Rabbanite Léa Gans
L’amour en miroir
« Comme (dans) l’eau le visage répond au visage, ainsi le cœur de l’homme répond à l’homme » (Proverbes, 27:19). Quand une personne regarde dans l’eau, elle voit le reflet de son visage. Si elle sourit, le reflet sourira ; si elle fronce les sourcils, le reflet se renfrognera. Il en va de même dans le cœur humain. Le cœur ressent ce qui se trouve dans un autre cœur.
Si un enfant se sent aimé, il cherchera lui-même à faire plaisir, à apporter du na’hat roua’h à ses parents. Si une mère dit à son petit : « Comme tu t’es bien conduit ! Bravo ! », et voilà qu’il se met tout seul à ranger ce qu’il a laissé en désordre, même si on ne le lui a pas demandé à ce moment-là, simplement pour faire plaisir à sa mère. Si l’on trouve une raison de féliciter l’enfant (non pour qu’il fasse ensuite ce que nous lui demandons, mais simplement pour lui offrir les félicitations qu’il désire tant), il aura envie de nous faire plaisir en retour, de refléter ce qu’il a reçu dans son cœur.
Une jeune fille qui étudie au séminaire rentre à la maison. Sa mère l’accueille : « Comme je suis heureuse que tu sois à la maison ! »
Et si elle rentre plus tôt : « Quelle agréable surprise ! Comme je suis contente que tu rentres tôt aujourd’hui », même si son retour anticipé bouleverse nos projets… Si, au contraire, notre fille annonce qu’elle a prévu son propre programme pour la journée, alors que sa mère comptait sur elle mais décide tout de même de la laisser partir, il est bon de le lui dire : « J’apprécie toujours ton aide et je t’aime beaucoup. Même si j’avais d’autres projets aujourd’hui, je t’autorise à partir, bien que j’aie compté sur toi et que ce soit difficile pour moi. » Toutefois, si cela ne lui convient pas, la mère peut répondre avec amour qu’elle s’oppose aux projets de sa fille, en soulignant l’importance de son aide à la maison.
Les enfants sont égocentriques
Lorsque l’atmosphère à la maison est paisible, l’enfant est convaincu que c’est parce que ses parents sont contents de lui. Si, au contraire, l’atmosphère se tend, par exemple en raison de difficultés à gagner sa vie ou de disputes entre les parents, l’enfant ressent cette tension et pense être responsable du malaise qui s’est installé à la maison. Il s’accuse immédiatement : « C’est qu’ils ne m’aiment pas, c’est ma faute, ils ne sont pas contents de moi. »
Les enfants ont du mal à comprendre qu’une atmosphère tendue puisse ne pas être liée à eux. Il est donc bon d’expliquer aux enfants de plus de trois ans, qui peuvent le comprendre, qu’ils n’y sont pour rien. Il n’est pas nécessaire de dire que les difficultés financières sont à l’origine de tout, mais on peut leur dire : « Tu sens que maman est nerveuse ? Ce n’est pas à cause de toi. Maman a des soucis, c’est pour cela qu’elle est préoccupée. Mais tu n’y es pour rien, je t’aime beaucoup, tu es un enfant merveilleux. »
L’enfant a grandi
Pourquoi, en grandissant, les enfants entendent-ils moins leurs parents leur parler de leur amour ? Je vois deux raisons principales : la difficulté à exprimer ses émotions et la crainte de trop les gâter.
Pour parler de ses sentiments à un enfant qui a grandi, il faut une certaine ouverture. Certains parents sont naturellement plus ouverts : prendre leurs enfants devenus grands dans leurs bras et les embrasser leur vient spontanément. D’autres ressentent de la gêne, sont embarrassés ou pensent qu’ils vont embarrasser leur enfant. Mais si nous comprenons que c’est le seul moyen de former une personnalité harmonieuse, un enfant sain sur le plan moral, nous pourrons nous y contraindre. Au début, cela paraîtra artificiel et laborieux, puis cela deviendra de plus en plus facile. Il faut simplement savoir à quel point c’est important.
Le rav Dessler aimait citer le « Séfer Ha’hinoukh » : « L’homme agit selon ses actes, et son cœur et ses pensées suivent toujours ses actions. »
Si, malgré les difficultés, le parent change de comportement et commence à manifester son amour à son enfant, cela deviendra progressivement une habitude.
La crainte de trop gâter un enfant par l’amour n’est pas tout à fait fondée. On peut trop le gâter avec des objets, des cadeaux, des sucreries. Mais il est difficile de le gâter par des marques d’amour, car l’amour est une nourriture, pas un supplément. Si, pour l’enfant, le langage de l’amour passe par les cadeaux, il faut les accompagner de paroles ou d’un petit mot : « Je te l’offre parce que je t’aime. » Il est important de souligner que l’essentiel n’est pas le cadeau, mais l’attitude, le sentiment, l’amour de celui qui l’offre.
L’amour crée un lien affectif
Un groupe de jeunes garçons préparait une randonnée très dangereuse, sans accompagnement. Bien entendu, il fallait la garder secrète pour les parents. Tout était prêt lorsque, soudain, l’un des garçons, qui était l’âme du groupe, renonça à y participer. Il expliqua : « Mon père m’aime tellement, il fait tant pour moi : je ne peux pas lui faire cela, même s’il n’en apprend jamais rien, car je sais que cela lui déplairait beaucoup. »
C’est ce que nous souhaitons tous obtenir : un lien affectif tel que l’enfant sente que, si quelque chose doit peiner son parent, il n’est pas prêt à y prendre part.
Aimer, c’est aussi s’intéresser
Il est important pour l’enfant que nous nous intéressions à ce qui l’intéresse. À ses réussites scolaires, à ses activités extrascolaires. Il faut écouter et surtout ne pas critiquer ni donner de conseils, sauf si l’on nous en demande. Ceux que l’on écoute se sentent davantage en sécurité : même si la conversation ne leur a pas permis de sortir d’une situation difficile, ils ont au moins reçu du soutien.
Un enfant que personne ne peut écouter reste enfermé dans ses ressentis et ses erreurs, se replie sur lui-même et se sent seul.
L’amour est une protection, c’est le milieu de vie de l’enfant, sa nourriture et un sentiment « de première nécessité ».
Les parents qui souhaitent élever une personne saine sur le plan moral doivent consacrer leurs efforts au lien affectif avec leur enfant et aux manifestations de leur amour pour lui.
Préparé par — Mme Zissi Skarjinskaïa