Interdiction de blesser autrui et de le faire souffrir (onaat devarim)
10. Il est interdit de rappeler sa maladie ou son défaut physique à une personne qui en souffre. Il en va de même pour une personne qui traverse des événements pénibles (par exemple, des proches tombent malades ou décèdent). Dans de tels cas, il est interdit de dire : « Si tu avais été méritant… si vous n’aviez pas de péché à vous reprocher, cela ne serait pas arrivé. » De tels propos ne sont permis que s’il est nécessaire d’aider la personne à se repentir, mais, même alors, il faut faire preuve d’une extrême prudence pour ne pas la blesser ni la faire souffrir.
****Après son mariage, l’un des élèves de rabbi Yé’hezkel Abramsky s’installa dans une autre ville, loin de son maître. Pendant de nombreuses années, il ne put le revoir. Mais le moment vint où il se mit enfin en route. Lors de leurs retrouvailles, son maître lui demanda comment il allait, comment se portaient sa femme et ses enfants. L’élève baissa la tête : il n’avait toujours pas d’enfants.
Lorsque le rav Yé’hezkel comprit l’erreur qu’il avait commise, il pâlit et resta un instant sans voix.
Ayant repris ses esprits, le rav dit : « Je te promets qu’à partir d’aujourd’hui, je prierai pour toi trois fois par jour, afin que le Très-Haut t’accorde une descendance. Et toi, je t’en prie, pardonne-moi de t’avoir fait de la peine. »
****Un jour, rabbi Yo’hanan [1], en regardant rav Kahana, pensa que celui-ci se moquait de lui. Il en fut profondément blessé et, dès que ses pensées se muèrent en sentiments, une tragédie se produisit : rav Kahana mourut.
En réalité, rav Kahana ne se moquait nullement de lui : il avait simplement une mimique particulière.
Ce récit montre qu’une blessure ressentie à la suite d’une erreur d’interprétation peut, elle aussi, avoir des conséquences fâcheuses. C’est pourquoi il faut s’efforcer, dans les échanges avec autrui, d’éviter les formulations ambivalentes, porteuses de deux sens opposés.
****Rav ‘Hisda jeûna pendant quarante jours parce que rav Houna s’était senti offensé par lui. Dans le même temps, rav Houna lui-même jeûna pendant quarante jours parce qu’il avait nourri dans son cœur un certain soupçon à l’égard de rav ‘Hisda.
17. Même si l’on n’a pas l’intention de blesser son prochain, il faut dans tous les cas respecter des règles qui permettent d’éviter les conflits et les désagréments, même involontaires. Il faut donc veiller, par exemple, à ne pas réveiller une personne qui dort, à ne pas passer devant les personnes qui font la queue, à ne pas fumer à proximité d’autres personnes et à ne pas faire des choses qui leur déplaisent (par exemple, cracher, se curer le nez, etc.). Tout cela peut susciter des émotions négatives.
18. Lorsqu’on fait sortir un malade de chez lui pour l’emmener à l’hôpital, il ne convient pas de rester à côté en le dévisageant. Cela peut être très désagréable pour le malade lui-même ou pour ses proches.
19. Si une personne crache sur une autre et l’atteint, elle est punie d’une amende. En revanche, si elle n’atteint que ses vêtements ou se contente de blesser autrui par des paroles, elle n’est pas tenue de verser une indemnité pour le préjudice moral. Néanmoins, le beit din peut édicter des dispositions particulières et prendre des mesures pour établir une protection supplémentaire autour de la loi et rétablir l’ordre. Selon certaines opinions, cette personne peut être exclue de la communauté jusqu’à ce qu’elle présente ses excuses, ou être punie de coups de fouet.
[1] Rabbi Yo’hanan, chef de sa génération en Terre d’Israël au 3e siècle, a compilé le Talmud de Jérusalem. Les récits suivants mentionnent d’autres Sages du Talmud.