Nechama Cheli

Échet ‘Haïl - Elle se procure de la laine et du lin

« Elle se procure de la laine et du lin et s’adonne volontiers aux travaux d’aiguille »… Il existe de nombreuses tâches qu’une femme n’est pas tenue d’accomplir elle-même. Il lui suffit de donner des instructions, et tout sera exécuté par d’autres. L’exception est la confection de vêtements, surtout lorsqu’on travaille des matières coûteuses (la laine et le lin ont toujours été très pris…

Rabbanite Hava Kouperman

Échet ‘Haïl - Elle se procure de la laine et du lin

« Elle se procure de la laine et du lin et s’adonne volontiers aux travaux d’aiguille »…

Il existe de nombreuses tâches qu’une femme n’est pas tenue d’accomplir elle-même. Il lui suffit de donner des instructions, et tout sera exécuté par d’autres. L’exception est la confection de vêtements, surtout lorsqu’on travaille des matières coûteuses (la laine et le lin ont toujours été très prisés). Ce travail exige un savoir-faire particulier et la femme l’accomplit de ses propres mains, « avec le désir de ses paumes ».

Ève, en provoquant le premier péché de l’Homme, a fait naître chez les humains le besoin de vêtements. Et elle répare maintenant ce péché. Voilà pourquoi, dans le judaïsme, le métier féminin est associé au telekh — le fuseau.

Selon le Midrach ha-Gadol, le verset cité plus haut est consacré à Léa. Ses descendants sont les lévites, dont sont issus les cohanim, les prêtres. Le lévite Aaron devint le premier grand prêtre. Ses vêtements destinés au Service devaient contenir un mélange de lin et de laine (ce qu’on appelle le chaatnez, interdit à un Juif ordinaire). Ce mélange dans les vêtements du Service devait expier le premier meurtre au monde, commis à cause d’une offrande. (Caïn tua son frère cadet Abel parce que le Très-Haut avait répondu à l’offrande d’Abel et l’avait acceptée, mais n’avait pas accepté celle de Caïn).

La racine du péché est la jalousie du frère aîné envers son cadet.

Comme il est dit dans la Torah, Caïn apporta son offrande des fruits de la terre. Une tradition nous enseigne qu’il s’agissait de lin (c’est ce que disent Rachi et les commentaires sur Rachi).

(Si l’on utilise le système du milouï (« ajout ») et que l’on examine les noms des lettres qui composent le mot korban, offrande, on constate que les deux dernières lettres forment le mot pichtan (lin). Le fait que pichtan se trouve à la fin du mot korban, indique qu’il s’agit en quelque sorte d’un reste. En effet, Caïn n’apporta pas ce qu’il y avait de meilleur, « pas ce qui était honorable », mais ce qui restait).

Et, à partir de ce moment, les premiers-nés commencèrent à rencontrer des problèmes. Le Très-Haut fait en sorte que le premier-né ait toujours des qualités inférieures à celles du deuxième fils. Cela est nécessaire pour que le premier-né se corrige et extirpe la jalousie de son cœur. (Malheureusement, ce travail est difficile et il est loin de toujours réussir).

Les exemples sont connus : Ismaël et Isaac, puis Ésaü et Jacob, puis les fils de Jacob et Joseph.

Il en va de même pour les enfants de Joseph, Éphraïm et Manassé. (Souvenez-vous de la manière dont Jacob, en les bénissant, intervertit leurs places et fait passer le premier au second rang).

Selon une opinion, lorsque nous bénissons les enfants à l’entrée de Chabbat, nous évoquons Éphraïm et Manassé précisément parce que ce fut le premier cas où le frère aîné ne jalousa pas son cadet.

Le deuxième exemple de ce type est celui d’Aaron et de Moïse. Souvenez-vous : le Très-Haut envoie Moïse en Égypte pour qu’il libère le peuple juif de l’esclavage. Moïse ne veut pas partir, car il estime ne pas en avoir le droit : il a un frère aîné, Aaron, et c’est la mission du premier-né. Le Très-Haut rassure Moïse : « Aaron se réjouira pour toi et te soutiendra en tout ! »

À Aaron, D.ieu dit : « Tu viens de réparer le péché de Caïn. C’est pourquoi toi et tes descendants pouvez porter ensemble du lin et de la laine. »

Mais il existe aussi une autre opinion, selon laquelle ce verset parle de Sarah.

Que signifie « le lin et la laine » ?

Le symbole d’Isaac est l’agneau offert en sacrifice à sa place. La laine est ce que l’on prélève sur la brebis. Le lin symbolise Ismaël, car la mère d’Ismaël, Agar, était égyptienne. L’Égypte était réputée pour son lin ; on l’appelait le pays du lin, et l’on savait y fabriquer un lin particulièrement fin. (Les momies égyptiennes étaient enveloppées de lin).

C’est précisément pour cette raison qu’il est interdit de mélanger la laine de mouton avec du fil de lin. Sarah dit : « Le mélange de lin et de laine est interdit ; Isaac et Ismaël ne peuvent pas vivre dans la même maison. »

« Elle est semblable aux navires marchands ; elle fait venir son pain de loin »...

En effet, un navire marchand doit parcourir un chemin long et difficile pour livrer au port les marchandises nécessaires.

De même, Rachel, à qui ce verset est associé, dut parcourir un long chemin dans la prière avant de pouvoir obtenir de D.ieu un fils. Comme un navire solitaire au cours de sa traversée, elle était seule, elle aussi. Personne ne l’aida, pas même son mari bien-aimé. Lorsqu’elle lui demanda de prier pour que D.ieu lui donne un fils, il répondit : « Suis-je donc à la place du Très-Haut ? » Le Midrach dit qu’à propos de la naissance de Joseph, il est écrit : « Et le Très-Haut se souvint de Rachel. » (De Rachel, et non de Jacob !)

À suivre

Nous remercions la revue « La Voix de Jacob » et personnellement Mme Alla Feldman pour le texte fourni.