Zissi Skarjinskaïa
d’après le cours de N. A. Irch (à la tête de la midracha « Achira »)
« Que D.ieu étende les domaines de Japhet, et qu’il demeure dans les tentes de Sem ! » (Béréchit, 9:27).
Hanoucca est passée. Nous nous sommes remémoré la victoire des Hasmonéens sur les armées grecques, sur leur culture et sur leurs lois oppressives…
Mais l’esthétique et la beauté en elles-mêmes ne nous sont pourtant nullement étrangères. Surtout à nous, les femmes. Dans le judaïsme, il est d’usage d’embellir les mitsvot, c’est-à-dire d’acquérir de beaux bougeoirs en argent, un coffret pour l’étrog, une hanoukia… Et comme nous décorons la soukka ! Dans le judaïsme, la femme se pare pour être belle aux yeux de son mari. Entre autres choses, une belle épouse, comme une belle maison, libère l’esprit humain. Pour nous, la beauté est un moyen de servir le Très-Haut.
Le judaïsme n’est donc pas opposé à la beauté et à l’esthétique lorsqu’elles sont « dans les tentes de Sem ».
Notre divergence avec les Grecs porte, au fond, sur ce qui est essentiel et ce qui est secondaire. La beauté du corps n’est pas une fin en soi. La culture grecque ne voyait pas « plus loin que le bout de son nez », c’est-à-dire au-delà des limites du corps. Tout est fait pour développer les muscles, pour rendre les mouvements gracieux, pour susciter les émotions, pour jouir de la musique et de la peinture — pour le plaisir lui-même, comme une fin en soi. Cela ne nous convient pas. L’art doit servir le Très-Haut, tout comme la personne qui le pratique et crée des œuvres d’art.
En souvenir de la Création
Les interdictions d’observer le Chabbat, de pratiquer la circoncision et de sanctifier les mois, toutes trois imposées par les Grecs, visaient à éloigner les Juifs du Créateur.
Du point de vue des Grecs, le processus de création, d’édification, était achevé, et désormais l’homme, « couronnement de la nature », était par définition au-dessus de tout. « La nature, la science, la philosophie : voilà notre limite », voilà le « plafond » grec. Ce monde, et rien en dehors. Or les Juifs empêchaient les Grecs de jouir de la vie, parce que les Juifs ont un monde à venir.
Nous toutes, les femmes qui n’étudions ni le Talmud ni les midrachim, pensons que la révolte a commencé à cause de ces décrets. C’est vrai dans une large mesure, mais…
Aucune vie privée
Mais en réalité, pour les Hasmonéens, pour la famille de Matityahou, tout a commencé avec sa fille, qui s’était fiancée à son futur époux. Et ensuite… Elle devait subir une terrible épreuve : le « droit de cuissage ». Et c’est elle, précisément, qui a incité ses frères à prendre les armes. C’est elle qui insistait pour qu’ils reprennent leurs esprits et ne livrent pas leur sœur au déshonneur.
Un midrach raconte qu’entre autres choses, les Grecs ont interdit aux Juifs de poser des serrures et des verrous sur leurs portes, sous peine de mort, pour que nous n’ayons aucun espace privé, aucune vie privée, pour que n’importe qui puisse entrer dans la maison à toute heure du jour et de la nuit. [Les nazis faisaient la même chose dans le ghetto – note de la rédaction.] Les Juifs perdraient ainsi le respect d’eux-mêmes… Alors, les Juifs ôtèrent complètement toutes leurs portes, et ils ne pouvaient plus ni manger ni boire chez eux, ni avoir de vie conjugale.
Il est intéressant de constater que cette interdiction a été imaginée par les Grecs « cultivés ». En principe, leur culture prend assez souvent des libertés avec ce que le judaïsme traite avec sérieux et révérence. Les Grecs exposaient ce que nous cachons sous le voile de la pudeur. Vous avez quelque chose qui en vaut la peine ? Montrez-le ! Quelque chose de beau, mais qui n’est pas destiné à tous ? Ramenez-le ici ! Les sentiments sont étalés au grand jour. Rien de personnel, rien d’intime. Le foyer juif a été forcé. Qui doit le défendre ?
Et qui a gagné ?
