Rabbanite Léa Gans
Éduquer, c’est poser des limites
L’enfant a besoin de limites. Le rav Wolbe disait que les enfants « délaissés », dont personne ne s’occupe, ressemblent beaucoup aux enfants gâtés, qui reçoivent une attention excessive. Le résultat est le même : la dégradation. Le problème réside dans l’absence de limites. Personne ne fixe de limites à l’enfant dont personne ne se soucie. Ni à celui à qui l’on ne dit jamais un mot de contradiction pour ne pas le contrarier. Dans les deux cas, l’enfant en souffre et ne se sent pas en sécurité. Il ressemble à une personne qui connaît mal son chemin dans un endroit où un pas à droite ou à gauche représente un danger, sans personne pour lui indiquer la bonne voie et la mettre en garde contre les erreurs.
Les limites au sein d’une famille peuvent être propres à cette famille. La notion de limites englobe le brossage des dents, le rangement, l’organisation de la journée et, bien sûr, la Torah et les mitsvot.
Apprendre à l’enfant à différer le plaisir
La célèbre expérience du marshmallow menée à Stanford sous la direction du psychologue Walter Mischel a montré combien il est important pour un enfant de savoir différer le plaisir. Le test consistait à proposer à l’enfant un choix : recevoir un marshmallow tout de suite, ou deux après une attente d’environ 15 minutes, pendant laquelle l’expérimentateur quittait la pièce et laissait l’enfant seul avec le marshmallow. En continuant à suivre les enfants des deux groupes, les chercheurs ont constaté que la vie des enfants capables d’attendre une récompense plus importante se déroulait mieux que celle des impatients.
Il est important que l’enfant apprenne à maîtriser ses désirs. Les enfants d’une famille qui respecte la loi juive savent qu’on ne peut pas tout manger, mais seulement les produits portant une certification de cacherout du type autorisé à la maison. Avant de manger un bonbon, l’enfant court donc demander à sa mère : « Maman, est-ce qu’on mange des produits avec ce type de hekhcher ? » Les enfants savent qu’on ne peut pas toujours allumer la lumière (Chabbat), manger (jeûne), écouter de la musique. Que nous ne portons pas n’importe quels vêtements. Que nous ne lisons pas n’importe quels livres, etc.
Il est écrit dans Michlé (25:28) : « Une ville en ruine, sans muraille : tel est l’homme qui ne maîtrise pas son esprit. » Celui qui ne maîtrise pas son esprit, c’est-à-dire dont les désirs sont sans frein, est un homme en ruine.
Les parents doivent partager le même avis
Dans la Torah, dans la paracha Ki Tetsé (Devarim, 21:18), il est dit : « Si un homme a un fils dévoyé et rebelle, qui n’écoute ni la voix de son père ni la voix de sa mère, et qu’ils l’ont réprimandé, mais qu’il ne les écoute pas. » Est-il écrit « la voix du père » et, séparément, « la voix de la mère » ? Si les parents ont des « voix différentes », s’ils ne partagent pas le même avis sur l’éducation de l’enfant, celui-ci n’écoute personne.
Dans ces familles, les enfants comprennent parfaitement comment agir. Si papa ne permet pas quelque chose, on va voir maman. Si maman ne donne pas quelque chose, on va voir papa. Souvent, les parents finissent par se disputer, car ils ne se sont pas encore mis d’accord sur la question. Les enfants sont de fins psychologues. Ils voient très bien comment se faufiler « entre les deux chaises » et obtenir ce qu’ils veulent de l’autre parent.
Si les parents ne partagent pas encore le même avis sur l’éducation, ils doivent en former un au plus vite, pour le bien des enfants. S’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord, ils peuvent toujours consulter un rabbin.
Les exigences ne doivent pas être trop nombreuses
Lorsque l’on fixe des exigences, il faut tenir compte du fait qu’il faudra veiller à leur respect. Il faut être cohérent et ne pas fermer les yeux sur les transgressions lorsqu’il s’agit de règles strictes.
Dans l’ensemble, les règles strictes ne doivent pas être trop nombreuses, afin, d’une part, de ne pas alourdir la vie des enfants et, d’autre part, d’éviter un manque de cohérence dans le suivi des transgressions.
