Rabbanite Esther Offengenden
Mais peut-être tout cela n'est-il que des détails : perruques, tailleurs, cosmétiques. De simples astuces féminines ?
Le roi Chlomo commence le livre de l'Ecclésiaste par des mots qui, dans la traduction poétique russe, sont généralement rendus par « vanité des vanités ». En réalité, le mot « hével » signifie en hébreu quelque chose comme de la vapeur. Par exemple, la brume matinale au-dessus de l'herbe ou la vapeur qui se forme sur le couvercle d'une casserole lorsque l'eau bout. Dans cette célèbre phrase, le mot « hével » revient sept fois. Autrement dit, si l'on met une casserole sur le feu, puis une deuxième par-dessus, qui chauffe sous l'effet de la vapeur et non du feu, puis une autre au-dessus, et ainsi de suite sept fois, la vapeur qui s'élèvera de la septième casserole représente notre monde avec tous ses plaisirs et toutes ses préoccupations.
Je regarde autour de moi et je ne comprends pas le roi Chlomo. Le monde que je vois est complexe, magnifique, étonnant !
Le ciel, la mer, les montagnes, les déserts... Je marche dans Jérusalem. Même aujourd'hui, en l'absence du Temple, elle est si belle ! Nos Sages disent : « Dix canaux de beauté sont descendus dans le monde. Jérusalem en a pris neuf. » Et que voyait donc le roi Chlomo ? Le Tout-Puissant a créé pour nous un monde si merveilleux : comment peut-on le qualifier de « vapeur de vapeur » ?!
Le roi Chlomo dit :
— Si tu regardes le monde, ta propre vie, en donnant la première place au matériel, tu ne profites que de la vapeur de vapeur. Et toute ta vie ne sera que confusion, futilités, insatisfaction. Car celui qui a 100 veut 200 ! Mais si tu vois l'essence des choses, tu peux apprécier la saveur, la couleur et l'importance de chacune.
Cela signifie que nous pouvons comprendre pourquoi le Tout-Puissant a donné à la femme la beauté, la coquetterie, la capacité et le désir de plaire.
Et si une femme a une juste échelle de valeurs, si sa relation avec son mari compte davantage pour elle que l'impression qu'elle produit sur les autres, elle saura comment et quand user de son « pouvoir féminin ».
Il arrive qu'une femme soit tellement occupée par son travail, ses enfants et ses responsabilités dans la communauté qu'elle n'ait plus assez de temps pour échanger avec son mari. Peu à peu, une petite cloison s'élève entre eux, puis se transforme en mur. Et voilà que les enfants grandissent et quittent la maison, construisent leur vie et fondent leur famille ; l'heure de la retraite arrive, et les deux êtres qui vivent côte à côte se retrouvent seuls, l'un avec l'autre... Ils peuvent être devenus étrangers l'un à l'autre.
La rabbanite Schwadron racontait que, dans leur jeunesse, ses amies et elle, occupées toute la journée par les travaux de la maison et leurs jeunes enfants, attendaient avec impatience le retour de leur mari.
Et dès que le mari passait la porte - sa femme disparaissait. L'homme dînait, tandis que son épouse courait au « club des femmes » pour s'asseoir tranquillement avec ses amies, partager les bons mots des enfants, des recettes et des idées pour tenir la maison. C'étaient des moments très agréables !
Mais un jour, la rabbanite Schwadron se demanda quand elle avait passé du temps avec son mari pour la dernière fois, sans parvenir à s'en souvenir... Ce soir-là, elle resta donc à la maison.
De retour chez lui, le rav Schwadron s'assit pour dîner. Comme à son habitude, il s'entoura de livres. La rabbanite était assise en face de lui et le regardait manger. Au bout d'un moment, elle demanda :
— Tu trouves ça bon ?
— Oui, oui, merci !
— Et qu'as-tu mangé ?
Son pauvre mari essaya en hâte de regarder dans son assiette ce qu'il venait de manger, pour pouvoir répondre — mais elle était déjà vide...
— Merci beaucoup pour le dîner. Seulement, explique-moi ce qui s'est passé. Tu t'es disputée avec quelqu'un ? Pourquoi n'es-tu pas allée retrouver tes amies ?
— Je ne me suis disputée avec personne, je veux simplement passer un moment avec toi.
— Pendant le dîner ? Et qu'allons-nous faire ?
— Parler...
— Bien sûr. Mais d'abord, prends une feuille de papier et écris cette annonce : « Le cours du rav Schwadron de mardi soir est annulé. » Car c'est pendant le dîner que je prépare ce cours.
— Il ne faut pas annuler le cours ! Pouvons-nous étudier ensemble ? Peut-être puis-je prendre des notes pour toi ?.. Mais nous devons absolument passer du temps ensemble !
— Moi, concluait la rabbanite en racontant cette histoire instructive, j'ai réussi à sauter dans le dernier wagon, mais beaucoup de mes amies ont raté le train...
Il est très utile de faire régulièrement le point sur soi-même :
— Est-ce que je vis en accord avec ce que je considère comme important ?
— Combien de temps par jour, par semaine, par mois est-ce que je consacre à mon mari, et combien à mes enfants ?
— Est-ce que je pense à me promener avec mon mari ? Est-ce que je me souviens que c'est parfois plus important que d'emmener les enfants à l'aire de jeux ?
— Est-ce que je veille à ce que le travail n'accapare pas tout mon être et laisse une place à la famille ?
Chacun peut prolonger cette liste et en faire un outil utile pour travailler sur soi. Alors, avec l'aide de D.ieu, nous ne raterons pas le train le plus important de notre vie.
À suivre