Nechama Cheli

'Hina - La nuit du henné

'Hina - La nuit du henné

La célèbre nuit du henné (en hébreu, « 'Hina ») est un rituel prénuptial extraordinairement haut en couleur, authentique et bruyant. Il est répandu chez les Juifs séfarades (orientaux), originaires du Maroc, de Tunisie, du Yémen et de l’Inde, ainsi que chez les Juifs des montagnes et les Juifs de Boukhara.

Dans l’Israël contemporain, la 'Hina marocaine est devenue une immense fête à part entière, dont l’ampleur rivalise parfois avec celle du mariage lui-même.

Selon la tradition, la famille de la mariée est responsable de l’organisation de la 'Hina et des mets qui y sont servis. La fête se déroule dans une ambiance de réjouissances orientales débridées et comporte plusieurs étapes clés :

Tenues traditionnelles et changements de tenue

Pour la 'Hina, les invités, et en premier lieu le marié et la mariée, revêtent de somptueux costumes traditionnels.

Dans la tradition marocaine, il s’agit de caftans brodés d’or (takchitas et caftans), et la mariée porte sur la tête une imposante coiffe traditionnelle étincelante. Au cours d’une seule soirée, la reine de la fête peut porter successivement au moins 3–4 robes de couleurs différentes. Les proches et les amis revêtent eux aussi souvent des vêtements traditionnels, créant une atmosphère incroyablement haute en couleur.

Le défilé des cadeaux et des douceurs

Au son d’une musique orientale assourdissante et des rythmes des tambours, on apporte dans la salle d’immenses plateaux richement décorés. Ils portent des montagnes de douceurs traditionnelles : baklavas, massepains, pâtisseries au miel et aux fruits à coque, fruits séchés. Leur douceur symbolise la vie douce et heureuse de la future famille. Les plateaux portent également des cadeaux coûteux : selon la coutume, la mère du marié offre à la mariée des bijoux en or (bracelets, bagues), tandis que la mère de la mariée offre des cadeaux au marié (par exemple, une montre). 

On fait défiler ostensiblement tous ces cadeaux devant les invités, en dansant avec les plateaux à la main.

Le rituel de l’application du henné

Au point culminant de la cérémonie, le marié et la mariée s’installent dans des fauteuils « royaux » prévus à cet effet. Les femmes les plus âgées de la famille (généralement les grands-mères ou les mères dont le mariage est heureux) préparent une pâte de henné naturel.
Une femme prend un peu de henné et l’applique sur les paumes du marié et de la mariée en formant une petite pièce de monnaie ronde. Pour ne pas salir les vêtements, on entoure les paumes de beaux rubans de soie ou on leur met des gants spéciaux brodés. On applique également cette pâte, pour porter bonheur, sur les paumes de tous les invités qui le souhaitent. Le henné laisse sur la peau une marque orange qui dure plusieurs jours.

Le sens spirituel caché :

Outre le vœu de richesse et de prospérité (la forme d’une pièce de monnaie), le mot « 'Hina » (en hébreu חנה) est interprété dans la tradition juive comme un acronyme des trois principaux commandements (mitsvot) qui incombent à une femme juive mariée :

1. חלה ('Halla) — le prélèvement d’une portion de pâte lors de la confection du pain.
2. נידה (Nidda) — le respect des lois de pureté familiale.
3. הדלקת נרות (Hadlakat nérot) — l’allumage des bougies de chabbat.

Ainsi, le rituel devient une initiation joyeuse, mais profondément spirituelle, de la jeune fille à son statut d’épouse juive.

La nuit du henné des Juifs yéménites se distingue assez nettement de la version marocaine par ses costumes et ses chants.