Rabbanite Esther Offengenden
Et pourtant — où donc se cache l’amour ? Comment le trouver ?
Pour répondre à cette question, il faut expliquer ce qui distingue la manière d’envisager l’amour dans la conception juive du monde. Tout d’abord, il est important de souligner la différence entre l’amour et le respect.
Je pense que la question du respect et de la manière de le manifester est très actuelle dans chaque famille.
Parmi les questions que l’on me pose le plus souvent : que signifie respecter son mari ? Que signifie respecter sa femme ? Et combien de fois j’entends —
« Et pour quelle raison faudrait-il le respecter ?! »
« Je suis prêt à l’aimer, mais la respecter !!! »
Et comment manifester son respect ?
« Au fond de moi, je le respecte tellement, mais, pour une raison que j’ignore, il ne le remarque pas ! »
Nous savons que les jours de Sefirat ha-Omer sont particuliers : le Tout-Puissant nous les a spécialement offerts pour travailler sur nos traits de caractère. Apprendre à respecter les autres, surtout les personnes les plus proches, à leur faire sentir qu’elles sont importantes, nécessaires, uniques, est une tâche très difficile, à laquelle il vaut la peine de consacrer au moins une partie de la période de Sefirat ha-Omer. À la fois parce que le manque de respect mutuel a entraîné la mort de 24 mille des plus grands sages du peuple juif précisément durant ces jours, et parce que cette tâche est si difficile.
On dit que le yetser hara sait exactement quand il vaut la peine de travailler dur. Si le gain est faible, il ne sert à rien de se donner du mal. Mais si l’erreur ou le péché auquel il peut nous pousser lui rapporte de gros dividendes, et nous cause donc de lourdes pertes et de grands problèmes, il est prêt à faire des efforts. Par conséquent, ce qui nous paraît particulièrement difficile est sans doute précisément la partie la plus importante du travail sur nous-mêmes.
Alors, qu’est-ce que le respect ?
Nos sages expliquent que les deux grands principes qui rendent possibles des relations proches entre les personnes sont l’amour et le respect. Le Tout-Puissant nous a créés de telle sorte que chacun ait besoin des autres. Le respect est le principal canal qui nous permet de faire appel les uns aux autres. Aucun de nous n’est à la fois médecin, plombier, savant et rabbin. Pourtant, toutes ces professions sont nécessaires à la survie de chacun. On peut se représenter chacun de nous comme un système fermé, dans lequel certaines aptitudes prédominent. Le respect joue le rôle des fils qui nous permettent de mettre à profit les capacités et les compétences des autres, dont nous ne pouvons nous passer. Par exemple, aussi malade que soit une personne et aussi compétent que soit le médecin, celui-ci ne pourra jamais l’aider s’il n’existe entre eux ni respect mutuel ni confiance.
Par conséquent, pour respecter une autre personne, il faut apprendre à la connaître, découvrir ce qu’elle a de particulier, ce qui la distingue de nous : c’est précisément ce qui est le plus précieux.
On ne peut respecter une personne que pour ce qu’elle possède réellement. Je propose souvent ce jeu dans les groupes de femmes : chacune écrit sur des petits papiers des phrases comme « Je te respecte pour… ton intelligence, ta beauté, ton charme ». Puis elles les froissent pour en faire de petites boules et se les lancent les unes aux autres. Maintenant, imaginez que quelques-unes de ces boules soient tombées sur vos genoux. Vous les dépliez et lisez : « Je te respecte pour ton intelligence exceptionnelle. » Vous savez que ces mots n’ont pas été écrits à votre sujet et que celles qui les ont écrits ne savent rien de votre intelligence. Il est peu probable que leur lecture vous procure des émotions positives. Il est peu probable que cela vous aide, vous soutienne, vous réjouisse ou vous inspire.
En bref, pour respecter quelqu’un, le plus important est de connaître la personne que l’on respecte.
Ses points forts, ses aptitudes, ses réalisations. Il est impossible de respecter dans l’abstrait. Par exemple, quelqu’un veut vous témoigner du respect, vous dire quelque chose d’agréable, et vous dit :
- Comme vous êtes intelligente !
Ou :
- Comme vous cherchez toujours à aider !
Après une telle phrase, beaucoup de personnes se sentiront mal à l’aise, certaines éprouveront même de la honte, et une réaction de ce genre est possible :
- Tu te moques de moi ?!
...Une femme s’indignait terriblement de l’imperfection de ce monde, où l’on ne peut faire confiance à personne.
- Je m’éloigne du miroir, accablée de tristesse et de chagrin, racontait-elle, et voilà qu’une collègue vient à ma rencontre en me disant : « Ah, comme vous avez bonne mine aujourd’hui ! »
À suivre