Rabbanite Hava Kouperman
Le livre de ce prophète est lu à l’office de Min’ha de Yom Kippour. Son idée principale est la suivante : le Très-Haut veut que chaque être humain, même le plus égaré, s’amende, et accepte cet amendement.
Jonas est un élève du prophète Élie. Il est mentionné dans le Livre des Rois.
Nous connaissons aussi le nom de son père, Amittaï, puisque nous savons que le prophète est Jonas ben Amittaï. On considère généralement que cela indique que le père de Jonas était lui aussi prophète. Sinon, son nom n’aurait pas mérité d’être mentionné. (Une telle mention indique un lien entre le père et le fils, le fait qu’ils ont quelque chose en commun).
Nous possédons une tradition selon laquelle le père de Jonas appartenait à la tribu de Zabulon et sa mère à celle d’Aser. Il s’agissait de cette même femme, la veuve de Sarepta, dont le fils était mort de faim, mais avait été ramené à la vie par le prophète Élie.
Que savons-nous encore du prophète ? À cette époque, Israël était divisé en deux États.
Au nord, Israël, avec pour capitale la ville de Samarie, où l’idolâtrie prospère de façon effrénée ; au sud, la Judée, avec pour capitale Jérusalem, où se trouve le Temple. Pour les habitants du Nord, la frontière méridionale est fermée : le gouvernement de Samarie leur interdit de la franchir et de traverser le territoire du royaume du Sud pour se rendre au Temple. Toute violation de cette interdiction est sévèrement punie.
Cependant, Jonas, né dans le Nord et qui y vit, fait régulièrement fi des interdictions et, selon la tradition, se rend à Jérusalem avec sa femme pour toutes les fêtes. En récompense de la grande joie avec laquelle il accomplit le commandement de se rendre au Temple, D.ieu lui accorde le don de prophétie. Et puisque le père de Jonas appartient à la tribu de Zabulon (célèbre pour ses navigateurs et ses diplomates), D.ieu prépare pour Jonas une mission particulière : il doit se rendre à Ninive et transmettre aux habitants une prophétie qui les incitera à se repentir de leurs péchés et à s’amender.
Jonas est bouleversé. Premièrement, il sait que les habitants de Ninive sont non-Juifs et que les prophéties résonnent donc rarement à leurs oreilles. Sa prophétie leur fera par conséquent une très forte impression ; eux qui n’y sont pas habitués la recevront pleinement et s’amenderont. Dans le même temps, les Juifs, auxquels sont envoyés des milliers de prophètes, restent sourds à leurs paroles, ne réagissent pas aux avertissements et ne veulent rien changer. Face aux non-Juifs qui se seront amendés, les Juifs paraîtront encore plus mauvais. Plus mauvais qu’ils ne le sont réellement ! La colère de D.ieu contre les Juifs désobéissants ne se fera pas attendre. Les non-Juifs qui se seront amendés, les habitants de Ninive, deviendront un instrument entre les mains du Très-Haut.
Et deuxièmement ? Jonas raisonne très probablement ainsi : Ninive est la capitale de l’Assyrie, qui a exilé les 10 tribus vivant dans le nord d’Israël. Si les habitants de Ninive s’amendent, les Juifs du Nord n’auront plus qu’à s’attendre à un grand malheur : ils subiront un châtiment extrêmement sévère, dont les Assyriens seront l’instrument. Mais supposons que Jonas ne communique pas la prophétie aux Assyriens ? Ils ne s’amenderont pas et ne pourront pas devenir, entre les mains de D.ieu, le bâton qui frappe les Juifs.
Jonas est prêt à sacrifier sa vie, pourvu qu’il ne soit pas mêlé à ce qui fera inévitablement souffrir le peuple juif.
Jonas décide de fuir. (On ne peut pas fuir le Très-Haut, mais on peut fuir une prophétie).
Expliquons cela. Jonas connaît la particularité suivante de la prophétie : il est impossible de la recevoir hors de la terre d’Israël. Car le Très-Haut a créé le monde en donnant à chaque région sa propre mentalité. (Il y a des gens du Nord, du Sud, de l’Ouest, de l’Est, avec des caractères et des tempéraments différents… De même, chaque lieu en ce monde est différent). La particularité de la terre d’Israël est que c’est uniquement là que l’on reçoit une prophétie (voir le « KOUZARI »).
Pour l’instant, Jonas n’a reçu que la première partie de la prophétie : « Va parler aux habitants de Ninive », mais on ignore encore le message exact qu’il doit leur transmettre. Il faut fuir Israël à temps ; il sera alors impossible de recevoir la prophétie complète. C’est ce que Jonas souhaite plus que tout.
Dans le monde antique, la seule possibilité de fuir vraiment loin est de partir en bateau.
Jonas court au port et paie l’affrètement du navire tout entier, équipage compris, avec un seul objectif : qu’on l’emmène au plus vite.
(On en déduit que Jonas était très riche : la location du navire, avec le salaire des matelots et du capitaine, coûtait beaucoup d’argent. Autre conclusion : tout prophète devait être riche pour avoir une assise solide).
Un certain lien se dessine entre le prophète Élie et le prophète Jonas. On considère qu’Élie prenait la défense « du père », c’est-à-dire du Très-Haut. Jonas, lui, prenait celle « du fils », c’est-à-dire du peuple juif qui s’était écarté du droit chemin.
à suivre