Nechama Cheli

Conseils simples pour l’éducation — Les débuts doivent être joyeux

Le mot « éducation », en hébreu ‘hinoukh, a aussi un autre sens : commencement. La cérémonie d’inauguration d’une maison ou d’un établissement s’appelle ‘hanoukat habaït : le début de l’utilisation de cette maison. Que signifie le commencement dans l’éducation ? Cela signifie donner le ton, partir « du bon pied ». Dans le monde juif, les débuts doivent être joyeux…

Rabbanite Léa Gans

Conseils simples pour l’éducation — Les débuts doivent être joyeux

Le mot « éducation », en hébreu ‘hinoukh, a aussi un autre sens : commencement. La cérémonie d’inauguration d’une maison ou d’un établissement s’appelle ‘hanoukat habaït : le début de l’utilisation de cette maison. Que signifie le commencement dans l’éducation ? Cela signifie donner le ton, partir « du bon pied ».

Dans le monde juif, les débuts doivent être joyeux

Durant la première année suivant le mariage, le mari doit réjouir sa femme. [Le mari doit toujours le faire, mais la première année fait l’objet d’un commandement particulier de la Torah — N.D.L.R.] La première découverte des lettres par le tout-petit au ‘héder donne lieu à une petite fête avec des friandises. L’enfant perçoit tout à travers sa propre expérience. Or, cette expérience, il l’acquiert par ses sensations. On ne peut tout de même pas dire qu’à trois ans, un enfant assimile une information après de longues réflexions. Au contraire, c’est précisément par ses sensations qu’il saisira ce que vous souhaitez lui transmettre.

L’éducation juive accorde une grande place à la perception sensorielle. Roch Hachana, par exemple, c’est le son du chofar, les douceurs, les « symboles » comestibles de la fête sur la table. Souccot, c’est la soucca elle-même, ses décorations et les joyeuses célébrations musicales de « sim‘hat beit hachoéva ». Presque toutes les fêtes sont associées à des plats particuliers.

Un cri peut avoir un effet ponctuel sur l’enfant : « Ne touche pas, c’est mouktsé en ce moment ! » Mais pour expliquer le sens de l’interdit, pour faire comprendre les commandements, il faut donner à l’apprentissage une forme agréable et joyeuse. Sans l’alourdir, sans effrayer ni ennuyer. Tout ce que nous percevons comme un joug est lourd à porter. Mais en y mettant de la joie dès le départ, on peut regarder les mêmes choses autrement, ce qui aidera l’enfant à se comporter en conséquence.

Éduquer, c’est comme semer

Nous déposons dans l’enfant les germes de son comportement futur. Nous pouvons semer, mais c’est lui qui les fera grandir. Quel est le bon moment pour semer ? Quand peut-on commencer à éduquer ? Il faut avant tout constater que l’enfant a atteint la maturité nécessaire pour le processus éducatif, pour la chose précise à laquelle nous souhaitons l’initier. Et si nous voyons qu’il n’est pas encore prêt, il ne faut pas faire pression sur lui. Sinon, nous risquons de l’en détourner pour toute sa vie.

Prenons cet exemple. Un garçon de sept ans refuse d’aller à la synagogue avec son papa. Catégoriquement. Il n’en est pas question. Il accepte de jouer avec ses amis près du bâtiment, mais n’y entre pas. Une année passe en tentatives infructueuses pour convaincre ce garçon, déjà grand, d’entrer prier à la synagogue. On lui propose différentes possibilités : ne prier qu’un court passage, recevoir ensuite des friandises ; la réponse est « non ». Puis, soudain, au début de l’année suivante, à l’approche des fêtes d’automne, le garçon semble métamorphosé. Il se lève avec son papa, voire avant lui, et va prier. Bien plus, il refuse d’aller se coucher tant que ses parents ne lui ont pas promis de le réveiller à coup sûr pour aller à la synagogue avec son papa. On ne sait pas très bien quel a été le facteur décisif de ce changement d’attitude si soudain : un nouveau rebbe au ‘héder, le fait de grandir ou, malgré tout, les arguments des parents. Mais une chose est claire. L’enfant a mûri et atteint une nouvelle étape : maintenant, il va à la synagogue. Et que se serait-il passé si ses parents avaient insisté, crié, menacé ?