Les Hasmonéens ont gagné la guerre contre les Grecs. Mais avons-nous gagné la guerre contre la culture grecque ? Avons-nous cantonné la beauté de Japhet aux tentes de Sem ?
La guerre continue. « En ces jours-là », mais « en ce temps-ci », à notre époque.
Les Grecs ne nous ont pas demandé d’ouvrir complètement la porte, pas du tout. Retirez seulement la serrure, enlevez le verrou. Les Grecs voulaient nous habituer à penser que nous étions en quelque sorte à l’abri des regards et que nous pouvions continuer à nous comporter comme si nous étions seuls. Mais en réalité, à tout moment, n’importe quel Grec pouvait entrer et nous épier… Voilà la toute première idée de « téléréalité », avec le peuple juif dans le rôle principal !
Les Juifs ont pleinement compris le sens de cette interdiction et ont donc ôté complètement les portes, pour ne pas s’habituer peu à peu à l’impudeur, pour qu’il soit immédiatement clair qu’en réalité, il n’y avait aucune porte, pas même une apparence de décence. Ainsi, chacun s’est habitué à se comporter chez lui avec une grande pudeur, comme s’il était observé de toutes parts, en permanence. Et puisque, pour les Juifs, même le fait de manger est un acte intime, ils ne pouvaient ni manger ni boire chez eux. Ce sont précisément les femmes qui en ont le plus souffert, car nous nous identifions à notre foyer.
Comment les Grecs pénètrent-ils donc dans notre espace privé (en hébreu, rechout haya'hid) ? Par les réseaux (un réseau se dit réchet), les réseaux sociaux. Des femmes juives respectables photographient et publient chaque instant de leur existence ! Notre foyer a été pris dans le filet du réseau : il est photographié sous tous les angles, tout comme nos enfants, notre temps libre (avec nos amies et notre mari), notre nourriture et nos boissons ! Avant, nous ne voyions faire cela que les touristes japonais, avec leurs téléphones au bout de perches, qui, où qu’ils aillent, regardaient le monde à travers l’écran de leur téléphone. Mais aujourd’hui, une personne sur deux prend une photo avant de manger. Comme s’il nous fallait des témoins, et même des gens pour évaluer chacun de nos faits et gestes.
Quelqu’un a fait cuire de magnifiques hallot : admettons que montrer une photo de ces hallot, c’est Japhet dans les tentes de Sem. Les cours de Torah en ligne, les cours sur une alimentation saine sont utiles à beaucoup de gens. Mais parfois, on expose au regard de tous des choses qui devraient rester intimes et privées.
Vivre sa vie, ressentir ses émotions
Parfois, on a l’impression que, si l’on se regarde « de l’extérieur », la vie paraîtra plus éclatante qu’elle ne l’est réellement. Si notre page sur les réseaux est embellie par des photos, c’est comme si toute notre vie était embellie de la même façon. C’est vivre sa vie « à côté » d’elle. Si un événement n’est pas immortalisé par l’appareil photo du téléphone, c’est comme s’il n’avait jamais eu lieu. Ne pas ressentir la présence réelle de ses enfants, mais regarder leurs sourires sur les photos. Ne pas échanger avec son mari, mais se contenter de petites phrases : « Voilà le repas », « Tu as récupéré les enfants ? », « Qui ira faire les courses ? ». Et tout le reste se passe sur l’écran. Les émotions y sont : « Quelle expression du visage convient à cette légende ? » « À quoi mes émotions doivent-elles ressembler dans cette situation ? », plutôt que « Que dois-je ressentir dans ma vie ? ». Nous bâtissons nous-mêmes notre monde virtuel, notre monde de l’autre côté du miroir, et nous nous y installons de notre plein gré.
Rabbi Na'hman de Breslev écrit (Enseignement 54) : « Il faut toujours se souvenir des choses importantes et ne pas laisser l’oubli s’installer (chikhe'ha), c’est-à-dire la “mort du cœur” (mitat halev). Et la pensée la plus importante, qui ne doit pas quitter notre conscience, est celle du monde à venir, afin de ne pas laisser s’imposer l’idée qu’il n’existe que ce monde-ci, à D.ieu ne plaise. Et, en gardant le monde à venir dans ses pensées, l’homme contribue à révéler l’unité du Créateur. »
Nous ne devons pas laisser l’oubli s’installer. Le mot chikhe'ha contient les mêmes lettres que le mot 'hachekha, les ténèbres.