Il peut y avoir des règles moins strictes, auxquelles on déroge parfois. Par exemple, dans une famille, il est convenu que tous les enfants se couchent à sept heures au plus tard. Mais il arrive que toute la famille soit invitée à un mariage qui se termine tard. La famille rentre bien après sept heures, et il est clair que, ce jour-là, la règle « se coucher avant sept heures » n’a pas été respectée. Elle reste pourtant valable les autres jours. C’est simplement une règle qui comporte des exceptions.
D’autres règles, par exemple celles qui concernent le fait de traverser la rue en courant derrière un ballon ou de jouer avec des appareils électriques, etc., tout comme certaines mitsvot (pour les enfants plus grands), doivent être strictes. Il est extrêmement important que les parents donnent eux aussi un exemple clair et fort du respect rigoureux de ces règles. Lorsqu’il voit que ses parents suivent les mêmes règles, l’enfant les accepte plus facilement.
Il est écrit dans la Torah (Chemot 19:3) : « Et Moché monta vers D.ieu, et D.ieu l’appela depuis la montagne, en disant : ainsi parleras-tu à la maison de Yaakov et annonceras-tu aux enfants d’Israël. »
Les femmes sont interpellées avec davantage de douceur, comme le dit Rachi. Et les femmes éduquent par des moyens plus doux, plus tendres, plus agréables. Notre tâche est d’attirer le cœur des enfants vers l’accomplissement des mitsvot. Le passage de Michlé cité plus haut, « Éduque le jeune homme selon sa voie ; même lorsqu’il vieillira, il ne s’en écartera pas », peut s’expliquer ainsi : toute sa vie, une personne restera sur la voie de l’éducation, c’est-à-dire qu’elle continuera à s’éduquer et à se construire elle-même. À un certain âge, l’enfant quitte le foyer parental ; il doit alors disposer d’une voie qui lui permette de devenir son propre éducateur.
Avant tout, la prière
Le meilleur moment pour prier pour nos enfants est immédiatement après avoir accompli une mitsva. Par exemple, après l’allumage des bougies de Chabbat ou le prélèvement de la ‘halla. On peut demander que l’enfant ait une compréhension claire, de bonnes qualités, une bonne santé…
Il est très important de prier pour l’enfant, surtout lorsque l’on rencontre des difficultés avec lui. On peut dire à l’enfant lui-même que maman prie pour lui. Les enfants apprécient beaucoup cela.
Quand peut-on avoir des exigences envers les enfants ?
Par exemple, même de jeunes enfants peuvent ne pas parler pendant le Kidouch ; en revanche, il leur est généralement difficile de rester à table pendant tout le repas. Il ne faut pas obliger les petits enfants à rester à table pour impressionner les invités par leur « bonne éducation ». Mais on peut déjà, par exemple, traiter un enfant de 12-13 ans [mais avec prudence] comme un adulte.
L’éducation à l’observance des mitsvot
Concernant les mitsvot négatives, nous savons qu’on ne peut donner d’aliments non cachères même à un bébé âgé d’un jour. Dans l’ensemble, la règle est la suivante : lorsque l’enfant comprend déjà qu’une chose est interdite, il faut l’en éloigner. L’enfant est prêt à respecter les interdictions de Chabbat lorsqu’il comprend ce qu’est Chabbat et ce que signifie « c’est interdit », c’est-à-dire à 3-4 ans. Cela concerne notre enfant, mais il faut également mettre en garde celui d’autrui si nous voyons qu’il s’apprête à transgresser une interdiction de la Torah.
Pour les mitsvot positives, comme les tsitsit ou l’ablution des mains, le moment arrive lorsque l’enfant peut les accomplir seul et faire tout correctement. On peut offrir des tsitsit à un petit garçon dès qu’il sait s’habiller correctement, sans s’embrouiller dans ses vêtements.
Pour commencer à accomplir les mitsvot qui nécessitent une compréhension, comme la prière et les bénédictions, il faut attendre que l’enfant puisse comprendre qu’il existe le Très-Haut, Créateur du monde.
Toute l’éducation liée aux mitsvot doit être imprégnée de joie, afin que l’enfant ait plaisir à penser à une mitsva.
Même le ménage d’avant Pessa’h doit être rendu joyeux et amusant. S’il faut récompenser l’enfant, on peut le faire, mais la récompense matérielle ne doit pas éclipser la satisfaction intérieure qu’il tire de l’acte lui-même. La douceur ne vient pas du bonbon, mais de la conscience intérieure : « je suis bon, j’ai bien agi ».
Préparé par Zissi Skarjinskaïa