Rav Simha Cohen
Il existe une autre difficulté liée à la psychologie de la femme, tournée vers le partenariat, et à celle de l'homme, portée à l'isolement.
Les maris se plaignent souvent d'être constamment critiqués, sans que l'on distingue si les critiques sont justifiées ou non, ni que l'on se demande si le moment s'y prête. « Moi aussi, j'ai de nombreuses raisons de faire des remarques et de critiquer, mais je m'en abstiens pour ne pas gâcher l'atmosphère positive à la maison », disent les hommes.
Ce reproche du mari est l'un des plus fréquents, et cela montre qu'un tel comportement de la femme n'est pas dû à sa méchanceté ni à son manque de savoir-vivre, comme beaucoup le pensent, mais à sa disposition au partenariat.
Dans le cadre de notre réflexion, on peut admettre l'affirmation du mari selon laquelle son épouse le critique trop, et l'on peut aussi comprendre pourquoi : son épouse est davantage attachée à la maison, à la famille et à son mari que lui ne l'est lui-même. Plus une personne est attachée à quelque chose, plus elle le critique. Par exemple, on fait davantage de remarques à son propre enfant qu'au fils des voisins. Ce n'est pas parce que l'on apprécie davantage l'enfant des voisins, mais parce que l'on est plus attaché à son propre fils et que l'on se soucie de lui.
Le mari gagnerait aussi à envisager les choses sous un autre angle. Il estime que son épouse lui fait constamment des remarques. Mais, pour elle, la plupart de ses propos, qui lui semblent être des plaintes, sont en réalité des tentatives de partager ses pensées avec lui. Il est tout à fait possible que des pensées semblables traversent aussi l'esprit du mari, mais il ne juge pas nécessaire de les exprimer verbalement, puisqu'il ne possède pas ce sens du partenariat qui caractérise son épouse.
De plus, le mari doit savoir que le Tout-Puissant a inscrit dans les sentiments de son épouse la tendance à voir en son mari celui qui est responsable d'elle, en tant que sa femme. Il a également inscrit ce sentiment de responsabilité dans la psychologie de l'homme : celui-ci se sent responsable de son épouse et de ses sentiments, et veille à ce qu'elle se sente bien. Il lui est donc encore plus désagréable d'entendre ses critiques lorsqu'elle exprime son mécontentement, même si elle ne se plaint pas de lui personnellement.
Autrement dit, le mari a l'impression que son épouse l'« accuse », mais ce n'est pas le cas : elle le considère comme responsable.
Cela dit, l'épouse doit comprendre que, même si elle n'a pas l'intention d'accuser son mari et s'autorise donc à exprimer vivement son mécontentement face à telle ou telle situation, il perçoit les choses tout autrement. Il a l'impression que la critique le vise et est dirigée contre lui ; il se sent blessé, ce qui déclenche en lui un processus intérieur d'éloignement affectif envers sa femme.
L'épouse gagnerait donc à aborder directement cette question et à expliquer à son mari qu'il devrait considérer ses paroles comme une démarche de partenariat dont elle a grand besoin, plutôt que comme une critique. Elle devrait même ajouter : « Si tu m'écoutes attentivement et que tu manifestes de la compréhension et de la solidarité, je me calmerai plus vite et il me sera plus facile d'avoir une attitude positive envers toi ».