Rabbanite Léa Gans
La construction d’un foyer juif est étroitement liée à un autre sujet : la construction de sa propre personnalité. Cela prend une importance particulière à l’approche du mois d’Eloul.
Tout au long de sa présence dans ce monde, jusqu’à 120 ans, l’être humain doit travailler sur lui-même. Il peut y consacrer tout le temps qui lui est imparti, toutes ses ressources et toutes les possibilités qui s’offrent à lui, notamment la vie familiale. Celle-ci offre généralement de nombreuses occasions de garder le silence, de retenir sa colère, de maîtriser son orgueil… Si nous parvenons à corriger ne serait-ce qu’un seul trait de caractère, le sentiment que nous en éprouvons est incomparable.
Si nous parvenons à atténuer notre égocentrisme et, grâce à l’amour, à intégrer notre mari à notre « moi », nous serons récompensées par un sentiment de sérénité, de satisfaction et de joie.
L’effet des défauts de caractère sur l’âme est comparable aux ravages qu’une tumeur cancéreuse — que D.ieu nous en préserve — inflige au corps humain. Si on ne l’enlève pas lorsqu’elle est encore petite, elle grandira et propagera des métastases jusqu’à tuer la personne qui la porte — que D.ieu nous en préserve.
Chacun connaît ses qualités et ses faiblesses. Et le travail sur les défauts de caractère ne se fait pas en un jour. C’est un travail constant, mais son résultat guérit notre âme et, par conséquent, notre corps aussi. Toutefois, si l’on n’y investit pas d’efforts, les défauts de caractère prennent possession de la personne et la soumettent à leur emprise ; elle ne peut plus réfréner ses élans et commence à nuire à elle-même et à son entourage. Le mauvais penchant se propage en elle comme une tumeur maligne. Peu à peu, aux yeux de son entourage, elle devient une mauvaise personne dont il vaut mieux s’éloigner — comme « morte » aux yeux de la société. Les derniers à s’éloigner d’elle sont ses proches les plus intimes, sa famille, mais ce sont généralement eux qui souffrent le plus de son comportement. C’est pourquoi il faut particulièrement s’efforcer de travailler sur ses traits de caractère au sein de la famille, avec méthode et application.
Travailler sur soi
En général, une épouse sait quels traits de caractère… son mari doit corriger. Lorsqu’elle entend dire qu’il faut travailler sur les défauts de caractère dans la famille, elle se frotte les mains et dit : « D’accord, alors voilà : tu dois travailler sur… » Suit une liste mûrement réfléchie, souvent loin d’être courte. Le problème, c’est qu’il est presque impossible de corriger quelqu’un d’autre. Une longue expérience le confirme.
Mais ce n’est pas non plus ce dont il est question. Chacun travaille sur lui-même, se corrige, et tous deux peuvent profiter du résultat et en être fiers. La seule difficulté est que chacun est aveugle à ses propres défauts et a tendance à se justifier. « Le pot-de-vin aveugle les sages et fausse les paroles des justes » (Devarim, 16:19). Chacun se voit presque parfait : il y a peut-être quelques imperfections, mais, dans l’ensemble, ce sont des détails. Chez l’autre, en revanche…
Comment être honnête avec soi-même ? Voir ses défauts dans toute leur ampleur réelle ? Cela demande une certaine maturité. Il faut évaluer ses propres traits de caractère avec une attitude d’adulte et se regarder de l’extérieur, sans parti pris.
Pour pouvoir comparer, il faut avoir des repères. On peut prendre pour modèle une personne juste, ou s’appuyer sur des livres d’éthique juive qui décrivent le travail sur les traits de caractère.
Travailler sur soi sans s’accabler
L’autocritique ne doit pas s’accompagner d’abattement : il est très difficile de travailler dans un état proche de la dépression, car les forces s’épuisent vite. Au contraire, il faut cultiver un sentiment d’attente joyeuse, l’espoir d’un changement pour le mieux. Même si un trait de caractère est présent chez quelqu’un depuis sa naissance, s’il s’efforce de le modifier, il obtiendra des résultats avec l’aide de D.ieu. Et lorsqu’il voit comment sa nouvelle manière d’être influence sa famille, son foyer et toute sa vie, et comment tout s’améliore avec lui, cela lui donne de nouvelles forces et une immunité intérieure face à toutes les difficultés de la vie.
