Rav A. A. Rabinovitch
Sous la domination grecque, la lumière de la Torah ne s’est pas éteinte au sein de notre peuple grâce à l’incroyable abnégation d’une famille, celle des Hasmonéens. Ils ont réussi à sauver, spirituellement et physiquement, tout le peuple juif !
Il est d’autant plus étonnant — et tragique — de constater que, de toute cette immense famille des Hasmonéens, il n’est resté littéralement per-son-ne, pas un seul descendant. Nous en trouvons mention dans le traité Baba Batra (3b) : « Quiconque affirme être issu de la famille des Hasmonéens est (en réalité) un éved — un esclave ». Pourquoi cela s’est-il produit ?
Le rav Moché Soloveitchik, זצ''ל, a dit dans l’une de ses drachot : Au début, ils ne se sont que légèrement écartés de la voie prescrite par la Torah, en se proclamant rois alors qu’ils n’appartenaient pas à la tribu de Juda. Puis des désaccords et des luttes sont apparus au sein de la famille ; chacun cherchait à évincer les autres, ce qui a finalement conduit à un déclin total et à leur disparition. (voir le commentaire du Ramban sur Béréchit 49:10)
Il est bien connu que la cause de la destruction du deuxième Temple fut la sinat ’hinam — la haine gratuite.
Nous retrouvons une situation semblable dans l’histoire des relations entre Joseph et ses frères, qui coïncide toujours avec Hanoucca.
La paracha Vayéchev commence par les mots « וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו » — « Et Jacob s’installa dans le pays où séjournait son père ». Rachi commente ce verset, au nom du Midrach, de la manière suivante : « Jacob voulut vivre dans la tranquillité ; aussitôt le malheur lié à Joseph (provoqué par la discorde) s’abattit sur lui ». Il semble que les Sages aient cherché une explication à la souffrance que Jacob devait endurer à cause de la vente de son fils bien-aimé Joseph. Ils avancent comme raison que Jacob voulait — dans ce monde — trop de tranquillité.
Il est toutefois difficile de comprendre pourquoi les Sages ne cherchent des explications que maintenant, pourquoi ils ne se posent pas cette question plus tôt. Après tout, le patriarche Jacob avait déjà enduré bien des souffrances : son frère Ésaü voulait le tuer, pendant vingt ans il avait subi les tromperies et les escroqueries de Laban, et après tout cela, sa fille Dina avait été enlevée... Dans tous ces cas, nous ne trouvons aucune explication indiquant pourquoi ces malheurs se sont abattus sur Jacob.
Le rav Moché זצ''ל donnait la réponse suivante : En réalité, les autres patriarches ont eux aussi beaucoup souffert au cours de leur vie. Par exemple, Abraham fut jeté par Nimrod dans une fournaise ardente, et Isaac souffrit cruellement de la jalousie des Philistins qui l’entouraient. Mais tous ces malheurs venaient de l’extérieur. Au sein de leur propre famille (qui incarnait à l’époque le peuple d’Israël), tout allait bien, une unité parfaite régnait.
De même, les malheurs précédents dans la vie du patriarche Jacob venaient de l’extérieur. (Ésaü, bien que frère, était un frère qui s’était éloigné, devenu étranger à toutes les valeurs de la famille et n’appartenant plus au peuple juif).
Lorsque notre peuple souffre des actions de forces hostiles extérieures, il est inutile de poser des questions. Cela fait partie des épreuves que doit traverser le peuple juif.
Mais le malheur lié à Joseph était d’une tout autre nature. Ici, l’unité a été brisée à l’intérieur de la famille qui constituait alors tout le peuple juif.
Les circonstances et l’incompréhension mutuelle ont amené les frères à se croire contraints de vendre Joseph dans un pays étranger. Entre les tribus d’Israël — à leur niveau si élevé — régnaient malgré tout une certaine Sin’a (haine) et une certaine Kin’a (jalousie). C’est pourquoi nos Sages se demandent : qu’avait fait Jacob pour devoir endurer ce nouveau malheur ?
Nous trouvons une explication semblable dans d’autres passages du Midrach : on y perçoit que, parmi toutes les difficultés rencontrées au cours de son existence, le problème majeur dans la vie de Jacob était la discorde et le malheur, provoqués par la vente de Joseph. Ce fut la première fois que l’unité fit défaut au sein de la famille de Jacob, qui constituait alors la communauté d’Israël, et cela fut plus douloureux que tous les autres malheurs vécus par notre patriarche.
Le rav Moché, זצ''ל, développait cette idée : Aujourd’hui, il existe des pans importants du peuple juif avec lesquels nous ne pouvons malheureusement coopérer que de manière très limitée, voire pas du tout, parce qu’ils se sont trop éloignés des voies de la Torah. Le reste du peuple juif doit d’autant plus s’efforcer ensemble de contribuer à la diffusion de la Torah et à l’accroissement de la yirat chamayim (crainte révérencielle du Ciel). Et si des désaccords apparaissent, il faut en discuter les uns avec les autres pour éviter que ne s’aggravent l’incompréhension mutuelle, la haine et les querelles.