Rabbanite Esther Offengenden
Elle tend sa paume au pauvre, et ses mains à celui qui est épuisé…
Il s’agit ici de la femme de Tsarfat qui, pour nourrir le prophète Éliyahou, lui tendit du pain dans sa paume.
(Au fond, ce geste n’est qu’un acte physique, une manifestation visible, la forme que prit l’épreuve destinée à la veuve. Le prophète n’avait besoin ni d’eau ni de pain : il accomplissait la volonté du Créateur. Cela ne signifie pas que l’épreuve était facile pour la veuve. Pour donner jusqu’à sa dernière goutte d’eau et à son dernier grain de farine, cette femme dut mobiliser tout son courage et toute son abnégation. En conséquence, le Très-Haut la bénit en faisant en sorte que la farine et l’huile ne s’épuisent jamais dans sa maison).
Mais que signifient « sa paume » et « ses mains » ? « Sa paume » désigne ce qu’elle donne au pauvre, à celui qui est dans le besoin. En revanche, elle tend les deux mains à celui qui est épuisé et assoiffé (tourmenté par le désir). Pour celui-là, une paume ne suffit pas : il faut lui tendre les deux mains.
Un parallèle apparaît ici avec Naomi, qui conduisit Ruth là où celle-ci désirait ardemment aller.
La racine du nom Ruth, en hébreu, signifie « désaltérer ». Et il est dit que Naomi voyait à quel point Ruth voulait être avec le peuple juif : « Je n’irai nulle part ailleurs ; là où tu iras, j’irai ; comme tu seras, je serai ; partout, je serai avec toi et ton peuple… Ton peuple est mon peuple ! Ton D.ieu est mon D.ieu ! »
Voici l’une des traductions possibles du verset suivant :
Les membres de sa maisonnée ne craignent pas la neige : ils portent tous des vêtements chauds...
Il existe aussi une autre traduction, plus précise. « Elle ne craint rien pour les membres de sa maisonnée : la neige ne leur fait pas peur, ils portent tous des vêtements de fil écarlate » (du fil teint en rouge ; on teignait généralement ainsi la laine, et il est évident que les vêtements de laine tiennent chaud).
Selon la tradition, ce verset parle de Ra'hav. Rappelons à nos lecteurs que le livre de Yéhochoua raconte que Ra'hav, qui avait caché les espions juifs dans sa maison située dans le rempart de la ville, les a aidés à échapper à leurs poursuivants en les faisant sortir de la ville par sa fenêtre. Ils sont descendus à l’aide d’une corde de fil écarlate (rouge) (voir chapitre 2, verset 18).
En partant, les espions ordonnèrent à Ra'hav d’attacher un cordon rouge à sa fenêtre : il garantirait qu’elle et ses proches seraient épargnés lorsque les Juifs arriveraient à Jéricho.
La neige est un symbole de destruction et de mort : elle enveloppe tout ce qui l’entoure de froid et d’engourdissement.
Une personne morte est froide. Une personne vivante est chaude. La vie, c’est le feu. La vie, c’est le sang rouge et chaud. La famille de Ra'hav ne craint pas la neige : tous les membres de sa maisonnée sont vêtus de rouge. Ils ne seront pas anéantis lors de la prise de la ville.
L’identité des émissaires qui ont été sauvés est également intéressante. Selon un avis, il s’agissait de Calev et de Pin'has (cette fois, on avait envoyé les hommes les plus éprouvés pour éviter que la tragédie survenue quarante ans auparavant ne se reproduise).
Selon un autre avis, il s’agissait de Pérets et de Zéra'h, les jumeaux de Tamar. Pourquoi ? Parce qu’à sa naissance, on avait attaché un fil rouge à la petite main de Zéra'h.
Nous avons déjà dit que dix prophètes et prêtres descendaient de Ra'hav. Selon un avis, ils n’étaient pas dix, mais onze, car 'Houlda, une descendante de Ra'hav, était elle aussi prophétesse. Au passage, le beau-père de 'Houlda s’appelait Tikva. Quant au fil que Ra'hav attache à la fenêtre, elle l’appelle « tikvat 'hout hachani ».
Le fil rouge est en laine, mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle il réchauffe. Le rouge est une couleur chaude, préférable à toute autre en hiver ; psychologiquement, par grand froid, on se sent beaucoup plus à l’aise dans des vêtements aux couleurs chaudes.
à suivre