Nechama Cheli

« Kevod habriyot » — Le respect de la personne humaine

L’interdiction d’humilier et d’offenser (halbanat panim) 1. Le « kevod habriyot » (respect de la personne humaine) occupe une place de premier plan dans le judaïsme. Par exemple, certaines dispositions des Sages ne s’appliquent pas lorsqu’il est question d’hygiène et des besoins humains élémentaires, ainsi que dans les situations où l’ob…

« Kevod habriyot » — Le respect de la personne humaine

L’interdiction d’humilier et d’offenser (halbanat panim)

1. Le « kevod habriyot » (respect de la personne humaine) occupe une place de premier plan dans le judaïsme.

Par exemple, certaines dispositions des Sages ne s’appliquent pas lorsqu’il est question d’hygiène et des besoins humains élémentaires, ainsi que dans une situation où le respect de cette disposition peut entraîner une humiliation ou provoquer un sentiment de honte.

Exemples :

a) Il n’est pas interdit, le Chabbat, de rentrer chez soi vêtu d’un talith dont les fils de tsitsit sont déchirés, si l’on traverse un « karmélit » (les Sages n’ont pas imposé de le retirer en présence d’autres personnes).

(Un karmélit est, par exemple, la mer ou une vallée, ainsi que les lieux attenants au domaine public où ne passe pas un grand nombre de personnes. Le statut de ce domaine diffère à la fois de celui du domaine privé et de celui du domaine public. Les Sages ont interdit aussi bien de transporter un objet d’un karmélit vers le domaine privé ou le domaine public que d’y faire entrer un objet depuis le domaine public ou le domaine privé. Ils ont également interdit de déplacer un objet quelconque à l’intérieur d’un karmélit sur une distance de 4 coudées, comme dans le domaine public).

b) Si, le Chabbat, une personne découvre qu’elle porte un vêtement de « kilayim », c’est-à-dire fait d’un mélange de lin et de laine, ce qui est interdit par la loi de la Torah, elle peut rentrer chez elle sans le retirer. (Toutefois, cette permission ne s’applique que s’il s’agit de « kilayim » de-rabbanan, relevant d’une interdiction des Sages.)

c) Le Chabbat, il n’est pas interdit de transporter des pierres lisses (dans l’Antiquité, on utilisait des pierres lisses et rondes à la place du papier hygiénique).

Qu’est-ce qui a poussé le grand rav Israël Salanter à créer toute une organisation dont le but était d’introduire dans les établissements d’enseignement des cours spécifiques de moussar[1]?

Il était une fois un Juif tout simple. Il était cordonnier, mais la chance lui sourit et il fit très rapidement fortune. Lorsqu’il célébra le mariage de son fils, il choisit pour la cérémonie le lieu le plus prestigieux du centre-ville, réservé aux couches supérieures de la société. L’« aristocratie » locale fut très mécontente de cette audace. L’un des riches décida de rappeler à l’ancien cordonnier quelle était sa véritable place. Il s’approcha de lui pendant la houppa[2], une botte déchirée à la main, et lui demanda : « Combien coûte cette réparation ? » Lorsque rabbi Israël vit une manifestation aussi terrible de mauvais traits de caractère, il décida de se consacrer sérieusement à la diffusion du moussar.

**** À Jérusalem, il était de coutume que, le Chabbat, avant le coucher du soleil, l’un des rabbins donne un cours. Parfois, le cours se prolongeait et ne se terminait qu’après le coucher du soleil ; chacun s’efforçait donc de réciter la prière de l’après-midi, Min’ha, le plus tôt possible. Un jour, rabbi rav Berl Kroïzer vint assister au cours. Il n’avait pas encore eu le temps de réciter Min’ha. Lorsqu’il vit qu’il commençait à faire sombre et que le cours ne se terminait pas, il décida de sortir. Cependant, il ne voulait ni déranger l’enseignant ni lui manquer de respect ; il décida donc de se déplacer lentement et discrètement. Le lendemain, il alla poser une question au ‘Hazon Ich : quelle aurait été la bonne conduite à adopter dans une telle situation ?

Sans hésiter, le ‘Hazon Ich répondit : « Je ne comprends pas où est la question ! Manquer de respect à un Sage et le blesser est une terrible transgression. Bien entendu, il ne fallait pas sortir. »

 

 


[1] Enseignement de la morale et de l’éthique juives.

[2] La houppa est le dais nuptial. Ce mot désigne également la cérémonie nuptiale elle-même.