Le roi Chlomo écrit dans les Proverbes (22:6) : « Éduque le jeune selon sa voie ; même lorsqu’il vieillira, il ne s’en écartera pas ».

Certaines choses nous sont prescrites par les Sages. Cependant, dans l’ensemble du processus éducatif, il faut être très attentif et suivre les étapes auxquelles l’enfant est prêt.

Il est écrit dans la Torah (Genèse, 18:19) : « Avraham deviendra une nation grande et puissante, et par lui seront bénies toutes les nations de la terre. Car Je le connais, parce qu’il ordonnera à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Éternel, en pratiquant la bonté et la justice, afin que l’Éternel accomplisse pour Avraham ce qu’Il a dit à son sujet ». Rachi explique que le Tout-Puissant dit « Je connais » au sens de « J’aime » : lorsqu’on aime quelqu’un, on le rapproche de soi, on le connaît. Et pourquoi cet amour ? Parce qu’Avraham transmettra à ses enfants la voie qu’il suit lui-même, celle que l’Éternel lui a indiquée. C’est aussi notre tâche.

La maison doit être un lieu où l’enfant se sent bien

De nos jours, la maison est une forteresse. L’enfant doit s’y sentir en sécurité. Pour faire respecter ce que l’on demande, la méthode de la « fermeté calme » convient donc mieux. Si nécessaire, répétons notre demande à l’enfant. S’il ne réagit pas, conduisons-le par la main à l’endroit demandé. Mais il faut utiliser la force de son autorité parentale, et non celle de ses bras. Parfois, il suffit de comprendre pourquoi l’enfant ne fait pas ce que nous lui avons demandé.

Un exemple très courant : l’enfant est déjà au lit, mais n’arrive pas à s’endormir. Tantôt il a soif, tantôt il se lève d’un bond pour aller aux toilettes, tantôt il a faim… En réalité, il suffit souvent de s’asseoir avec lui sur son lit, de parler, ou plus exactement de l’écouter. Et voilà qu’il n’a plus ni faim ni soif et s’endort paisiblement. Il faut maintenir un certain degré de chaleur au sein du foyer.

Les situations stressantes

La précipitation conduit souvent à des erreurs. Dans sa hâte, une maman peut oublier de réciter la bénédiction après le repas, et l’enfant le remarquera et en prendra note. Dans une situation stressante, nous pouvons mal réagir au comportement de l’enfant et le punir sans avoir compris ce qui s’est passé.

Par ailleurs, une maman ne doit pas punir son enfant uniquement parce qu’elle est de mauvaise humeur ce jour-là. En temps normal, du jus renversé ne l’aurait pas mise en colère, mais l’aurait seulement contrariée. Pourtant, lorsqu’elle rentre du travail et des courses avec pour seul désir de s’affaler dans un fauteuil, ne serait-ce qu’un quart d’heure, ce jus renversé, le désordre dans le salon et les jouets éparpillés l’irritent beaucoup plus. Dans cette situation, le mieux est de prévenir tout de suite les enfants que maman a eu une journée difficile et qu’elle leur demande de ranger et d’aller se coucher sans complications inutiles.

Il arrive que l’enfant voie chez les autres des choses ou des comportements qui ne sont pas bienvenus chez nous. Il ne s’agit pas de commandements ; simplement, les règles de conduite de notre maison sont différentes. Nous expliquons calmement à l’enfant que, chez nous, on ne parle pas ou on n’agit pas ainsi. Certes, dans cette famille, les habitudes sont différentes, mais tu es notre enfant, et chez nous, on ne fait pas cela.

Il est parfois difficile de trouver en soi la force de rester dans son rôle de « parent ». Nous devons nous rappeler que cet enfant n’est pas arrivé dans notre maison sans raison : ce n’est ni une erreur ni un hasard. Si le Tout-Puissant nous a donné cet enfant avec ce caractère, ces difficultés et ces capacités, Il nous donnera la force de mener à bien son éducation et le discernement nécessaire (pour lequel il convient aussi de prier) pour savoir comment nous y prendre.

Préparé par Zissi Skarjinskaïa