Rabbanite Léa Gans
Dans l’éducation, nous cherchons à éliminer les comportements indésirables et à susciter ou renforcer les comportements souhaitables. La punition, tout comme l’encouragement, est une méthode éducative qui contribue à modifier le comportement. Par les punitions, nous essayons d’éliminer les comportements que nous jugeons inacceptables, et par l’encouragement, de renforcer une nouvelle bonne habitude.
Qu’est-ce qui peut constituer une punition ? Est-ce toujours un cri de réprimande, une tape ? Ou peut-on même punir par un regard, ou en manifestant moins d’amour que d’habitude ?
En réalité, une punition est tout acte qui amène l’enfant à éprouver « un esprit contrit », c’est-à-dire à regretter son geste. La punition peut être physique ou morale. Les punitions physiques sont faciles à comprendre : pour un petit enfant, il peut s’agir d’une tape. Les punitions morales peuvent s’exprimer par des paroles, par exemple : « Je suis déçue de toi », « Tu m’as fait de la peine » ; ou par une expression du visage : l’enfant regarde sa maman et comprend qu’elle est déçue.
Ma fille est récemment rentrée à la maison et m’a raconté qu’elle avait acheté quelque chose dont elle était très contente. Mais je n’ai manifesté mon admiration ni par mon expression ni par mes paroles. Cet objet coûtait très cher, trop cher à mon avis. Elle l’avait acheté avec son propre argent, et je n’avais aucune intention de la punir. Simplement, elle n’a pas lu sur mon visage l’enthousiasme qu’elle s’attendait à y voir. Elle a été contrariée : « J’ai fait les magasins, j’ai cherché, je l’ai acheté — et ça ne te plaît pas. » Je ne lui ai rien dit, mais elle a tout compris à mon expression. Ainsi, l’expression du visage peut également servir de moyen éducatif.
Nous pensons parfois à tort qu’une punition se limite à un coup, une tape ou une gifle. Nous commettons souvent l’erreur de prendre pour une punition un mouvement de colère irréfléchi, les accès de rage spontanés d’un parent envers son enfant. Par définition, ce n’est pas une punition. C’est simplement un parent qui perd le contrôle, et l’enfant s’est trouvé à sa portée. C’est de la colère, c’est la manifestation de mauvais penchants, mais ne donnez pas à cela le nom de punition.
Une punition est avant tout un acte réfléchi et ciblé.
Le parent doit être pleinement maître de lui-même ; sinon, par définition, il ne s’agit pas d’une punition, mais simplement du déversement sur l’enfant d’émotions négatives accumulées. La punition doit être réfléchie, mesurée et maîtrisée.
Que dit la Torah au sujet de la punition ? Devons-nous y recourir, ou pouvons-nous nous en passer ?
Nous savons qu’il est écrit : « Que la main gauche repousse toujours et que la droite rapproche. » Pour que l’essence de l’amour se manifeste (« la droite rapproche »), il faut aussi qu’il y ait une barrière, une punition (« la gauche repousse »). Le système éducatif moderne enseigne qu’il est temps de supprimer les punitions. Les parents et les enseignants doivent être les amis des enfants ; les punitions n’ont pas leur place, tout le monde est sur un pied d’égalité. Telle est l’attitude des psychologues modernes envers l’éducation. Cette approche repose sur l’idée que l’être humain naît sans défauts. Si les parents traitent leur enfant comme un ami, lui donnent tout ce dont il a besoin, lui témoignent de l’amour et de la tendresse, il grandira en devenant une personne bonne et aimante. Et l’enfant apprendra tous les mauvais traits de caractère à partir des mauvais comportements de ses parents et de son entourage.
Cette approche est erronée. Nous savons qu’il est écrit : « L’homme naît comme un ânon sauvage. » L’être humain naît avec le mauvais penchant. Et si les parents ne guident pas leur enfant et ne font pas preuve d’autorité parentale, il est peu probable qu’il devienne une bonne personne. Les enfants ont besoin de manifestations de l’autorité parentale ; ils les demandent et les réclament. Vous connaissez certainement des familles en difficulté où les enfants se conduisent mal, font des bêtises et crient pour que leurs parents adoptent envers eux une posture de guide, leur imposent des limites, voire les punissent. Là où l’on évite les punitions, on ne peut pas parler d’éducation, de « construction de l’être humain ».
La punition est une composante indispensable du processus éducatif.
Bien sûr, il vaut mieux punir aussi peu que possible et ne pas recourir à la force. Mais nous sommes tenus d’exercer notre autorité.
L’enfant doit savoir que son parent se situe à un autre niveau. Sans punitions, un enfant peut mettre ses doigts dans une prise électrique à 2 ans, s’engager à vélo sur la route à 3 ans, arracher les cheveux de son petit frère nouveau-né à 4 ans, etc. La situation normale est celle où l’enfant sait qu’en cas de danger, dans une situation désagréable, lorsqu’il risque de se faire du mal ou d’en faire aux autres, son parent sera là et l’arrêtera, l’empêchera de commettre une faute. Le parent applique aussi le principe « la droite rapproche », en montrant son amour et en encourageant les bons comportements, mais nous sommes parfois obligés d’appliquer « la gauche repousse » pour limiter, arrêter les mauvais comportements.
Un petit enfant ne comprend souvent pas les explications de son parent sur le danger de certaines choses et de certains actes. Un petit frère vient de naître. Bien sûr, les parents essaient de rapprocher les frères et expliquent comment l’aîné va maintenant aider à s’occuper du petit : tu apporteras la serviette, la couche, la tétine. Mais si l’aîné frappe ou mord le petit, il recevra une tape de sa maman et comprendra que cela suffit, que la limite se situe là et que ce comportement est inacceptable. « Je ne le ferai plus, ce n’est pas dans mon intérêt. »
Lorsque l’enfant grandira, il recevra d’autres punitions pour des fautes plus graves (si nécessaire). L’enfant ne doit pas considérer son parent comme si leur compréhension des choses était la même. Au contraire, aux yeux de l’enfant, son parent possède un regard d’adulte sur la vie, une plus grande expérience, une capacité approfondie à évaluer les situations et un état d’esprit équilibré. Lorsqu’un tel adulte est à ses côtés, l’enfant grandit en bonne santé spirituelle. C’est l’éducation que la Torah nous commande de donner.
Préparé par Zissi Skarjinskaïa