Les Sages expliquent que les ténèbres, c’est la culture éclairée des Grecs. Le huit Tévet, lorsque la Torah fut traduite en grec, le monde fut plongé dans les ténèbres pendant trois jours. Nous oublions sans cesse l’essentiel : autour de nous, tant d’événements viennent « obscurcir » notre lumière.
Il existe ce qu’on appelle des dépressions automnales et hivernales, liées notamment à la diminution de la durée du jour. L’âme et le corps sont liés (bien que la psychosomatique soit une notion grecque, nous le savons mieux que les Grecs) ; c’est pourquoi, même si l’obscurité s’est accrue autour de nous, à l’extérieur, ses effets se font sentir sous forme de malaises psychiques intérieurs : mauvaise humeur, mélancolie, fatigue rapide. On peut imaginer, par analogie, l’effet sur l’âme des ténèbres survenues au temps de l’exil grec.
Que se passera-t-il si, comme les Grecs, nous nous plongeons entièrement dans ce monde ?
« La mort du cœur »
Qu’est-ce que cela signifie ? Un cœur mort ne ressent rien. Rien ne le touche. La dimension émotionnelle de la perception de la vie est émoussée ou complètement absente. La vie a perdu sa saveur.
Il apparaît donc que c’est précisément le fait de nous souvenir du monde à venir qui donne de la saveur (du sens) à notre vie dans ce monde ! Autrement dit, si le tourbillon des événements de ce monde nous emporte, notre cœur « meurt » ; mais si nous gardons toujours le monde à venir à l’esprit, nous vivons.
On peut, bien sûr, observer les commandements, prier et étudier avec un « cœur mort », par habitude, pour cocher une case. Pour que le cœur vive, pour qu’il batte, il lui faut une force vitale, du sang : l’âme. Chaque acte lié aux commandements doit être accompli en y mettant son âme, avec joie, sincèrement.
Mais laissons même de côté, pour un moment, les relations entre l’être humain et D.ieu. Dans les relations entre les personnes aussi, la « mort du cœur » peut survenir. Un mari et sa femme ont décidé de sortir dîner ensemble. Lui est sur son téléphone, elle sur le sien. C’est leur soirée à deux ! Regardez-vous ! Mieux vaut voir son reflet dans les yeux de l’être cher que dans l’écran du téléphone. Cette soirée ne se réduit pas à une photo ensemble à table. Pourquoi ce couple avait-il besoin de ce dîner à deux ? Pour se rapprocher émotionnellement, pour ressentir, pour vivre l’un pour l’autre ! Vivre ! Mais au bout du compte… « la mort du cœur ».
Rayonner
Les bougies de Hanoucca réparent ce que les Grecs voulaient abîmer. La hanoukia est placée à l’entrée du foyer juif, montrant à tous que la limite passe ici. Au-delà, c’est un espace privé. Au-delà, vous vous immiscez dans la vie privée. Les bougies de Hanoucca éclairent de l’intérieur vers l’extérieur. Leur mission est semblable à celle de tout le peuple juif : être un « peuple saint », illuminer le monde de la lumière de la pureté morale, de la lumière de la Torah.
Pas seulement « en ces jours-là », mais aussi « en ce temps-ci ». Hanoucca, ce sont des jours ordinaires, et non un yom tov. Autrement dit, lors d’une journée ordinaire, au milieu des occupations habituelles, nous allumons les bougies et nous nous réunissons avec toute la famille pour ressentir la sainteté.
On peut étendre cela à toute notre vie. Une journée ordinaire, une foule de choses à faire, la tête qui tourne. Mais si l’on essaie, on peut tenter de créer une parcelle de sainteté (dont la taille peut être différente pour chacune), un coin de tranquillité, à l’image du Monde à venir (mé'ein olam haba).
Avant toute chose
Que faisons-nous en premier au réveil ? Avant même la nétilat yadaïm ? Nous pensons à quelque chose.
On peut penser à toutes les tâches qui nous attendent encore. Certaines commencent par se préoccuper des nouvelles du monde et de ce qu’a ramené leur filet électronique.