Les traits de caractère se transmettent
De plus, ce travail ne disparaîtra pas lorsque la personne quittera ce monde : ses enfants en hériteront. J’ai entendu parler d’une famille dont la vie était pleine d’épreuves. Les difficultés les guettaient sans cesse, mais, ensemble, ils résistaient à tous les malheurs et préservaient leur famille. Lorsqu’on demanda à l’épouse comment ils avaient réussi à surmonter toutes ces épreuves, elle répondit : « Je ne sais vraiment pas quoi répondre à cette question. Tout s’est fait avec l’aide du Ciel. Mais j’avais constamment devant les yeux l’exemple de mes parents, qui avaient eux aussi vécu une vie difficile, mais ne se disputaient jamais. Il n’y avait presque pas de conflits dans la famille : ils se traitaient toujours avec respect et résolvaient tous les problèmes ensemble. Leurs désaccords n’avaient jamais pour but d’humilier ou de blesser l’autre, mais seulement de rechercher la vérité ou un compromis qui convienne à tous deux. Ils se faisaient des concessions et se pardonnaient de bon cœur. »
Lorsque nous construisons nous-mêmes une personnalité solide, capable de faire des concessions et de se maîtriser, lorsque nos relations reposent sur le respect mutuel et le dialogue, vivre dans un tel foyer devient plus facile et plus agréable pour nous. Mais nos enfants aussi s’imprègnent, « avec le lait maternel », de cette atmosphère de calme et de force, qui les aidera plus tard à résoudre les conflits dans leur propre famille et à traverser les épreuves de la vie. Pour eux, ce sera déjà une qualité acquise ; ils n’auront pas à travailler autant pour la développer. Autrement dit, nos enfants hériteront des qualités que nous aurons travaillé de toutes nos forces à développer.
« L’amour est le fondement et la racine du travail (du service) »
Qu’il s’agisse des relations entre l’être humain et le Très-Haut ou des relations entre les personnes, il est impossible de les construire sans amour. « Tu aimeras l’Éternel, ton D.ieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tous tes biens » (Devarim, 6:5) : de ce fondement, on peut déduire logiquement tous les aspects de l’amour du Très-Haut et de la proximité avec Lui. « Tu aimeras ton prochain (réakha) comme toi-même » (Vayikra, 19:18) : voilà ce qui est écrit au sujet des relations entre les personnes. Si nous en faisons le fondement sur lequel nous construisons notre foyer (réïm ahouvim — des prochains bien-aimés, c’est-à-dire le mari et la femme), il devient bien plus facile de pardonner et de faire des concessions. Tout notre travail sur nous-mêmes au sein de la famille est facilité si « L’amour couvre tous les péchés » (Michlé, 10:12).
Nous ne vivons pas dans des conditions optimales. Adam et ‘Hava, au Gan Eden, étaient dans la meilleure situation possible. Il n’y avait personne d’autre, ni envie ni rivalité : ils étaient seuls tous les deux. Aucune jalousie ne se mêlait à leur amour. Cet amour est inscrit dans la création, il est naturel : c’est ainsi que les choses doivent être. Après la faute, après qu’ils eurent mangé le fruit de l’arbre de la Connaissance, l’amour entre mari et femme a commencé à exiger un apprentissage constant, le travail de tous deux et un investissement d’efforts. Pour nous, il est impossible d’acquérir un véritable amour sans cela.
Chacun vit dans sa coquille d’égoïsme. Au fond, la personne a l’impression de ne pas être si mal ainsi : elle est protégée et a tout ce qu’il lui faut. D’un autre côté, pour se rapprocher de quelqu’un, il faut sortir de sa coquille ou l’agrandir pour laisser l’autre y entrer. Nous découvrirons alors cet amour originel qui existe dans le monde, mais qu’il est difficile d’atteindre sans travail.
Il est écrit que l’amour entre époux doit ressembler à la relation entre la main droite et la main gauche d’un même corps. La droite et la gauche (les mains) sont sensibles l’une à l’autre : lorsque l’une souffre, l’autre souffre aussi ; lorsque la droite va bien, la gauche va bien aussi. C’est vers cet état que nous devons tendre : lorsque mon mari souffre, je souffre aussi ; lorsqu’il va mal, je vais mal.
Si nous commençons à avancer dans cette direction, le Très-Haut nous aidera bien au-delà des efforts que nous fournirons, comme il est écrit : « Ouvrez-Moi une entrée (de la taille) du bout d’une aiguille, et Je vous ouvrirai une entrée de la taille d’une salle » (« Midrach Rabba », Chir Hachirim, 5:2). Alors, la malédiction de ‘Hava (« et ton désir se portera vers ton mari » (Beréchit, 3:16)) deviendra pour nous : « Je (suis) à mon bien-aimé, et son désir se porte vers moi » (Chir Hachirim, 7:11).
à suivrePréparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa