Aujourd’hui, je voudrais vous révéler un secret : comment obtenir beaucoup à partir de peu. Supposons que vous ayez un shekel : grâce à mon secret, il se transformera en un million de shekels. Comment y parvenir ? Mieux encore, comment en faire autant avec des choses qui valent bien plus que l’argent…
Commençons par une histoire. Il y a très longtemps, dans une petite bourgade de Pologne, il y avait une boulangerie. Une boulangerie ordinaire, où l’on préparait des pains en anneau, du pain, des petits pains et des hallot pour Chabbat. Un jour, une annonce apparut sur la porte de la boulangerie : on cherchait un employé. Quelles qualités exige-t-on d’habitude d’un employé ? Le sens des responsabilités, l’habileté, l’ardeur au travail… Mais cette annonce disait tout autre chose : « Cherchons employé atteint de diabète. » Étrange !
Toute la bourgade était en effervescence : quelle drôle d’exigence ? En quoi les malades étaient-ils préférables, et qu’avaient donc de mauvais ceux qui étaient en bonne santé ?! Jusqu’à ce qu’un commerçant d’un certain âge passe devant cette boulangerie et dise :
— Pourquoi vous affoler ainsi ? C’est risible, vraiment. Je connais cette famille depuis l’époque de leur grand-père. Chez eux, l’avarice est héréditaire ! L’arrière-petit-fils porte encore le costume de bar-mitsva de l’arrière-grand-père ! Il est donc évident qu’il leur faut un employé diabétique qui, par peur de mourir, ne touchera à rien dans cette boulangerie !..
Que fait habituellement le Très-Haut pour un homme chez qui l’avarice est aussi développée que dans notre histoire ? Il lui envoie une épouse qui doit porter un casque pour se déplacer dans la cuisine. Pourquoi un casque, précisément ? Parce qu’elle est, justement, dépensière. Elle va faire les courses et remplit deux chariots à ras bord. Quand elle ouvre un placard de la cuisine, tout lui tombe sur la tête ! C’est pourquoi le Très-Haut les réunit généralement sous la houppa, pour qu’au cours de leur vie de couple, leurs traits de caractère se mêlent comme dans un mixeur et qu’ils parviennent au juste milieu. Bien sûr, à condition qu’ils travaillent à préserver leur mariage.
Mais nous voulons aider celles et ceux qui doivent lutter seuls contre l'avarice. Comment une personne avare peut-elle, par exemple, commencer à aller dans le sens opposé ? Prenons une femme chez qui l'avarice est inscrite dans les gènes. Si elle doit acheter quelque chose pour elle-même ou pour son enfant, elle sent qu'elle n'y arrive pas. Ouvrir son porte-monnaie lui est tellement pénible que cela lui semble tout simplement impossible. Comment l'aider à donner, par exemple, de la tsédaka ?
Dans la paracha Réé de notre sainte Torah, on trouve ce conseil (Devarim 15:10) : « Tu dois lui donner, et que ton cœur ne s'afflige pas lorsque tu lui donnes », en hébreu : « naton titèn lo vélo yéra lévavkha bétitekha lo ». L'auteur du livre Keli 'Hemda nous en donne une magnifique explication. Une personne qui a du mal à donner, qui a l'impression de mourir chaque fois qu'elle doit donner quelque chose à quelqu'un, pourra-t-elle soudain débourser 1000 dollars ? Non, mais ce n'est pas nécessaire. Un shekel, puis encore un shekel. Petit à petit. Naton titèn : donne par petites sommes ; vélo yéra lévavkha : tu n'auras pas peur de donner, ton cœur n'aura pas peur. Ainsi, progressivement, donner ne sera plus difficile. Rabbénou Ovadia de Bartenoura dit : « Même si une personne possède 100 pièces d'or, il vaut mieux qu'elle donne 1 pièce chaque jour plutôt que les 100 en une seule fois : elle s'habituera ainsi à donner. »
Et cela ne concerne pas seulement l'argent. Il est parfois difficile de partager ne serait-ce qu'un sourire, de soutenir quelqu'un par une parole bienveillante. Cela aussi viendra si l'on s'y exerce souvent, petit à petit. Alors, partager sa chaleur humaine ne sera plus difficile.
Voilà un conseil en or pour nous tous. C'est ainsi que nous transformerons un shekel en un million : en donnant peu, mais souvent, en nous habituant progressivement à donner, nous pourrons développer cette qualité en nous : donner aux autres. Nous pourrons devenir des personnes généreuses, capables de partager leur chaleur humaine.