Pourtant, il est possible de commencer la journée d’emblée par la sainteté, par l’essentiel. Le « Choul'han Aroukh » mentionne six « commandements permanents », que l’on peut accomplir par la pensée et dont l’accomplissement ne s’interrompt pas un seul instant. Les voici :
— Croire en un Créateur unique ;
— Ne croire en aucune autre puissance que Lui ;
— L’unité du Créateur (Il dirige et gouverne tout, sans collaborateurs, et n’a doté aucun auxiliaire d’une puissance autonome) ;
— Aimer le Créateur ;
— Craindre le Créateur ;
— Ne pas s’égarer en suivant les pensées de son cœur et en se laissant guider par ses yeux.
Cela orientera d’emblée nos pensées dans la bonne direction, dès les premiers instants de la journée. Il n’est pas nécessaire de faire des efforts pour s’en souvenir (après tout, on peut l’imprimer et l’accrocher sous ses yeux). Et nous nous éloignons aussitôt de chikhe'ha, c’est-à-dire de la « mort du cœur ».
Qu’est-ce qui ressemble à quoi ?
L’être humain aspire toujours à quelque chose. Et s’il voit que quelqu’un a déjà atteint ce qu’il désire — la gloire, la richesse, les honneurs —, il veut lui ressembler. À notre époque, cela va jusqu’à l’absurde. Regardons le monde qui nous entoure. D’un côté, il y a des gens qui ont réussi quelque chose. Ils écrivent des livres, et ceux qui veulent y parvenir à leur tour lisent ces livres et apprennent. De l’autre, il y a ceux qui pensent qu’il suffit de leur ressembler, de subir une opération de chirurgie esthétique, de s’habiller de la même façon, d’adopter des mimiques et des poses similaires : et vous voilà, vous aussi, chanceux, riche et célèbre. Il apparaît que le monde se tourne de plus en plus vers une ressemblance extérieure, imaginaire, et se soucie beaucoup moins de la substance intérieure.
Dans la Kabbale, il existe une notion appelée « koa'h médamé », la force de l’imagination. Rabbi Haïm Vital en parle lorsqu’il décrit la prophétie. L’âme rationnelle de l’être humain s’élève, reçoit la prophétie, puis redescend et la transmet à l’âme animale, qui possède une force d’imagination grâce à laquelle la prophétie revêt une forme que nous pouvons comprendre. L’imagination mêle une vérité élevée et un mensonge absolu ; elle a donc besoin d’être constamment corrigée, mais elle nous aide également à nous corriger. Par exemple, si l’on se représente l’éternité par rapport à la vie dans ce monde, tout reprend sa juste place et ses justes proportions. Mais comme l’imagination non corrigée règne aujourd’hui !
Sous le regard du Très-Haut
« Dans chaque journée, il y a la pensée, la parole et l’action. Chaque jour, le Très-Haut contracte Sa lumière infinie jusqu’au point central où se trouve notre monde matériel (…). Et Il prépare pour chaque personne sa pensée, sa parole et son action (adaptées) à ce jour, à cette personne et à ce lieu. Et le Très-Haut “revêt” de cette pensée, de cette parole et de cette action des symboles (signes, allusions), afin de rapprocher l’être humain de Son service. C’est pourquoi l’être humain doit approfondir sa conscience et élargir sa compréhension pour saisir quel signe précis se cache dans chaque pensée, chaque parole et chaque action. » C’est ainsi que rabbi Na'hman poursuit (ibid.).
Les Grecs ont essayé de nous inculquer l’idée qu’il n’existe rien en dehors de ce monde. Cela ressemble fort à : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (Isaïe 22:13). Et il n’y a ni miracles ni providence individuelle (hachga'ha pratit). Ils se sont lourdement trompés.
