Rabbanite Léa Gans
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Les cœurs suivent les actes
Il est écrit que « les cœurs suivent les actes » (« Séfer Ha’hinoukh », 16). Les actes qu’une personne accomplit parce que la Torah nous les ordonne et qu’elle comprend qu’il le faut, en se forçant mais sans émotion, seront progressivement suivis de joie, de satisfaction, et la motivation grandira. Au début, il faudra se forcer à s’investir dans la vie familiale, mais avec le temps viendront l’enthousiasme et le plaisir. Au début de la vie conjugale, il y a toujours des situations avec lesquelles, pensons-nous, nous ne pouvons pas nous accommoder ; rien de tout cela ne nous vient naturellement. Mais nous nous efforcerons de nous y contraindre, de nous exercer à l’humilité devant les prescriptions de la Torah, même si cela paraît artificiel au début ; avec le temps, cela deviendra une part de nous, notre essence. Au début, nous cédons en prenant sur nous, nous disons : « Pardonne-moi », « Je pardonne », comme si nous arrachions ce mot avec des tenailles, sans avoir encore entièrement pardonné. Nous avons l’impression que tout cela est joué, que c’est un mensonge envers nous-mêmes. Mais avec le temps, en travaillant sur nous-mêmes, nous pouvons arriver à pardonner plus facilement, de tout notre cœur, véritablement.
On sait que le mot ich contient la lettre yod, et le mot icha, la lettre hé, des lettres du Nom du Tout-Puissant.
Si l’on enlève ces lettres, il reste ech, le feu des passions qui réduit tout en cendres. Mais si l’union du mari et de la femme repose sur la Torah, ces lettres s’unissent pour former le Nom du Créateur, et tous deux deviennent les serviteurs du Tout-Puissant. Ils méritent alors un feu maîtrisé qui, au lieu de brûler, réchauffera et réjouira.
En nous investissant pour apprendre à connaître notre conjoint, nous découvrons non seulement ses besoins physiques, mais aussi ses besoins spirituels, ce qui le réjouit et ce qui l’attriste ; et ce n’est pas nécessairement ce qui nous réjouit et nous attriste nous-mêmes. L’homme et la femme sont des êtres complètement différents, à certains égards opposés. Il faudra beaucoup de temps pour apprendre à parler la même langue. Qu’est-ce qui agace mon mari et le met en colère ? Qu’est-ce qui, au contraire, l’apaise et le réjouit ?
Au début du mariage, les conjoints savent pour quelles raisons, pour quelles qualités ils sont tombés amoureux l’un de l’autre, mais avec le temps, l’amour les soude, les unit, ils s’enracinent l’un dans l’autre, et leur amour ne dépend plus de rien : il grandit et se renforce sur le terreau de leur investissement réciproque dans la famille. Un tel amour ne peut s’effacer ; il ressemble à une maison solide aux fondations stables, qu’aucun vent ne peut détruire, une maison bâtie pour toujours.
Pas un sprinteur, mais un marathonien
Il faut se préparer à travailler sur soi-même et sur ses qualités comme on se prépare à une longue marche. Parcourir des yeux 5 pages d’un livre de Moussar (éthique juive) en 5 minutes n’est pas la bonne approche. Nous avons besoin d’une étude lente et réfléchie. Je me souviens que, lorsque j’ai eu une hernie discale au niveau des cervicales, une fois un peu remise, j’ai consulté une kinésithérapeute pour me faire soigner. Elle m’a indiqué les exercices à faire et m’a demandé de les reproduire, mais elle m’a immédiatement arrêtée : « Tu vas trop vite ! Il faut les faire plusieurs fois plus lentement, bien sentir le mouvement lorsque tu inclines la tête en avant et en arrière. Un rythme lent est important pour ne pas se froisser les muscles du cou et ne pas avoir de vertiges. » Un rythme lent n’est pas seulement important dans les exercices : il est nécessaire pour « inscrire dans le cœur », pour mémoriser. Le travail sur chaque trait de caractère doit lui aussi être lent, afin que des succès rapides ne nous tournent pas la tête, alors qu’ils ne produisent aucun effet durable (et nous pensons alors que cette voie, en définitive, ne nous a pas été bénéfique). Il nous faut précisément « inscrire dans le cœur » les changements acquis, et cela prendra du temps.
Et au jour du Jugement
Dans le traité Sota (1:7), on trouve une phrase connue, une idée particulièrement actuelle au mois d’Eloul : « La mesure qu’une personne s’applique est celle qu’on lui applique (cette même mesure) », que l’on peut traduire par : « On traite une personne comme elle traite les autres », aussi bien au Ciel que parmi son entourage. Si une personne pardonne, même lorsqu’elle a été profondément blessée et qu’elle souffre encore réellement, mais qu’elle pardonne en prenant sur elle, alors, outre tout ce dont nous avons parlé concernant le foyer juif, elle reçoit aussi le pardon du Ciel au jour du Jugement.
Ce n’est pas facile, mais « Qui est un héros ? Celui qui triomphe de son mauvais penchant ».
Après avoir subi une offense, nous nous asseyons et pensons : on peut se venger comme il faut, ou afficher une « mine du 9 Av », et qu’il se démène autour de moi. Pourtant, en réalité, les hommes ignorent souvent quel geste de leur part nous a blessées. À leurs yeux, c’est un acte parfaitement innocent ; ils ne se rendent pas compte à quel point cela nous dérange et nous agace. Mais même s’il avait l’intention de blesser, cela n’a pas d’importance du point de vue de notre pardon. Ce qui compte, c’est ce que nous faisons intérieurement de cette offense. Si nous parvenons à manifester la force de notre âme, à vaincre le mauvais penchant et à pardonner, nous gagnons deux fois : nous obtenons la paix dans le foyer et le pardon du Ciel, mesure pour mesure. Et si, dans nos relations avec nos proches, nous ne faisons pas de « comptes » jusque dans les moindres détails, mais nous comportons envers eux « lifnim mi-chourat ha-din », en faisant davantage que ce qu’une personne doit à son prochain, alors le Ciel nous traitera de la même manière.
Préparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa