Rabbanite Léa Gans
Notre sujet d’aujourd’hui : « Comment donner à un enfant l’envie de faire ce qu’il faut ». Cela peut paraître peu clair, mais je vais m’expliquer. Par exemple, un enfant a le choix : aller étudier ou aller jouer. Qu’est-ce qui l’aidera à choisir l’étude ?
J’ai interrogé mon mari, mes amies et les femmes de ma famille, mais je comprends de plus en plus qu’il n’existe aucun « tour » qui, par magie, convaincrait un enfant d’avoir envie de faire ce qu’il faut : étudier, aider ses parents. Entre un jeu et une activité sérieuse qui demande des efforts, bien des enfants ne choisiront pas l’activité sérieuse. C’est donc une question qui préoccupe tout le monde. Toutes les mamans voudraient connaître ce secret, mais les enfants sont différents, et il n’existe aucun conseil « universel » qui conviendrait à chacun. Cependant, j’ai persévéré et j’ai réussi à recueillir quelques conseils et exemples vécus où l’on avait su donner aux enfants l’envie de faire ce qu’il faut : étudier, aider à la maison, faire du ‘hessed, de telle sorte que cela devienne leur propre désir.
Le rôle de la mère
Quel est notre rôle, à nous, les femmes, pour faire naître le désir chez un enfant ? Le rav Schlanger écrit dans son livre « Ohel Yaakov vé-Léa » que la femme est la source qui fait naître le désir. Autrement dit, c’est précisément la femme qui fait naître chez l’enfant l’envie d’accomplir quelque chose. Ce processus commence dès le ventre maternel. Dès qu’une femme apprend qu’elle est enceinte, elle doit commencer à prier pour que l’enfant ait le ratson (désir) de faire le bien.
Le ratson est un don du Tout-Puissant, mais il dépend beaucoup de la future maman : de ce qu’elle entreprendra et de l’importance qu’elle y attache.
On connaît des midrachim qui décrivent comment une mère a influencé la grandeur future de son fils dans la Torah. Il est écrit à propos de Rabbi Yéhochoua ben ‘Hanania : « Heureuse (méritante) celle qui l’a mis au monde. » Comment sa mère s’était-elle ainsi distinguée ? Pendant sa grossesse, elle se tenait près de la sortie de la maison d’étude et demandait aux Sages une bénédiction pour son futur fils : « Je vous en prie, implorez la miséricorde pour mon fils, afin qu’il soit intelligent. » Elle aussi priait beaucoup pour lui. Puis, après sa naissance, elle le plaçait dans son berceau près de la maison d’étude, afin qu’il entende les paroles de Torah dès le berceau. Rabbénou Yona écrit que, dès le début de la grossesse, la mère doit prier pour que son enfant soit « vif et perspicace dans la Torah ».
Il en allait de même pour la mère du roi Chlomo. Chacune des femmes de David priait pour que son fils devienne roi après David. Bat Chéva, quant à elle, priait pour que son fils soit digne de la prophétie et de la sagesse. Il a finalement mérité l’une et l’autre, ainsi que la royauté. Lorsque Bat Chéva le punissait, elle lui disait : « Tout le monde sait que ton père était un homme juste qui craignait D.ieu, et si tu commets une faute, les gens diront que c’est ta mère qui t’a corrompu. Toutes les femmes de la maison de ton père priaient pour que leurs fils soient dignes de régner, tandis que moi, je priais pour que mon fils soit digne de la prophétie et que (son intérêt se porte sur) la sagesse de la Torah. » Que veut-elle dire ? Si tu as envie de t’occuper des futilités de ce monde, on n’en accusera pas ton père juste. On m’en accusera, moi. Mais j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir ! J’ai prié pour toi, apporté un sacrifice au Temple et imploré. Tu dois donc te garder des choses indésirables, afin qu’on ne dise pas que c’est ma faute.
Tout cela nous enseigne quelque chose d’important pour nous.
L’apport maternel commence dès l’époque où la mère et l’enfant sont inséparables : c’est alors que maman inscrit dans l’âme de l’enfant le ratson et l’importance des choses liées à la sainteté.
Plus tard aussi, l’enfant observe ses parents : qu’est-ce qui compte vraiment pour eux ? La meilleure note à un examen de mathématiques ou un certificat de mérite pour avoir appris un séder (section) de la Michna ? Quelle est la réaction de maman ? Devant le certificat, elle dit : « Oui, bravo », et poursuit ses occupations, tandis que pour l’examen, elle s’exclame : « Oh ! Quel enfant intelligent ! Tout à fait exceptionnel ! » L’enfant comprend immédiatement ce qui compte vraiment pour son parent. Dans ce qui compte réellement pour sa mère, il ne voudra pas la décevoir. J’ajouterai qu’il faut y prêter attention et en montrer l’importance dès que l’enfant nous apporte ce certificat.
Nous, parents, voudrions insuffler à notre enfant un tel élan vers la Torah et les bonnes actions qu’il l’accompagne tout au long de son enfance et se prolonge après son mariage — jusqu’à 120 ans.
La tâche de maman est d’éveiller cet élan par tous les moyens. Mais, quels que soient les moyens que nous employons, la base de tout — ce sont les émotions. Les femmes sont plus émotives. Et c’est précisément cela qui doit nous aider à éveiller le ratson dans le cœur de l’enfant, en montrant l’importance de certaines choses.
Dans le livre de Chmouel (I, 2:19), il est écrit que Hanna a cousu pour Chmouel un méïl katan, un vêtement pour un garçon de 2 ans. Selon l’un des commentaires, ce méïl grandissait d’année en année avec Chmouel. Et c’est aussi dans ce vêtement qu’il fut emporté au ciel. Quel était donc ce méïl que sa mère lui avait cousu ? Le midrach explique qu’il s’agit du ratson que Hanna avait donné à Chmouel. Même lorsqu’elle n’était pas auprès de lui, c’était comme si elle continuait à lui transmettre ce message : voici le méïl spécial que j’ai cousu pour toi lorsque je t’ai consacré au service du Tout-Puissant. Ce méïl était le symbole du ratson de sa mère. Pour nous, à quoi correspondra un tel ratson ? Préparer de bons repas à notre fils qui étudie à la yéchiva, préparer ses vêtements, même à une heure tardive, lui faire un gâteau pour le voyage.
La Guemara raconte comment les parents accueillaient leurs fils à leur retour de la maison d’étude. « Rav Yaakov bar Abba dit à Abayé : “Quand je rentrais à la maison, papa me donnait un verre et maman versait le vin.” » Cela nous montre que, déjà à l’époque, les parents accordaient beaucoup de valeur à l’étude de leurs fils. À plus forte raison de nos jours, où les tentations sont si nombreuses. Par exemple, en hiver, après le repas du soir de Chabbat, quand il fait chaud à la maison, on n’a qu’une envie : lire ou se glisser sous une couverture pour dormir. Si notre fils sort dans le froid pour aller étudier, il faut sans aucun doute réunir tout le monde et le féliciter en famille : « Quel garçon vertueux nous voyons grandir ! » Et, à son retour, lui préparer un verre de thé chaud, afin qu’il sente qu’on l’attendait, ce que représentent pour nous son étude et le fait qu’il ait surmonté l’envie de rester à la maison sous une couverture bien chaude.
À suivre
Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa