juger le Créateur.
Elle rencontre diverses difficultés et conclut : « Le Tout-Puissant me déteste ! » (D-ieu nous en préserve !). Quelque chose s’est produit dans sa famille, et elle a déjà des reproches à Lui adresser : « Tout-Puissant, j’ai pourtant prié ce matin, j’ai lu des Téhilim, alors pourquoi ? »
Mais avant de juger, qu’elle s’arrête une seconde et réfléchisse : à Qui s’adresse-t-elle ? Comme ce monde est beau ! D-ieu soit loué, elle est en vie, elle a une famille. Que de bienfaits le Tout-Puissant lui a accordés : elle a la Torah, elle récite chaque matin cette bénédiction : « Béni sois-Tu… qui ne m’as pas fait esclave. » Il faut tout prendre en compte !
Chaque fois que nous prenons une décision, nous devenons des juges, et il n’existe qu’un seul et unique moyen de trouver la décision juste : y associer le Tout-Puissant !
Nous devons nous habituer à ne décider que dans cet état d’esprit : « Je crois que le Tout-Puissant est le Créateur et le Souverain de toutes les créatures. » Dans chaque situation que nous rencontrons, arrêtons-nous une seconde et demandons-nous : comment le Tout-Puissant voit-Il cela ?
Cette idée est illustrée par une histoire que j’ai entendue d’un grand sage de la Torah. Elle s’est produite lorsqu’il étudiait à la yechiva de Mir auprès du grand machguia'h (guide spirituel), le rav Yérou'ham Leibovitz. Un jour, il devait se rendre à Varsovie pour une affaire quelconque. Il avait fait ses bagages et s’apprêtait à partir. Mais avant de partir, il fallait absolument prendre congé du machguia'h et recevoir sa bénédiction pour le voyage. La chambre du machguia'h se trouvait au tout dernier étage, et il fallait monter l’escalier. Après avoir gravi une marche, le jeune homme s’arrêta et réfléchit : « Que vais-je dire au machguia'h ? Que, pour telle et telle raison, je dois aller à Varsovie. » Il monta encore quelques marches et réfléchit de nouveau : « Que vais-je dire au machguia'h ? Que les raisons sont telles et telles… » Il monta ainsi en s’arrêtant plusieurs fois, jusqu’à arriver devant la porte. Là, il s’arrêta, fit demi-tour et redescendit l’escalier, puis regagna sa chambre et défit sa valise : il avait compris de lui-même que ce voyage n’était en réalité pas nécessaire.
Lorsqu’on s’adresse à un grand homme, capable de porter un regard critique et de vérifier ce qui est vrai, les choses apparaissent soudain sous un autre jour. Rien que d’y penser avait amené le jeune homme à changer de décision.
Il en va de même pour nous. Lorsque nous nous levons le matin et disons : « Je Te remercie, Roi vivant et éternel », c’est un moment d’évaluation et de réflexion.
À qui adresses-tu ta prière ? Combien de temps de notre vie le Tout-Puissant mérite-t-Il que nous Lui consacrions ? C’est cela, notre jugement.
En réalité, il y a ici un autre élément très important : le temps. Le temps est une denrée très précieuse. Le temps, au fond, c’est la vie. Gaspiller son temps, c’est gaspiller sa vie. Aujourd’hui, les gens n’ont pas le temps. Lorsqu’on demande un don à une personne riche, elle est souvent prête à faire un chèque, mais pas à rencontrer la personne qui la sollicite, pas à lui consacrer son temps. Il n’y a rien de plus précieux que le temps.
Or, chacun de nous est aussi juge en matière de temps : combien de temps il se consacre, combien il consacre à sa famille, combien il donne au Tout-Puissant.
Une personne récite une bénédiction. Elle n’a pas le temps. Elle est prête à consacrer quelques secondes au Créateur, pas davantage. Elle n’a pas assez de temps pour dire posément, en articulant clairement chaque mot : « Béni sois-Tu, Éternel, notre D-ieu, Roi de l’univers, par la parole de qui tout est venu à l’existence ! »
Et pourtant, si elle réfléchissait : « Comme le Tout-Puissant m’a aidé jusqu’à présent, que de choses je Lui dois ! Il mérite davantage de respect de ma part… »
Une personne juge aussi du temps qu’elle consacrera à ses enfants. Il arrive qu’un enfant pleurniche et qu’on lui dise : « Arrête de m’embêter ! » Si l’on demandait à ce père : « Peut-être pourrais-tu envoyer cet enfant dans un orphelinat ? De toute façon, tu n’as pas de temps pour lui ! », il répondrait certainement : « Non, là, c’est trop ! » Alors pourquoi n’es-tu pas prêt à l’écouter ? Cet enfant a pourtant des sentiments. Pense à l’avenir : avec l’aide de D-ieu, il te donnera de la joie, il te donnera des petits-enfants… Mérite-t-il vraiment qu’on lui coupe ainsi la parole en pleine phrase ?
On m’a un jour montré un article de journal dans lequel une femme écrivait que, lorsque les mères laissent leurs enfants avec une nounou, les enfants courent après leur maman et pleurent pour qu’elle ne parte pas. Cette femme écrivait donc que les enfants devaient, selon elle, comprendre que les mères ne sont pas faites pour rester avec eux tout le temps.
Mais c’est un mensonge ! Le rôle d’une mère est, en réalité, d’être avec ses enfants !
Aujourd’hui, nous regardons tout du point de vue des lois et des idées non juives. Mais le Tout-Puissant nous dit : « Je suis l’Éternel, qui aime la loi. » Interrogez-Moi ! La Torah a un point de vue sur toute question de la vie.
Il est dit dans le traité Berakhot (29) : « Quand tu te mets en route, consulte ton Maître, puis pars. Que signifie “consulte ton Maître” ? Rabbi Yaakov a dit au nom de rav 'Hisda : “C’est la prière du voyage.” » Lorsque l’on récite la prière du voyage comme il se doit, on consulte pour ainsi dire la sainte Chekhina, et il y a alors une chance que le Tout-Puissant nous accorde « bénédiction et réussite dans toutes nos actions ».
Dans chaque entreprise, vérifier si ce que nous faisons est important, nécessaire, ou non.
C’est cela, le jugement : michpat. Lorsque le Tout-Puissant fait partie de ce processus, le jugement sera fondé sur la vérité ; sinon, « ils ne connaîtront pas Ses lois ». C’est de cela que parle la paracha Michpatim. Les michpatim, les lois des relations humaines, ne sont pas établis par nous-mêmes, mais par le Tout-Puissant, « car le jugement appartient à D-ieu ! »
préparé par - Mme Léa Choukhman