Le Très-Haut s’emploie chaque jour à envoyer à chaque personne, individuellement, pour elle seule, une pensée, une parole et une action. Si nous nous mettons à l’écoute, si nous prêtons attention, nous pourrons percevoir les signes, les allusions qui nous sont envoyés. Parfois, une pensée arrive juste au bon moment ; soudain, au détour d’une conversation, on entend la réponse à sa question. On vient de parler de quelqu’un et, tout à coup, il entre ; on pensait à quelqu’un et, tout à coup, il appelle. Ce sont autant de « petits signaux » que nous recevons « d’En Haut ». Il arrive qu’une personne soit tout simplement stupéfaite de voir à quel point le nouveau signe qui lui est envoyé tombe juste et arrive à point nommé. Alors, elle sent qu’on veille sur elle, qu’on prend soin d’elle, qu’elle n’est pas seule. Cette sensation ressemble à une caresse bienveillante, à de petites lumières dans les ténèbres. C’est précisément cette « petite lumière » capable de « chasser de grandes ténèbres ».
Le voyeurisme
Il arrive que, lorsqu’une personne ne sent pas que le Très-Haut veille sur elle, elle se mette à imaginer ou à se trouver un « Big Brother », une surveillance de son téléphone, un « œil électronique ». C’est le revers de l’exposition de sa vie privée. Si nous permettons aux réseaux de pénétrer dans notre foyer, il est logique de supposer que les pêcheurs peuvent arriver à la suite des filets. Mais la première démarche se fait pour le plaisir, tandis que la seconde naît de la peur engendrée par la permissivité et la divulgation de toute information, même la plus personnelle.
L’une des manifestations les plus fortes du mauvais penchant est le voyeurisme. Les Grecs comprenaient parfaitement qu’une porte simplement ouverte n’est pas aussi intéressante que le fait de regarder à travers une fente. Le spectacle est le même, mais on a l’impression d’être invisible. Cela attise encore davantage les désirs. Cela cause un immense tort à l’âme. Ce n’est pas pour rien que les Sages de cette époque ont préféré ôter toutes les portes.
À notre époque, le voyeurisme prend même l’apparence d’une « aide psychologique ».
Au lieu d’examiner leurs problèmes familiaux en petit comité avec un spécialiste, le mari et la femme doivent rendre des comptes devant un groupe de personnes, les « participants » : « Allez, voyons comment vous vous disputez ! » Tous ces parfaits étrangers s’immiscent dans leur foyer, analysent leur relation privée, les jugent. Toutes les personnes présentes se trouvent, en quelque sorte, là où elles n’ont pas leur place, et épient la vie de ce couple. Ou encore ces groupes de thérapie psychologique où chacun doit « se dévoiler entièrement ». Si le Très-Haut avait voulu que toutes nos pensées soient lisibles pour le premier venu, Il aurait rendu nos têtes transparentes ou les aurait munies d’un écran — n’est-ce pas en Son pouvoir ? Mais Il a voulu que ce qui est personnel reste personnel, que ce qui est intime reste intime.
« La grâce est trompeuse et la beauté est vaine : la femme qui craint l’Éternel est louée » (Michlé 31:30).
Nous commençons à présent le livre de Chémot, le livre dans lequel le peuple a été sauvé par le mérite des femmes juives. Et que pouvons-nous faire nous-mêmes ?
Nous pouvons apprendre des poissons l’art d’échapper aux filets. C’est précisément sur les « réseaux » que l’on voit à quel point la beauté devient vaine, combien d’efforts sont déployés pour imiter en vain le charme d’autrui. On peut y opposer un « cœur vivant », la capacité de vivre pleinement sa journée d’aujourd’hui, de voir les miracles — de saisir les signes qui te sont envoyés personnellement — parce que le Très-Haut veille sur toi.
Il faut se rappeler que se filmer soi-même avec une caméra est un travail superflu. « Sache ce qu’il y a au-dessus de toi : un œil qui voit, une oreille qui entend, et tous tes actes sont consignés dans un livre » (Pirké Avot, 2:1). Tout a déjà été filmé et sauvegardé, et, en fin de compte, on nous montrera ce film du début à la fin. Et nous signerons au bas de chaque photo, de chaque « selfie », si peu flatteurs soient-ils. Lui seul aura suffisamment de gigaoctets pour conserver toute notre vie.
Il faut donc retrouver le sens des proportions : la photographie en elle-même n’est pas un mal, la beauté et l’esthétique en elles-mêmes ne sont pas un mal. Il faut seulement éviter de laisser trop de place à Japhet, afin de pouvoir le faire entrer dans les tentes de Sem.