Rav Nahoum Chatkhin
À Chabbat Chouva, on lit un passage du prophète Osée, mais seulement le quatorzième chapitre, qui ne compte que dix versets. Pourtant, le plus difficile à comprendre est que la lecture commence au deuxième verset, et non au premier, du chapitre 14. Pourquoi ? Il est bien connu que la division du Tanakh (Torah, Néviim, Kétouvim) en chapitres fut l’œuvre de chrétiens.
Les prêtres chrétiens poursuivaient plusieurs objectifs en numérotant les chapitres et les versets du Tanakh. D’une part, il fallait faciliter les références à un passage précis des sources lors des débats théologiques avec les sages juifs. Mais il y avait aussi un autre objectif : déformer le véritable sens de ce qui est écrit dans le Tanakh afin de discréditer le peuple d’Israël.
Habituellement, lorsqu’un nouveau sujet ou un nouveau passage commence, son début, le premier verset, sert de repère symbolique pour le récit qui suit. Le chapitre 32 raconte l’un des péchés les plus terribles du peuple d’Israël : le péché du veau d’or.
Mais, selon notre tradition, ce sujet s’ouvre au verset 18 : « Et Il donna à Moché, après avoir fini de lui parler sur le mont Sinaï, les deux tables du témoignage, tables de pierre écrites du doigt de Dieu. »
La Torah nous laisse ainsi entendre que, même après un péché aussi terrible, le peuple d’Israël a encore la possibilité d’en réparer les conséquences, car Moché avait auparavant reçu les tables de l’alliance.
Notre haftara n’a pas non plus échappé aux tentatives de déformation du véritable sens du texte.
Le chapitre 14 du livre du prophète Osée est une consolation pour le peuple d’Israël sans équivalent dans tout le Tanakh.
Le Midrach dit que tous les prophètes, lorsqu’ils parlaient des péchés des Juifs, employaient le mot « tombé » (il s’agit d’une chute spirituelle), tandis que le prophète Osée employait le mot nikhchal (a trébuché, a fait un faux pas), autrement dit, il s’agit d’un péché commis involontairement. Le chapitre 14, qui apporte la plus grande consolation, devrait commencer par ce verset : « Reviens, Israël, vers l’Éternel, ton D-ieu, car tu as trébuché sur ta faute. » Mais les « auteurs de la numérotation » mentionnés plus haut étaient gênés par le fait que le Tout-Puissant est prêt à pardonner et pardonnera au peuple d’Israël. C’est pourquoi le dernier verset du chapitre précédent, le chapitre 13, qui évoque en termes peu flatteurs les péchés du Royaume du Nord, a été placé comme premier verset du chapitre 14, celui de la consolation. « Samarie sera condamnée pour s’être révoltée contre son D-ieu : ils tomberont par l’épée ; leurs nourrissons seront mis en pièces et leurs femmes enceintes seront éventrées. » On comprend maintenant pourquoi, à Chabbat Chouva, nous commençons la lecture de la haftara précisément au deuxième verset, comme l’exige notre tradition.
« Reviens, Israël, vers l’Éternel, ton D-ieu, car tu as trébuché sur ta faute. Prenez avec vous des paroles et revenez vers l’Éternel ; dites-Lui : “Pardonne tous les péchés et accepte ce qui est bon ; et (à la place des) taureaux, nous offrirons (les paroles de) nos lèvres.” »
Que signifie la'hzor bi-téchouva?
Certains traduisent à tort cette expression par « arriver à une réponse », c’est-à-dire se mettre en situation de répondre de ses actes. Dans son sens général, elle signifie se repentir des péchés commis. Mais son sens exact est le retour au point de départ, le retour à l’état initial de pureté dans lequel le Tout-Puissant nous a tous créés. Dans le livre de Samuel (2, 11:1), on trouve le mot téchouva – «Va-yéhi li-téchouvat ha-chana », que l’on traduit par : « Et ce fut au retour de l’année… » Le Radak explique : « …Et “au retour de l’année” signifie : une fois l’année écoulée, lorsque le soleil se trouve là où il se trouvait un an auparavant », c’est-à-dire à son point de départ.
Le prophète Osée appelle les Juifs au repentir, mais il qualifie alors le peuple d’Israël d’orphelin. Pourquoi l’orphelin, précisément, doit-il nécessairement bénéficier de la miséricorde du Tout-Puissant ?
Le traité Baba Metsia rapporte qu’un jour, alors que Rabbi marchait dans la rue, un veau qui s’était échappé du cho'het tenta soudain de se réfugier sous le pan de son vêtement. Le veau espérait y trouver un abri, mais Rabbi le remit entre les mains du cho'het en disant : « Va, car c’est pour cela que tu as été créé. »
Pour cette attitude envers le veau qui cherchait à être sauvé, le Tout-Puissant envoya à Rabbi des maladies accompagnées de terribles souffrances. Lorsqu’il sortait faire ses besoins, ses ouvriers faisaient sortir les chevaux pour les nourrir ; ceux-ci, s’animant à l’approche du repas, produisaient de nombreux bruits censés couvrir les cris de Rabbi. Mais il est dit que, malgré tout ce bruit, les gémissements de Rabbi s’entendaient à bord des navires en mer. Cela dura treize ans (à titre de comparaison, les souffrances décrites dans le livre de Job se déroulèrent sur une année).
Dans la suite du récit, la Guemara dit que les souffrances disparurent pour la même raison qu’elles étaient venues. Un jour, une servante découvrit dans la maison un nid de rats avec une portée de petits. Elle décida de jeter les rats hors de la maison, mais Rabbi l’arrêta en disant : « …et Sa miséricorde s’étend à toutes Ses créatures. » À cet instant même, les souffrances cessèrent.
Pourquoi de telles souffrances lui furent-elles envoyées ? Était-ce uniquement parce qu’il avait dit au veau d’aller chez le cho'het, puisqu’il avait été créé pour cela ?
Lorsque des invités arrivèrent chez Loth à Sodome et que les habitants exigèrent qu’il leur livre ces hommes, Loth les supplia : « …mais ne faites rien à ces hommes, car ils sont entrés sous la protection de mon toit. » Le 'Hafets 'Haïm dit que, si des personnes viennent vous demander protection, c’est à vous qu’il incombe de les aider, car elles placent leur espoir en vous.
Même si rabbi Yo'hanan dit dans le traité Berakhot que la destinée de tout animal est d’être abattu conformément à la cacherout, si un veau cherche soudain refuge auprès de vous, même si vous ne pouvez pas le sauver, témoignez-lui au moins de la compassion, car il est venu « sous la protection de votre toit ». [Cela ne constitue toutefois qu’une explication partielle de la raison pour laquelle Rabbi fut si sévèrement puni. Pour approfondir cette question, voir le livre « Da'at Tevounot », paragraphe 170. Note de la rédaction.]
Nous pouvons maintenant répondre à la question posée plus haut : pourquoi le Tout-Puissant prend-il ainsi la défense des orphelins et des veuves ?
« N’opprimez aucune veuve ni aucun orphelin. Si tu opprimes l’un d’eux, lorsqu’il criera vers Moi, J’entendrai son cri. »
Lorsqu’on fait du tort à un enfant, la première personne auprès de laquelle il va se plaindre est son père. Une femme à qui l’on a fait du tort compte sur l’aide de son mari. Mais lorsqu’il n’y a pas de père ou de mari, on ne peut compter que sur le Tout-Puissant, et il est interdit de laisser sans aide ceux qui souffrent et qui sont « venus sous la protection de votre toit ».