Rabbanite Hava Kouperman
ECHET 'HAÏL (Michlé, 31:10-31)
Le chant « Echet 'Haïl » (« Une épouse de valeur ») clôt le livre « Michlé » du roi Salomon. Il est écrit sous forme d’un acrostiche, dans lequel chaque vers commence successivement par la lettre suivante de l’alphabet, couvrant ainsi tout l’alphabet, de la première à la dernière lettre.
Mais pourquoi le roi Salomon a-t-il inclus ce chant précisément dans « Michlé », le livre de ses Proverbes ?
Dans l’une des sections précédentes consacrées à Bethsabée, épouse du roi David et mère de Salomon, nous avons déjà accordé un peu d’attention à cette œuvre. Il convient à présent de nous y arrêter plus en détail. (Que le lecteur nous pardonne les éventuelles répétitions).
Ainsi, « Echet 'Haïl » fut composé et chanté par le roi Salomon en l’honneur de sa mère Bethsabée, après qu’elle l’eut sévèrement réprimandé.
Voici ce qui s’était passé.
À la mort de David, Salomon, âgé de douze ans, monta sur le trône et devint roi. Dès cet instant, personne dans le royaume ne peut lui dire le moindre mot désagréable : il est le Roi ! Seule sa mère continue de l’éduquer. Un matin, Salomon arrive en retard au début du Service (les prêtres ne commençaient pas les sacrifices avant son arrivée). Ce jour-là, le roi avait une raison valable : la veille avait eu lieu son mariage avec la fille du pharaon, suivi de la nuit de noces ! Mais Bethsabée estimait que tout cela ne justifiait pas son retard au Service, et Salomon rapporte dans « Michlé » les « paroles par lesquelles sa mère l’exhortait ».
Nous ne les citerons pas intégralement ; arrêtons-nous sur une seule phrase : « Quoi, mon fils ? Quoi, fils de mes entrailles ? Quoi, fils de mes vœux ?! ».
Aucune des épouses de David, en priant le Très-Haut de lui accorder un enfant, ne demandait pour elle-même un fils qui serait un juste. Seule Bethsabée le demandait. Les autres épouses voulaient des enfants en bonne santé, beaux et robustes, qui deviendraient les héritiers de David : riches, forts et puissants. C’est dans ce but qu’elles faisaient des vœux. Mais pour Bethsabée, l’essentiel était que son futur enfant soit un juste.
« Qu’adviendra-t-il donc de mes vœux si tu agis sans droiture ? », demande-t-elle à son fils. Et Salomon comprend : sa mère a raison, il faut écouter sa voix et la remercier pour ses conseils.
« Echet 'Haïl » est précisément ce remerciement.
On considère que l’éloge d’une femme peut s’exprimer sous l’une de vingt-deux formes. « Echet 'Haïl » comporte vingt-deux vers (autant que de lettres dans l’alphabet). Salomon utilise donc ici les vingt-deux formes de louange. Le maximum ! On ne peut aller plus haut !
Cela correspond au niveau le plus simple. On peut aller plus en profondeur.
Nous le ferons la prochaine fois...